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Lors d’une exposition en 2011 à Marrakech chez David Bloch Gallery, Jonas « Sunset » (ou « Sun7 ») Bournat avait  été présenté selon les propos de Gilles de Bure  comme un « enfant de croisements et chevauchements entre le mot et l’image, la poésie et la couleur, l’art et la rue… » . Et selon ce même critique d’art, c’est en fait  « le mot qui domine. Un maillage de mots. »

Sunset

Effectivement par ses œuvres, cet artiste nous introduit de manière presque exclusive dans l’univers de l’écriture. Comme libérée, celle-ci occupe joyeusement et librement  l’espace de ses différentes toiles, avec  des  mots qui circulent, s’étirent, s’éclatent ou s’entrelacent  selon les humeurs et les caprices du moment.

Tout cela dénote aussi  un état mêlé d’enthousiasme et parfois d’inquiétude.

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Mais cette écriture  prend aussi  la forme du lyrisme car Jonas « Sun7 » semble exalter une sorte de « puissance de métamorphose » qui est une  formule chère à Bachelard. Au-delà d’un scénario établi dans l’abstrait, le peintre se veut à l’écoute d’une dynamique intérieure.

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Il plonge en lui-même dans ses rêveries de voyages qui le portent à  l’universalisme et au métissage culturel. Les circonvolutions de son pinceau tracent la voie d’un rapprochement entre différentes influences artistiques. Ce qui tend à expliquer  la présence particulièrement remarquée et concomitante de la calligraphie de l’action painting. D’ailleurs  avec cette dernière attitude artistique, le peintre en profite pour   éclabousser l’espace pictural  par de nombreuses giclures comme pour signifier son insolente liberté ! (voir l’œuvre ci-dessus).

Rejoignant ainsi « tous les archétypes qui lient l’homme au monde, qui donnent un accord poétique de l’homme et de l’univers, tous ces archétypes sont en quelque manière, revivifiés » (G.Bachelard, La poétique de la rêverie, Paris, PUF,1960, p.145)

Même la tache également  omniprésente dans ses œuvres et  qui n’est jamais totalement accidentelle chez ce peintre,   possède la primitivité dont parlait P.Alechinsky : « comme un grain précieux venu du fond des âges. » (P.Alechinsky, « Pavane pour Miro » [1971], Baluchon et ricochets, Paris, Gallimard, 1994, p.128-129)

De même lorsque Jonas « Sun7 » s’adonne à la figuration, tout est également prémédité, puisqu’il va utiliser l’écriture pour  transcender le visage humain et faire déborder l’espace de la seule représentation.

La rencontre de l’écriture, en l’occurrence d’origine arabe ou indienne, avec un faciès, va faire chanter son expression et  permettre le rayonnement de nombreuses couleurs. Ici notamment dans ce portrait féminin, l’artiste réussit merveilleusement  cette assomption envoûtante  de la couleur  verte des yeux.

A l’évidence  le masque calligraphique blanc contribue à cette illumination.

L’écriture transcende le dessin et permet de réaliser ce que projetait déjà un certain Dotremont en 1950 avec « Signification et Sinification » : « la vraie poésie est celle où l’écriture a son mot à dire.»

Mais d’autres couleurs s’invitent à cette fête. Ainsi cette coulée rouge qui apparait sur le côté gauche du visage.

Même si elle ne réussit pas à voiler la face, elle va l’harceler  par de nombreuses  coulures de peinture. S’ajoutent  également des lignes hésitantes irisées avec du  rose et du violet fluo qui  vont l’entourer au plus près.

Au final tout  le génie de l’artiste contribue à restituer un  caractère mystérieux voire dramatique à l’oeuvre ! D’autant plus que le fond noir émaillé d’or contribue à instiller une forme d’angoisse supplémentaire.

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Dans ce dernier tableau, on aboutit à l’illustration du côté « extrême » de la peinture de Jonas « Sun7 ».

Le crâne d’un squelette humain, même  réalisé à partir d’une  calligraphie d’un blanc immaculé, ne saurait faire oublier l’horreur du spectacle.

C’est la contagion de l’abîme dont parlait Georges Bataille, l’irrémédiable condition humaine dominée par la conscience de la mortalité.

L’écriture possède chez ce peintre une dimension à la fois magique et tragique  car elle permet de faire surgir des figures des profondeurs.

Jaillissement baroque d’un chaos où l’on retrouve pêle-mêle des visages connus (Mandela, Sean Penn…) avec d’autres totalement inconnus mais souvent les plus sombres et les plus inquiétants.

Cette chorégraphie fait penser à la peinture expressionniste propre à la tradition nordique notamment flamande, celle de Bruegel à Ensor et  qui traite l’horreur avec familiarité.

Assurément ce peintre restitue les visages comme des masques. Grâce à l’utilisation de couleurs les plus vives et les plus festives,  son œuvre prend une dimension  proprement carnavalesque. D’autant que celle-ci est renforcée par le jeu subtil d’apparition/disparation comme  le soulignait également Gilles de Bure.

Ce faisant  grâce à tous ces débordements successifs, Jonas « Sun7 » confirme qu’il n’est en réalité qu’un inconditionnel de la formule de Delacroix pour qui « l’art c’est l’exagération à propos. »

Christian Schmitt

www.espacetrevisse.com

A Noter : OVER-EXPOSED Solo show by SUNSET Opening September 19, 7 –

(Vernissage le jeudi 19 septembre 2013 à la galerie de Catherine Ahnell à New York))

Exhibition September 20- October 13

RSVP: info@catherineahnellgallery.com

66 grand street #1, ny-soho. www.catherineahnellgallery.com

 

 

 

 

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Christian Schmitt

Critique d'art. Auteur de "l'univers de J.L. Trévisse, artiste peintre" (ed. Lelivredart 2008) et de trois autres ouvrages sur les vitraux réalisés par des artistes contemporains aux ed. des Paraiges: Jean Cocteau (2012), Jacques Villon (2014) et Roger Bissière (2016). A retrouver sur : http://www.espacetrevisse.com