« On a coutume de dire que l’ascenseur social est en panne. Cela signifie que la démocratie est morte, qu’elle a dégénéré en oligarchie. Ceux qui ont le pouvoir le gardent ; ceux qui ne l’ont pas n’ont aucun espoir de l’acquérir. (…) La classe dominante considère qu’il est plus facile de garder sous contrôle une société d’idiots que gouverner un peuple intelligent. Mauvais calcul. Car les masses abêties, illettrées et incultes ne restent pourtant pas amorphes. Quand on les a privées de la culture et de l’intelligence, quand on les a privées des mots et de la maîtrise du langage, il ne leur reste rien comme moyen d’expression – pire, comme mode de pensée – que la violence. (…) L’illettrisme entraîne la violence, et l’insécurité appelle la tyrannie. Le système qui, par son œuvre éducatrice (scolaire et médiatique), se targuait d’engendrer des personnes libres et responsables, pétries des idéaux les plus nobles, s’écroulera sous les coups de ce qu’il a lui-même produit, en réalité : un gibier de dictature. » – Ingrid Riocreux, La langue des médias, Éditions de l’Artilleur, 2016.

Je suis nostalgique d’une époque que je n’ai pas connue et qui n’a sans doute jamais existé. Une époque où on n’imaginait pas de Gaulle se présenter au suffrage avec une mise en examen au derrière… Répondant à une interrogation de Julien de Rubempré, j’ai annoncé une année 2017 grandguignolesque. Force est de constater que le réel me donne en partie raison (en partie seulement, nous ne sommes qu’au mois de février). La France sans estomac s’échine à élever la médiocrité et l’avanie au rang de beaux-arts, caressant le populo dans le sens du poil (quoi que ce dernier semble croire de moins en moins au père Noël), piétinant présomption d’innocence et secret de l’instruction (mention spéciale au quotidien vespéral de déférence), plébiscitant le roi des truismes et son micron-programme bouffant à tous les râteliers libéraux-libertaires, pratiquant l’acharnement thérapeutique sur un PS dont le caractère moribond est pour le moins une litote, j’en passe et des minables…

« Votez nul, la victoire vous est acquise ! »

Une revue de détail des candidatures à la Présidence de la République (compte-tenu des options sur la table, il est plus approprié de parler de candidatures que de programmes politiques, les mesurettes politiciennes inapplicables – mais dont l’objectif n’est pas d’être appliquées, juste de faciliter une élection, gageant comme le disait cyniquement Pasqua que les promesses n’engagent que ceux qui les croient – dont les médias nous rebattent les oreilles ne constituant en aucune manière un corpus idéologique et pratique tel qu’on l’attend d’un Programme Politique), une telle revue de détails démonterait que dans le labyrinthe du mirage politique français actuel, tous les chemins mènent au néant de l’égo surdimensionné des candidats. Entre Fillon, devenu un feuilleton dérisoire de mauvaise sitcom, Mélenchon et ses 100 milliards d’emprunts (à qui ? À quel taux ? Qui paye?) ou Hamon, candidat de la légalisation du cannabis et du revenu universel (glandeurs de tous les pays, unissez-vous!), on ne sait que choisir ! Le FN est autant empêtré dans les affaires que Fillon, Artaud tient toujours le même discours qu’en 1917, Poutou se recycle en mauvais acteur de clips ridicules… Convenez-en, chers lecteurs, nous avons l’embarras du non-choix ! Votez nul, la victoire vous est acquise !

Léthargie générale

Trêve de cynisme et de désenchantement de papier, je ne bouffe pas au râtelier du tous pourris. En revanche, étant (encore) un fervent partisan d’une démocratie vivante, animée par des citoyens éclairés, je me dois de constater la médiocrité des candidatures en présence, de tout bord par ailleurs. Le tous pourris pourrait très bien finir par l’emporter, avec des conséquences potentiellement ravageuses que personne ne juge utile d’anticiper réellement (c’est-à-dire en s’interdisant toute forme de diabolisation de celui avec qui on est en désaccord), si les partis politiques poursuivent leur petit jeu mesquin consistant en comment garder le pouvoir, et à défaut d’en être capable, comment conserver le maximum de sièges, c’est-à-dire de financements de l’État. Je vous renvoie à Ingrid Riocreux. Son essai sur les médias et leur rôle dans la démocratie est non seulement très pertinent, mesuré et juste, mais aussi très inquiétant. Une impression de léthargie du peuple comme des élites domine en ce début de campagne. La lutte finale des petites phrases et des casseroles judiciaires. C’est d’autant plus préoccupant que les enquêtes d’opinion (à prendre avec toutes les précautions d’usage) nous indiquent un intérêt exceptionnel pour cette élection présidentielle.

« L’Histoire jugera. Dormez tranquilles, bonnes gens, l’État-maman veille ».

Heureusement, grâce à François Hollande, la courbe du chômage est inversée, la situation des quartiers dits difficiles (il serait plus adéquat de parler de quartiers ultra-subventionnés et diablement mal gérés) est apaisée, la population de la Seine-Saint-Denis redevenue un havre de paix où il fait bon vivre a retrouvé confiance dans la police de la République, le terrorisme a été jugulé et le vivre-ensemble est enfin redevenu Fraternité, fièrement promue aux frontons de nos écoles et de nos mairies. L’école a retrouvé son lustre d’antan, la France est de nouveau en tête des classements internationaux, sans avoir sacrifié pour autant les humanités qui font la richesse de son enseignement. Il n’y a plus de déserts médicaux, les industriels ont arrêtés de nous abreuver de produits chimiques facteurs de cancers que les laboratoires et les pontes de la médecine sont incapables de soigner. Cyril Hanouna et ses clones télévisés ont été rejetés dans les oubliettes de la vulgarité crasse dont ils n’auraient jamais dû être sortis au profit d’une télévision intelligente dont les objectifs retrouvés sont d’informer, d’instruire et de divertir. La diversité des opinions a retrouvé sa place dans les médias grand public. François Hollande peut partir la tête haute, il est détesté voire haï par nombre de ses concitoyens, mais il a réformé avec succès la France. L’Histoire jugera. Dormez tranquilles, bonnes gens, l’État-maman veille.

Comme le disait un vieux dégueulasse, « il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire ».

[1]Essai majeur, chroniqué par votre serviteur ici : http://librairtaire.fr/wordpress/?p=3626

 

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/