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Farida Belghoul a créé une vive polémique au cours de ce mois de janvier 2014 en invitant les parents à retirer leurs enfants de l’école pour protester contre l’enseignement de la théorie du genre. Sa proximité avec Alain Soral dérange et désole. Folie ? Provocation ? 

Le camp du Bien vacille. Il doute et trépigne face à cette France revêche qui refuse de se plier totalement au culte de la modernité. Les mages du Progrès peinent à imposer totalement ce libertarisme aussi gâteux qu’un soixante-huitard ivre sur une banquette de chez Castel ; et, lorsqu’il se sent poussé dans ses retranchements par les dernières bêtes immondes passéistes, il gronde, dénonce, attaque. Il s’enrage. Anathème après anathème, il tente par tous les moyens de liquider les derniers bastions du Mal pour imposer ses dogmes positivistes.

Farida Belghoul ou le dévoiement du militantisme

Farida Belghoul a été encensée et portée aux nues depuis presque trente ans par ceux qui, aujourd’hui, la traquent comme une bête immonde. Il n’est pas question ici de revenir sur ses propos et ses déclarations polémiques (pour ne pas dire choquantes) ni sur ses approximations quant à l’enseignement du « genre » à l’école. Mais il convient de s’interroger sur le parcours de cette militante antiraciste qui marche à présent pour Egalité & réconciliation.

Elle a tout d’abord été un symbole, celui de l’antiracisme des années 80 et la figure de cette deuxième marche des Beurs de 1984 qui comparait la France à une mobylette, car elle aurait besoin de mélange pour avancer. Libération, organe officiel du Progrès, lui tressait encore des louanges en 2008: « Se taire, elle ? Au début des années 80, elle était l’égérie du milieu beur. Elle adorait ça. Elle adorait convaincre, débattre, s’engueuler, affronter les militants professionnels ». Seulement voilà, elle est à présent militante radicalisée et déverse des propos haineux contre « le socialisme et le sionisme » au cours de ses conférences ou sur Internet.

Déjà utilisée dans les années 80 pour ses origines par les caciques de Solférino, la voici récupérée par Alain Soral pour être la représentante d’une « réconciliation » fantoche. Éternelle marionnette. De quoi faire trembler le colosse du Bien terra-noviste qui pensait avoir arraché toutes les mauvaises herbes du pays et avoir achevé sa société du spectacle, où il est simplement demandé au spectateur de croire à ce qu’on lui raconte.

« Les potes », du symbole à la parabole

Il ne suffit pas d’imiter Maïtena Biraben qui dans Le Supplément du 2 février, a proposé un reportage sur Farida Belghoul pour in fine lui diagnostiquer en plateau une sorte de démence provoquée par ceux qui la manipuleraient. Forcément, lorsque Canal +, ce docteur Frankenstein crypté, voit sa créature dériver, il est bien plus facile de la mettre à distance, l’enterrer sous tout un champ lexical de l’hystérie pour la faire passer à la trappe. La faire passer dans le camp du Mal. « Qui fait l’ange, fait la bête », écrivait Pascal dans ses Pensées. Et Maïtena a fait l’ange. Demorand a opiné du chef.

SOS racisme est une création de François Mitterand, de Jean-Louis Bianco et de Jacques Pilhan pour, d’une part, faire oublier le virage libéral de 1983 et, d’autre part, maintenir un débat contre le racisme pour faire grossir le Front National et faire la nique au RPR. En d’autres termes, SOS racisme a été une création politique et médiatique pour convertir définitivement la France au libéralisme et au multiculturalisme pour créer, selon le modèle anglo-saxon, plusieurs communautés appelées à « vivre ensemble ». Des termes comme « diversité » devinrent dès lors le cache-sexe de ce changement profond du modèle d’assimilation français, proposant à l’étranger devenu citoyen de bénéficier d’un héritage culturel millénaire le mettant à égalité avec ses semblables. « Ringard! » répondent en choeur les apôtres du souverain Bien, ignorants – novlangue oblige – que c’était tout à l’honneur de la gauche d’offrir à chaque citoyen la possibilité de participer au roman national.

Symbole de l’antiracisme, Farida Belghoul n’est rien d’autre qu’une parabole du fractionnement de la société française. Lorsque plusieurs communautés sont créées, l’une va revendiquer les mêmes droits que l’autre ou appeler à davantage de considération. Farida Belghoul a par conséquent suivi le chemin tracé par ses anciens potes en se radicalisant et en menant une croisade contre les autres communautés.

Les apprentis sorciers, tome III

Après trente ans de marche forcée vers l’ultra-libéralisme, après trente ans d’exercice du pouvoir partagé entre PS et UMP, après trente ans de luttes idéologiques abandonnées aux extrêmes, les apprentis sorciers du Bien s’apprêtent à couronner leur oeuvre de la plus belle des manières. Un rapport sur l’intégration remis à Jean-Marc Ayrault, qui devrait prochainement se traduire par des mesures concrètes, propose de tourner définitivement le dos au modèle d’assimilation français, évoquant même « l’inclusion » des communautés. Au moins, l’hypocrisie cesse et un véritable débat aura lieu.

Par ailleurs, ce rapport n’est pas que le produit d’une décennie de travail de sape par la fondation Terra Nova. Il n’est pas non plus qu’un énième coup tactique pour faire monter le Front National. Il est bien plus que cela. Il s’agit d’un jeu dangereux, analysé jadis par Marx et Engels, qui consiste à diviser les pauvres, à se faire affronter le prolétariat et le sous-prolétariat (lupemproletariat) pour maintenir une seule élite au pouvoir. En soufflant cyniquement sur ces braises (le Bien est parfois cynique), le gouvernement sait que des tensions vont naître entre ces classes laborieuses.

Si nos dirigeants persistent à semer la division et à alimenter en sous-main un discours qui va crisper une partie de la population, d’autres Farida Belghoul risquent de surgir. Et le camp du Bien n’aura toujours rien d’autre à proposer qu’un énième morceau de guimauve.

Julien de Rubempré

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.