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« La France, petit paradis peuplé de gens qui se pensent en enfer, administré par des pères-la-vertu occupés à brider les habitants du parc humain, ne convenait plus à son besoin de liberté. » – Sylvain Tesson

« Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. » – Jacqueline de Romilly

 

Les actes antisémites ont augmenté de 74% en 2018. Résurgence du nazisme ? Peu probable. Réaction immédiate et (heureusement) indignée des autorités, le parachutage sur les plateaux médiatiques du délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBTQIetc. La réponse gouvernementale à ce chiffre édifiant autant que navrant sera donc, comme d’habitude, brassage de vent et grande communication éplorée. Ce chevalier blanc de délégué aux nobles causes est tout au plus un énième comité Théodule à tête unique, une commission unitête pour mieux noyer le poisson… et donner à moindre frais l’illusion que le Gouvernement se saisit du problème et cherche à le traiter. Un scepticisme de bon aloi (sans doute teinté de complotisme, comme tout ce qui n’est pas sur la ligne jupitérienne) est de mise au regard des précédents et des résultats obtenus : de ce point de vue, il est légitime de douter de la volonté réelle d’un Gouvernement dépassé par la question, et qui dans son action quotidienne réelle, tend plutôt à attiser les causes du problème (ainsi sur les « migrants », l’éducation, la laïcité…). La seule faute en politique est ne ne pas avoir les moyens de ses ambitions, disait Napoléon ; il en est une plus grave encore, c’est de ne pas se donner les moyens de ses ambitions. Sur la question précise de l’antisémitisme et de sa nature actuelle en France, nous vous invitons à lire l’essai de Noémie Halioua sur L’Affaire Sarah Halimi (Les éditions du Cerf, 2018), et celui d’un collectif d’historiens, de journalistes et de scientifiques sur L’autopsie du déni d’antisémitisme (éditions du Toucan, 2016) relatif à l’affaire Georges Bensoussan.[1] Leurs enquêtes et témoignages sur l’antisémitisme contemporain sont édifiants.

La grande fin de la culture française

La résurgence répétée du fléau antisémite n’est qu’une des arêtes apparentes de l’iceberg. La France divisée et dépressive des Gilets jaunes en témoigne. Comment en est-on arrivé là ? Force est de constater que la baisse de la qualité de l’enseignement, et spécifiquement de l’enseignement de la langue et de l’histoire politique et religieuse, couplée à une immigration importante qu’on a renoncé à intégrer sous prétexte de lutte contre le racisme, en sont les causes profondes. Depuis plus de quarante ans, les élites de la Nation ont démissionné ; elles s’emploient à détruire l’identité de la France, à salir son histoire, à pourrir sa langue, à dénigrer son modus vivendi. Dans le Causeur de février 2019, Cambadélis, pour une fois lucide, résume ainsi la chose : « Au fond, Macron ne comprend pas que la question de l’heure, c’est de refaire la France et non de la transformer en pays anglo-saxon ! » La politique du Président actuel ne fait que renforcer les causes qui ont fait plonger une large partie de la France, de sa culture, de son identité. Noyer la France dans la globalisation financière, nier la culture française (il y a de la culture en France, mais pas de culture française, avait déclaré peu ou prou le candidat depuis élu), transformer la France en un pays anglo-saxon comme les autres (culte du Saint-Fric, pruderie, moraline, hygiénisme liberticides), hypocrisie de la politique migratoire, étouffement des débats à coups de contrôle de l’information et de censure à peine déguisée, voilà ce que nous constatons depuis quelques mois. Le Président se glisse dans les pantoufles de ses prédécesseurs vaincus depuis la mort du Général. C’est cette globalité qui explique la situation dans laquelle la France se trouve.

Toutes les politiques mises en œuvre depuis quarante ans en France pour incarner notre belle devise Liberté – Égalité – Fraternité ont été des échecs contre-productifs : politiques de la ville, réformes de l’éducation, politiques migratoires… Et comme le passé n’existe pas, qu’il faut être dans le présent, et qu’un libéral digne de ce nom pense que l’accès à la consommation et au marché règlera tous les problèmes, l’actuel Gouvernement poursuit la descente aux enfers d’une France veuve d’hommes d’État dignes de ce nom. Nous en voulons pour preuve l’éviction du Grand Débat national des questions de l’immigration ou du mariage homosexuel. Quoi qu’on pense de ces sujets, il est évidemment légitime dans un pays qui se veut une démocratie moderne qu’ils soient versés au débat dans une consultation nationale qui se tient dans un contexte de crise sociale importante (13 semaines de mouvement des Gilets jaunes, avec développement de violences diverses, contestation du monopole étatique de la violence légitime, mutilés, blessés, morts, exaspération des commerçants, contre-mouvements et l’épisode 14 d’ores et déjà annoncé… jusqu’où cela va-t-il nous mener ?). On esquive, on contourne et on détourne, on confisque quelque part la démocratie réelle. Quand le parti majoritaire ne représente pas un quart du corps électoral, que la majorité réelle se situe chez les abstentionnistes, votes blancs et nuls, il n’est plus de temps de donner du haut de sa supériorité sociale des leçons de civisme et de morale. Il est grand temps en revanche de s’interroger sur les origines profondes de la situation de la France aujourd’hui.

Malheureusement, ce n’est pas ce qui se passe. Bien que l’éducation soit une des clés (si ce n’est la clé) du problème, Blanquer fait de la rétention d’information sur la réforme des lycées (général, technologique, professionnel). Or, les éléments déjà votés confirment la fuite en avant dans l’abrutissement généralisé (diminution drastique des dotations horaires d’enseignement général en lycée pro, par exemple, alors que d’expérience, il serait urgent de renforcer le français, les mathématiques et la culture historique et géographique) et dans une vision économico-financière utilitariste de l’éducation. Les élèves qui vont arriver sont les enfants de ceux qui ont commencé à vraiment pâtir du suicide de l’instruction. Inutile de préciser que nombre de ces parents ne donneront pas une éducation digne de ce nom à leurs enfants : habitués au laxisme, et intégristes de la religion du moi-je et du toujours-plus-de-droits, ils élèveront des petits monstres d’individualisme vaniteux. C’est un fait. Nous le constatons d’ores et déjà.

Du marasme mondialiste

Qu’un grand pays comme la France, riche de son histoire, de sa géographie, de ses artisans et savoir-faire, de ses traditions et de ses peuples formant un Peuple et une Nation, soit à ce point malmené est déplorable. À sa manière, Papacito le décrit avec truculence et sans filtre (comme les Gitanes de son pote Marsault), mais non sans outrances et provocation, dans son journal satirique (Carnets de guerre, Ring, 2018). Ce petit-fils d’immigrés républicains espagnols a travaillé dans divers secteurs, du déménagement à l’éducation nationale en passant par la sécurité privée. Ses carnets de guerre sont un cri de colère, la satire y est la politesse du désespoir face aux démissions de tout poil à tous les niveaux d’une société française désincarnée, décharnée, pusillanime et désespérée. La France, ce « petit paradis peuplé de gens qui se pensent en enfer » comme l’écrit Sylvain Tesson dans Bérézina (Guérin, 2015), s’enfonce dans le marasme mondialiste par pourrissement interne. Nous accusons ici ceux dont les intérêts idéologiques, financiers ou communautaristes ont, sciemment pour la plupart, détruit ce qui incarnait la Liberté, l’Égalité et la Fraternité françaises – ces Français qui détruisent la France. « La France ne nous a pas été volée, nous l’avons tous abandonnée, nous avons déserté le combat. » (Papacito).

Tout homme politique ayant pour ambition de sortir la France de sa médiocrité actuelle doit redonner au pays de Saint-Louis et de De Gaulle ses lettres de noblesse et le goût de lui-même. Ce ne sont pas les ressources ni les atouts qui nous manquent ! Mais un pays méprisé par ses élites est un pays incapable d’intégrer qui que ce soit ; c’est un pays incapable de défendre ses intérêts. Un pays qui enseigne une vision idéologique anachronique de l’histoire pour mieux se flageller est un pays mort. Chaque pays de ce bas monde a son lot de crimes et d’insanités. Il semble que seuls les pays occidentaux, et notamment européens, doivent s’en repentir. La repentance est une seconde faute (Spinoza), et tant que ces pays, au premier chef desquels la France, la pratiqueront, l’Europe déclinera sous les coups de boutoir conjugués du cosmopolitisme libéral-libertaire individualo-consumériste voué au culte du Saint-Fric mondialisé, de la Chine qui a retrouvé sa fierté et sa puissance, et de l’islam radical qui offre un espoir illusoire à tous les frustrés de la terre.

L’histoire de France est un bloc, pour reprendre l’expression de Clémenceau (à propos de la Révolution française). Il faut aimer la France car sa nature l’a faite belle et son histoire l’a faite grande (Lavisse). Nous n’avons pas à en rougir, ni à nous transformer en pays anglo-saxon pour complaire au camp du Bien globalisé. Assumer, retrouver notre fierté, imposer nos lois et nos traditions, notre mode de vie chez nous, voilà la solution. Un peuple fier de lui, de ses traditions, de son histoire est cent fois plus à même d’intégrer ceux qui demandent à le rejoindre et qui en sont dignes. C’est le contraire du racisme, de la xénophobie ou du repli sur soi[2]. C’est la condition nécessaire de notre survie dans ce vil monde qui mérite d’être outragé quotidiennement pour lui apprendre à être si désespérant de connerie.

Comme le disait un vieux dégueulasse[3], « il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire ».

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[1]Le Librairtaire, Antisémitisme : autopsie d’un déni français, Le Nouveau Cénacle, 22 mars 2018

http://lenouveaucenacle.fr/antisemitisme-autopsie-dun-deni-francais

[2]« (…) quand la France était grande, elle n’avait pas besoin de dégrader qui que ce soit. » – Papacito

[3]Charles Bukowski.

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/