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Vingt ans après, la victoire des Bleus en 1998 continue de faire chavirer les cœurs et les mémoires. L’occasion de revenir sur cette folle épopée ainsi que sur les suites de la fameuse France « Black Blanc Beur ».

La coupe du monde 98, c’est avant tout du foot. Rien que du foot. Un entraîneur décrié Aimé Jacquet, qui a envers et contre tout construit une équipe en se privant d’éléments qui n’adhéraient pas à son projet (Cantona, Ginola, Laigle, Lamouchi) et en sélectionnant des joueurs que la presse abhorrait (Dugarry). Un passionné entêté, vieille école, antipathique et revêche, un homme imperméable aux critiques attaché aux valeurs de la classe moyenne et au goût de l’effort.

Rien de tout cela n’aurait pu advenir sans la présence de Fabien Barthez dans les cages tricolores, le « Divin chauve », déterminant d’entrée de jeu face à l’Afrique du Sud, puis face à l’Italie et évidemment face au Brésil de Ronaldo. Une charnière composée de Laurent Blanc (remplacé par Franck Leboeuf lors de la finale pour cause de suspension) et de Marcel Desailly, des côtés bloqués par Lizarazu et Thuram, un milieu cadenassé par Petit et Deschamps, une attaque emmenée par Djorkaeff et Zinedine Zidane : le meilleur joueur du monde à l’époque, le meilleur joueur de tous les temps à présent. Le jeu de l’équipe de France était pourtant décrié : trop défensif, trop prévisible. Mais cette solidité défensive a permis aux Bleus de n’encaisser que deux petits buts (face au Danemark et face à la Croatie). La hargne et le talent firent le reste pour conduire l’équipe de France jusqu’au sacre mondial.

1998, la dernière victoire de la France

Un pays qui, certainement, pressentit sa débâcle face à Bruxelles et à l’OMC célébra donc ses héros nationaux en ce 12 juillet 1998.

C’est un fait, la France a communié en 1998. Le pays a découvert la Ola, a chanté Gloria Gaynor en chœur, est allé fêter la victoire face au Brésil sur les Champs-Elysées ou sur la place du village. Le maquillage bleu blanc rouge fit son apparition sur les joues des Françaises. Nulles violences ne vinrent ternir cette liesse populaire. Le visage de Zidane fut projeté sur l’Arc de Triomphe, les vingt-deux héros remontèrent les Champs le 13 juillet, Chirac et Jospin se tombèrent dans les bras. Thierry Roland s’extasia.

Une foule incommensurable se rassembla donc sur la plus belle avenue du monde. Du jamais-vu depuis la Libération. Une France martyrisée par les années Giscard, une France meurtrie par le Mitterrand de 83, une France brisée par l’inertie chiraquienne eut l’occasion de fêter un sacre.

Un pays qui célébra donc ses héros nationaux en ce 12 juillet 1998. Champions du monde, une dernière fois, avant de sombrer définitivement dans la globalisation. Une ultime victoire.

Zinedine Zidane, le visage de la gloire

Lorsque son visage est apparu sur l’Arc de Triomphe, c’est à la fois l’enfant de Catalan sur les bancs de la Sorbonne, le petit-fils d’immigré polonais qui franchit la porte de Louis Le Grand, la fille de parents algériens docteur ès lettres qui  triomphent avec lui.

Cette génération de footballeurs a bien sûr été récupérée tant par les antiracistes illuminés que par les nationalistes obtus. Mais au-delà des clichés des uns et des autres, par-delà la défaite avérée des sociologues, la France « Black blanc beur » a existé, grâce à Zinedine Zidane. Son statut de héros national n’est pas seulement le fait de ses deux coups de boule victorieux dans les filets de Claudio Taffarel, mais bien dans le symbole qu’il représente.

Lorsqu’il marque, Zidane embrasse son maillot tricolore en regardant le public, amoureusement. C’est l’enfant de la Castellane, le fils de Kabyles qui fait triompher tout un pays et montre par là-même qu’être français n’est ni une question d’origine ni une question de race. En 1800, Zidane aurait également triomphé à Austerlitz, Iéna et Marengo. En 1940, il aurait été le plus grand des résistants. En 1998, il est celui qui montre à tout un peuple que oui, des populations arabes sont venues dans l’hexagone et qu’elles sont françaises à part entière. Zidane a fait pleurer la France et il a par conséquent ruiné toutes les théories xénophobes possibles, à la racine. Et lorsque son visage est apparu sur l’Arc de Triomphe, c’est à la fois l’enfant de catalan sur les bancs de la Sorbonne, le petit-fils d’immigré polonais qui franchit la porte de Louis Le Grand, la fille de parents algériens qui devient docteur ès lettres qui ont le cœur serré et triomphent avec lui.

France 98, c’est tout cela. Une victoire sportive inattendue grâce à une équipe exceptionnelle. Un pays vainqueur qui s’unit dans une liesse éphémère avant de tomber dans les griffes de ses bourreaux. Des sociologues des deux bords qui délirent et s’enferment dans des concepts médiatiques. Une nation qui se rassemble derrière une figure symbolique. La France de Zinedine Zidane pour l’éternité.

 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.