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A quelques jours des retrouvailles avec Chelsea, le latéral droit du Paris Saint-Germain Serge Aurier s’est mué en « sniper » dans une vidéo qui a affolé la twittosphère. Plusieurs de ses coéquipiers et son entraîneur, Laurent Blanc, ont été copieusement insultés. De toute évidence, l’international ivoirien aura toutes les peines du monde à se faire pardonner…

Intouchable leader de Ligue 1, en passe de décrocher un quatrième championnat de rang, qualifié pour les quarts de finale de la Coupe de France et pour la finale de la Coupe de la Ligue, le Paris Saint-Germain est cette saison encore irrésistible sur la scène domestique. En huitièmes de finale de la Ligue des Champions, il va retrouver Chelsea ce mardi, pour la troisième fois d’affilée.

Héroïques tombeurs des Blues l’an dernier à ce même stade de la compétition, malgré l’expulsion précoce de Zlatan Ibrahimovic à Stamford Bridge, les hommes de Laurent Blanc – dont le bail vient d’être prolongé – ont montré suffisamment de talent depuis, tandis que Chelsea périclitait, pour avoir les faveurs des pronostics face aux champions d’Angleterre en titre. La double confrontation s’annonce cependant plus ouverte que prévu. D’abord parce que John Terry, Diego Costa et consorts se portent nettement mieux depuis que Guus Hiddink a succédé à José Mourinho. Ensuite parce qu’un homme a, dans une vidéo diffusée sur l’application Périscope, commis une série de dérapages verbaux qui pourraient venir troubler le monde jusqu’alors merveilleux du Paris Saint-Germain.

Bien plus grave que l’inefficacité chronique d’Edinson Cavani devant le but, que les petits tracas physiques de Marco Verratti et que les difficultés de Javier Pastore à reconquérir sa place de titulaire, alors que son compatriote Angel Di María fait feu de tout bois et que le Brésilien Lucas revient en forme, le « bad buzz »qu’a suscité l’invraisemblable séquence dans laquelle Serge Aurier s’est lâché dans des termes particulièrement grossiers apparaît d’ores et déjà comme un casse-tête pour les maîtres communicants du meilleur club de l’Hexagone. Pour l’heure, l’arrière droit ivoirien, sans rival à son poste en Ligue 1 et l’un des meilleurs parisiens depuis le début de la saison, a été écarté pour une durée indéterminée.

Insoutenable, l’accusation de montage a de fait très vite été balayée. En confiance, en « mode caïd », Serge Aurier a donc littéralement « craqué », sans que l’on sache véritablement pourquoi, et atteint des sommets dans la bêtise crasse.

« Cette vidéo, tournée dans un cadre privé, contient des propos clairement inadmissibles venant d’un joueur du Paris Saint-Germain, envers certains coéquipiers et particulièrement envers l’entraîneur Laurent Blanc. Le Paris Saint-Germain tient à manifester son soutien le plus total à son entraîneur, Laurent Blanc, et aux joueurs qui ont pu, à juste titre, se sentir offensés par des propos contraires à toutes les valeurs du club », a indiqué ce dernier dans un communiqué diffusé dimanche soir.

« Le Paris Saint-Germain est une institution très forte à laquelle personne ne peut toucher. Je ne laisserai personne mettre en difficulté le club et nous détourner de nos objectifs », a renchéri son président président Nasser Al-Khelaïfi.

Alors que le chroniqueur du Canal Football Club Pierre Menès avait évoqué une vidéo falsifiée et un prochain dépôt de plainte de Serge Aurier, ce dernier a donné dans un premier temps le sentiment de ne pas assumer la portée de ses propos, brandissant la thèse d’une séquence filmée il y a un mois on ne peut plus bancale. Répondant aux questions d’un ami d’enfance qui fume la chicha et n’a semble-t-il rien à envier à celui de Karim Benzema qui l’a entraîné dans l’affaire de la « sextape » de Matthieu Valbuena, Serge Aurier, lequel n’apparaît qu’épisodiquement à l’écran, a en effet évoqué la prestation plutôt pâle de son club face à Lille samedi (0-0 au Parc des Princes) ainsi que la victoire de la Juventus face à Naples lors du match au sommet du championnat d’Italie, le même jour.

Insoutenable, l’accusation de montage a de fait très vite été balayée. En confiance, en « mode caïd », Serge Aurier a donc littéralement « craqué », sans que l’on sache véritablement pourquoi, et atteint des sommets dans la bêtise crasse.

« De l’inconscience pure »

« Comment peut-on aussi peu réfléchir aux conséquences de ses propos ? », s’est interrogé Christophe Dugarry sur le plateau du Canal Football Club. L’ancien attaquant bordelais a fait de l’« Auriergate » une question de « politesse » et d’« éducation ». Dans la même veine et la même émission, Daniel Bravo s’est pour sa part insurgé contre « de l’inconscience pure ».

Pourquoi, dans une vidéo de trois quarts d’heure ayant vocation à être diffusée sur la Toile, Serge Aurier a-t-il traité son entraîneur, celui qui l’a recruté et fait de lui l’un des piliers de son onze majeur, de « fiotte » ? Dans le même esprit homophobe, le latéral ivoirien, interrogé sur les rapports entre Laurent Blanc et Zlatan Ibrahimovic, a asséné : « Il lui prend les c**** mon frère, il prend tout cousin ! » Sa manière à lui sans doute de dénoncer un éventuel traitement de faveur dont bénéficierait le meilleur buteur de l’histoire du Paris Saint-Germain.

Souvent critiqué pour sa mégalomanie et sa propension à l’intimidation, l’attaquant suédois ne ferait quoi qu’il en soit guère peur à l’ex-Toulousain. « Ho, quand tu regardes ma gueule mon frère, tu penses qu’il peut me mettre un coup de pression lui ? T’es un fou toi ou quoi ? T’inquiètes pas il vient de je sais pas où, mais nous on vient de Sevran frère », a-t-il ainsi lancé à son interlocuteur. Des propos ingrats et irrespectueux au possible, tout juste dignes d’un apprenti rappeur grande gueule qui ne carbure qu’à la haine et à la provocation, et qu’« Ibra », cette « bête, mais qui ne fait pas le relou avec nous », pourrait bien commenter à sa façon bien à lui d’ici peu.

Son apport sportif est certes indéniable, mais pour régulier, physique et efficace qu’il soit, Serge Aurier n’en est pas moins devenu, en l’espace d’une séquence lunaire et dont il n’est pas prêt de se dissocier, un élément perturbateur voire un problème majeur.

Serge Aurier, footeux encanaillé, immature et qui n’apprend rien de ses erreurs, lui qui avait déjà insulté dans une autre vidéo l’arbitre de Chelsea-PSG en mars 2015, avec trois rencontres de suspension à la clef, a creusé son trou et a minima torpillé son image tout seul. Qualifié de « guignol », Angel Di María n’a pas non plus été épargné, pas plus que Gregory Van der Wiel, « guez » (maigre ou plus plausiblement faible dans l’esprit de l’Ivoirien), et que Salvatore Sirigu, devenu numéro deux au poste de gardien de but depuis le recrutement de l’Allemand Kevin Trapp et qui serait aujourd’hui « gué-flin » (« flingué »).

L’entraîneur et pas moins de quatre de ses coéquipiers injuriés façon « neuf cube », le latéral droit du Paris Saint-Germain peut-il revenir en odeur de sainteté dans son club ? Sera-t-il licencié comme Vikash Dhorasoo avant lui ? Son apport sportif est certes indéniable, mais pour régulier, physique et efficace qu’il soit, Serge Aurier n’en est pas moins devenu, en l’espace d’une séquence lunaire et dont il n’est pas prêt de se dissocier, un élément perturbateur voire un problème majeur. De la dynamite dans un vestiaire et très certainement, si tant est que les victimes de son courroux prépubère consentent à lui pardonner, ce qui est envisageable de la part d’un club qui s’emploie à ne pas faire de vagues et à tout relativiser, la future tête de Turc du Parc des Princes, par-delà un mea culpa assez tardif. Ses dérapages ne contribueront par ailleurs pas à assainir la peu reluisante réputation des footballeurs dits « de banlieue » auprès du grand public.

Des footballeurs qui, pour un certain nombre d’entre eux, au nom de la logique des « tiéquar » qui voudrait qu’un de ses habitants reste le même quelles que soient sa notoriété et la voiture dans laquelle il roule, ont décidément bien du mal à couper les ponts avec un entourage souvent fort encombrant.

 Guillaume DUHAMEL

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.