share on:

Chaque matin, l’expert politique délivre ses oracles sur RMC Info, aux alentours de 7h20.

Il est docteur en sciences politiques et maître de conférences à Sciences Po Paris et, comme tout intellectuel moderne qui se respecte, il porte des lunettes aux épaisses montures et écrit dans Le Plus de L’Obs, pour notamment y démontrer qu’il faut déchristianiser les jours fériés. Comme Platon et Aristote ont enseigné dans leur Académie, le fringant Thomas Guénolé s’exprime aux aurores chez Jean-Jacques Bourdin, pour que le peuple enfermé dans la caverne de son ignorance puisse accéder à ses lumières. Retour sur ses éditoriaux de la semaine passée, plus ou moins abstraits certes, pourtant intitulés « Guénolé, c’est du concret ».

Lundi, Thomas pétitionne et ne veut pas de Big Brother

« Le Conseil constitutionnel ne protégera pas nos libertés ! ». La voix encore endormie après un long week-end de méditation sur l’avenir du monde, Guénolé enfile les habits de George Orwell et vitupère contre le projet de loi sur le renseignement. Cet ami de la liberté cite la Cour européenne des Droits de l’homme pour étayer sa thèse. « Sans la vie privée, vous n’avez pas la liberté d’expression », rappelle-t-il pour les esprits les plus oublieux, car ce Socrate des années 2000 sait placer ses interlocuteurs face à ses contradictions pour les torpiller.

Qui pour lui rappeler que l’existence de cette CEDH et a fortiori chaque instance supranationale est déjà une limitation de la souveraineté, donc de la liberté fondamentale du citoyen ? Silence radio. Ce projet de loi est critiquable sur bien des aspects, mais il n’en reste pas moins que ce qu’il préconise (surtout sur les écoutes), est déjà toléré depuis des décennies mais nous avons bien suivi le fil de la pensée : si les gentils veulent lutter contre les méchants, ils ne doivent pas devenir méchants à leur tour. Dont acte.

Mardi, Thomas chante Heal the world

Les boat people ont naguère réconcilié Sartre et Aron, rien d’étonnant donc à ce que Thomas Guénolé s’empare du sujet après les tragiques naufrages en mer méditerranée. Il commence ainsi sa démonstration par un rappel de la fameuse déclaration de Michel Rocard sur la misère du monde (en entier, puisque Guénolé c’est du concret) pour ensuite préciser qu’il s’agit de réfugiés politiques (Congo, Mali, Libye). « Ils traversent la mer, pour fuir la mort », déclame-t-il pour donner encore plus de souffle à sa diatribe contre les gouvernants. Il faut, selon lui, organiser un sommet mondial pour que chaque pays accueille des réfugiés. « On est européens ou on ne l’est pas! » s’emporte-t-il, parce que l’Italie ne peut pas tout gérer. Conclusion : il faut des reportages sur les massacres à l’étranger pour justifier l’afflux des migrants puis aider à développer les pays en difficulté. « Dépêchons-nous d’être généreux ! ».

Même si certains esprits chagrins trouvent dans ses analyses le comble de l’indigence tant médiatique qu’intellectuelle, nous ne pouvons lui retirer son audace, sa sagacité. Sa verve. Dorothée et ses millions de copains qui se tiennent la main peuvent dormir tranquilles : Thomas Guénolé a la solution pour endiguer la misère.

Mercredi, Thomas s’occupe de votre logement

Parce qu’il ne peut pas s’occuper de nos libertés fondamentales et du sort du monde voire de l’univers chaque matin, Guénolé revient parfois à ce qui peut sembler anodin mais si important, comme le logement pour les jeunes. Après l’énumération des chiffres, il en vient à la « discrimination anti-jeunes » qui pousse une génération dans la précarité. La solution ? Le logement inter-générationnel, à savoir le junior qui habite chez le senior isolé. « Cela ne suffira pas » prévient-il, mais cela reste quand même clairvoyant. Il achève sa chronique par une pointe d’esprit (pratique rare dans les exposés philosophiques mais toujours agréables à saisir) : « Il faut créer AdopteUnJeune! ».

Néanmoins, si les recommandations guénoléènes ne manquent ni de piquant ni de perspicacité, nous pourrions lui rappeler que les studios de Paris sont avant tout destinés aux enfants de la bourgeoisie parce qu’après le baccalauréat la sélection se fait uniquement sur l’argent que ce soit pour aller dans les écoles privées ou trouver un appartement (les deux sont souvent liés). Lorsque l’on enseigne dans une école aussi populaire et en prise directe avec le réel comme Sciences Po Paris (la rue Saint-Guillaume est bien entendu un repaire du prolétariat et de l’égalité des chances), il est étonnant de ne point parvenir à pareille conclusion.

Jeudi, Thomas bouscule l’Europe

Séisme à Bruxelles en ce jeudi matin printanier et ensoleillé. La voix toujours aussi suave, calme, presque apaisée, Thomas Guénolé en majesté sur son char, en appelle à la démission de Jean-Claude Juncker. Après un rappel du Traité budgétaire, Guénolé revient sur la situation en Grèce puis présente la biographie de Juncker et l’attaque sur le dumping fiscal au Luxembourg. Évasion fiscale, paradis fiscaux … Tout passe sous l’incroyable fourche de l’hérault Guénolé. « Juncker président de la Commission européenne, c’est Jacques Mesrine chef de la police », assène-t-il non sans une pointe de maline. « Ah ça fait du bien de dire les vérités! », s’exclame dans la foulée Jean-Jacques Bourdin.

Mais pour faire vraiment trembler Bruxelles, Thomas aurait simplement pu rappeler que les Français ont déjà dit non à ces traités (surtout en 2005) et qu’en votant pour Alexis Tsipras, les Grecs ont redit non à cette Europe qui saigne les peuples et dicte ses lois aux gouvernements, mais le temps de sa chronique était déjà écoulé. Il était temps pour Thomas de s’envoler à nouveau sur son nuage pour retrouver son Olympe du Concret.

Vendredi, Thomas défend les travailleurs

Fin de semaine : Thomas revient aux affaires nationales et détaille la loi Macron. Travail du dimanche, droit du salarié et de l’employeur, il trouve les mots simples pour expliquer les méandres du Code du Travail. On se rapproche par conséquent du Danemark, mais Thomas Guénolé prévient : il faut un referendum (comme en 2005 ?). Il conclut rapidement avant de poser une question à Bernard Kouchner sur les migrants.

Après avoir scrupuleusement analysé la pensée quotidienne sur un échantillon de cinq chroniques, nous regrettons un manque de cohérence : il faudrait que chaque chronique réponde au moins à celle de la veille pour donner davantage de poids à ces quelques déclarations. Parce qu’en y regardant de plus près, la loi Macron n’est rien d’autre que la traduction en français des traités rédigés par cette Commission européenne qu’il attaquait la veille, et cette Europe avec sa libre-circulation des capitaux, son dumping et sa monnaie unique ne profitent qu’à une partie de la population qui s’enrichit et peut transmette à ses progénitures (un logement, pour reprendre la pensée du mercredi). Enfin, c’est parce que l’Union Européenne et l’espace Schengen sont de véritables passoires que les pays ne peuvent guère juguler le flux de migrants. Et c’est hélas du concret.

PS : Par manque de temps et souci de s’intéresser à d’autres merveilles intellectuelles, la rédaction fait le choix de se borner uniquement à l’étude d’une semaine de chroniques. Pour les meilleurs d’entre nous, vous avez toujours la possibilité de brancher votre poste de radio à 7h20 pour commencer la journée de la meilleure des manières.

mm

Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.

Laisser un message