Suite de notre entretien avec Julien Cazarre. Pour relire la première partie, il suffit de suivre ce lien. 

RL : Est-ce que ta vie a changé en terme de célébrité ? En terme d’entourage ? Est-ce que tu es plus sollicité qu’avant ? Parfois, ça essaie pas de gratter le réseau par exemple.

JC : Alors là, pas du tout. C’est toujours pareil. Quand tu vas pas aux soirées, par où tu veux qu’ils passent les gratteux ? Il y a des mecs qui se plaignent d’être sollicités. Mais ils font tout pour aussi. Par exemple, je ne vais dans aucune soirée. Il y avait la soirée du Factory, le studio où tous les trucs de Canal sont tournés, j’étais invité mais j’y suis pas allé. Je ne vais pas au Montana non plus. Si tu vas pas à ces soirées-là et bien ta vie ne change pas.

RL : Donc en fait, et c’est rare, dans ta carrière d’humoriste, de chansonnier ou de comédien, tu ne comptes que sur ton talent pour avancer ? Tu ne ressens pas l’envie de réseauter.

Si tu veux j’ai déjà intégré le fait de ne plus être connu.

JC : C’est juste que ça m’intéresse pas. J’ai ma vie tranquille. C’est vrai qu’au bout d’un moment quand tu fais un truc qui marche, t’as une petite célébrité, on va pas se mentir. Tu peux pas non plus vouloir le beurre et l’argent du beurre. Tu peux pas à la fois être connu et qu’on te reconnaisse pas dans la rue. Les mecs qui ont tout compris c’est Daft Punk. Mais je ne cherche pas du tout la célébrité, j’en ai rien à branler. J’ai pas envie d’être connu. Je connais des mecs qui ont envie d’être connus, ça leur plaît, moi ça me fait chier. Ils sont contents quand ils vont en boîte d’être accueillis comme des princes, « ah salut mets-toi là je t’offre une bouteille. ».

Si tu veux j’ai déjà intégré le fait de ne plus être connu.

Après un mec te reconnaît dans la rue et te dit j’aime ce que tu fais, c’est toujours sympa. Pas parce-qu’il t’a reconnu mais car il aime ce que tu fais. Je suis pas non plus maso. Et puis franchement, quand tu ne cherches pas la célébrité, t’es tellement plus peinard, t’es tranquille t’as pas idée. Je peux pas aller sur les réseaux sociaux pour savoir ce que les gens pensent de moi par exemple.

J’ai des potes, même des mecs de RMC, ils sont angoissés par Twitter, ils passent leur temps à réagir ! Certains sont là, avant de développer leur arguments, « qu’est-ce que je vais encore me prendre en disant ça ». Mais mec dis ton truc, si t’as confiance en tes opinions, vas-y t’as pas besoin que les gens acquiescent comme des veaux à ce que tu dis.

Et puis sans s’en rendre compte, ils se mettent au centre de tout.  Mais le mec qui te sort ça sur twitter il a 14 ans ! Parfois à l’antenne, t’as un tweet style, « Jacqueline, du 27, dit machin est surcoté », et les mecs se doivent de réagir. C’est le débat. Comment tu veux que les journalistes réagissent à ça ?

RL : Tu penses au cinéma ? Par exemple, dans un ou ou deux ans, on peut te voir dans un film tu penses ?

JC : Alors, oui, ou écrire, parce-que j’ai pas d’obsession d’être devant la caméra. Si j’ai un rôle qui me fait marrer oui, mais je ne cherche pas absolument à faire du cinéma. Mon vrai kiff, c’est l’écriture. Je me marre quand j’écris. La série thriller que j’ai écrite avec un pote tu vois je me suis vraiment éclaté. Même la pièce, pareil.

Par contre jouer au théâtre, c’est sûr que je le referai. Parce-que tu as une liberté que tu n’as pas au cinéma. Tu n’as pas des producteurs, des diffuseurs. T’as pas de contrainte d’être diffusé à 20h50, les gens qui viennent au théâtre, ils viennent.

RL : A ce propos, quel est ton point de vue sur les humoristes qui connaissent le succès au cinéma ? Quand ils reviennent sur les planches, ils ne sont plus aussi affutés.

JC : Ils sont dans autre chose. C’est con mais quand t’es dans l’humour faut être connecté, faut savoir ce qui se passe dans la vie des gens. Et dès que tu commences à vraiment réussir, tu ne fréquentes plus les mêmes endroits, tu es dans l’entre-soi et tu n’es plus connecté. Tes références c’est tes blagues d’avant. Et le seul truc qui peut t’épargner d’être ringard, paradoxalement, c’est de ne pas avoir trop de succès.

Il faut vraiment être capable de changer de fusil d’épaule avant de faire has been.

RL : Et d’où ça te vient cette capacité à t’en branler ? Pour moi t’es vraiment un OVNI dans le PAF en fait.

Ouais mais ça c’est aussi le chat qui se mord la queue. C’est aussi parce-que je m’en branle que je parviens à faire certains trucs qui ne passeraient pas avec d’autres. Faut savoir qu’il y a toujours un moment où tu reçois des pressions et tu sens parfois que les gens autour de toi, ils sont pas à l’aise.

Alors que moi, comme je suis tranquille, ils se disent « oh la vache, il a des couilles », mais c’est pas ça, j’en ai juste rien à branler. Et le fait d’en avoir rien à foutre, les gens se disent que le mec il ose dire des trucs.

C’est comme quand je fais les accents, à chaque fois il y a des gens qui viennent me voir ou qui me contactent pour s’indigner. C’est marrant c’est toujours des Blancs qui me disent ça d’ailleurs.

Quand tu fais un accent espagnol, portugais, du Sud-Ouest, ça va. Mais noir non. J’appelle ça du néo colonialisme bon teint. En fait, le gentil Noir faut pas que tu l’attaques parce-qu’il n’a pas les moyens de se défendre. Mais si le mec se sent attaqué il viendra me voir. Et c’est marrant, les gens directement concernés me disent que ça les fait marrer. Comme le mec du Sud-Ouest d’ailleurs, parce-que le mec, qu’il soit noir, chinois, ou n’importe, il a assez d’intelligence pour faire la part des choses.

Et il y a des mecs qui te disent que non, il ne faut pas l’agresser car il est pas assez intelligent pour se défendre. C’est ce que ça veut dire.

Et en fait, pour eux, quand tu fais un accent qui n’est pas noir,  le mec est en capacité de le comprendre, il est capable d’en rire. Alors que le Noir il est pas capable. Donc au final les mecs sont plus scandalisés que le mec visé.

RL : Tu me parles de ça mais est-ce que tu as déjà eu une association ou un média qui t’a demandé de t’excuser ?

Les mecs qui viennent en me disant ça m’a choqué à titre personnel, on discute. Si le mec vient en me disant, moi je représente telle communauté, je l’arrête tout de suite.

JC : J’ai eu Beur FM, qui a fait en sorte qu’il y ait des milliers de tweets qui arrivent à RMC. Et puis c’était sur le thème :« Oui tu essaies de faire des vannes, mais c’était pas drôle ». Attends, mais je revendique le fait de faire des blagues pas drôles. C’est pas un argument de dire c’est pas drôle donc c’est condamnable. Comment on fait à ce moment-là, Anne Roumanoff on la met à Guantanamo ?

Et donc avec le coup de Beur FM, c’est la panique à RMC, le grand chef m’appelle en me disant qu’il faut que je m’excuse. Je dis non je m’excuserai jamais, je rentre pas là-dedans. Donc je finis par avoir au téléphone un mec de Beur FM, je lui dis excuse-moi mais en fait au nom de quoi tu viens me demander des comptes ? Lui de me répondre « Oui, nous les ». Je le coupe, nous oui, mais tu représentes qui en fait ? Déjà vous vous appelez Beur FM, donc pour toi, Algérien, Marocain, Tunisien c’est pareil. C’est toi le raciste en fait. Donc le mec il a pas d’argument.

Pareil quand des personnes viennent se plaindre sur le mode « oui quand tu fais l’accent africain ». Je dis, toi, est-ce que tu peux me faire l’accent européen ? Tu vois l’accent européen ça existe pas, donc tu vois l’accent africain ça existe pas non plus. Il y a un accent congolais, camerounais, malien. Donc le premier raciste, c’est celui qui te parle d’accent africain. Donc ça clôt le débat.

Il faut toujours leur dire, tu ne représentes que toi-même alors ferme-là parce-que j’en ai rien à foutre. Les mecs qui viennent en me disant ça m’a choqué à titre personnel, on discute. Si le mec vient en me disant, moi je représente telle communauté, je l’arrête tout de suite.

Pierre-Emmanuel Barré par exemple, il avait fait un truc sur le génocide arménien un jour et il y a une association d’Arméniens sortie d’on ne sait où qui l’ont appelé pour se plaindre. Et le mec s’est rendu chez eux pour s’excuser. C’est étonnant quand même.

Donc faut pas lâcher, faut rester droit dans ses bottes. Mais faut pas non plus surenchérir de manière débile et outrancière. Il faut juste laisser passer le truc, dire je vous emmerde et je trace ma route.

RL : Pour finir quelle est la période du PSG que tu as préférée ?

Je considère que quand t’es supporter, t’aimes ton club, comme t’aimes ta mère. Si elle se marie avec un connard, bah c’est ta mère : t’aimes pas ton beau-père mais t’aimes ta mère.

JC : Honnêtement il y a plein. Je vais te dire un truc, par exemple, le Chelsea – PSG avec le but de Thiago Silva à la fin, fait partie des matchs qui m’ont le plus fait vibrer. Je considère que quand t’es supporter, t’aimes ton club, comme t’aimes ta mère. Si elle se marie avec un connard, bah c’est ta mère : t’aimes pas ton beau-père mais t’aimes ta mère. Et bien ton club c’est comme ta mère, quel que soit son propriétaire, tu le soutiens. Pour moi par exemple, la pire période ça restera quand même Colony Capital. Ils sont venus juste pour faire du business, c’est des fonds de pension américains, donc le cancer de la société, qui voulaient juste faire de l’argent. Personne leur a rien dit, ils sont restés 7 ans le club n’a rien gagné, ont failli envoyé le club en ligue 2. Pour finir, ils ont revendu le club 15 fois le prix.

Par contre, les autres vu qu’ils sont arabes et qu’ils ont du pétrole, on gueule. Alors que, si on s’en tient aux faits, les Qataris respectent finalement l’histoire du club.

RL : Question bonus : d’où te vient cet amour pour Michel Sardou ?

JC : La plupart des gens, dès que tu leur parles de ta passion pour Sardou, réagissent en vierges effarouchées. Ils sont horrifiés. Moi j’adore. Ce que j’aime chez Sardou, c’est que c’est un Punk. A toutes les époques de sa carrière, il a chanté LE truc qui a fait chier les gens. Il a tué le bac G avec une chanson le mec. L’année d’après le bac changeait de nom !

Les Sardouzes c’est moi qui l’ai imposé. Personne voulait le faire au début en me disant que c’était le summum du ringard. Mais justement, on s’en branle. Le problème c’est que si tu veux absolument plaire aux bobos et que tu te poses la question à chaque fois de savoir si ça va leur plaire ou pas, tu t’enfermes tout seul. Moi ce qui me faisait marrer c’est que personne n’arrivait à nous situer. Des mecs de tous les bords politiques aimaient ce qu’on faisait.

Je crois que ce qui se passe c’est un changement de perspective. Le truc c’est que dans les années 1980, quand t’étais subversif, on te traitait de gauchiste. Maintenant dès que tu fais pas des blagues qui ne sont pas de « gauche bon teint » ou qui vont pas dans le sens du vent, on pense que t’es de droite. Gaspard Proust, nous, Action discrète on est considéré comme des humoristes de droite. Mais mec c’est grave, de te dire que la subversion aujourd’hui est passée « à droite », ça fait quand même réfléchir. Les mecs de gauche aujourd’hui sont quand même des gens ultra-conservateurs dans l’humour. Avec eux, il faut pas faire de blagues sur les Noirs, c’est forcément discriminant, les femmes, parce-que c’est forcément sexiste, sur les gays, parce-que c’est forcément homophobe. Donc en fait Coluche, au final c’était un connard de droite alors ?

Interview réalisée le 3 février 2017

Footage de Gueule, Hugo Sport, dans toutes les bonnes librairies.

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.