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En ce jeudi pluvieux, je me suis rendu à la permanence de Pierre-Yves Bournazel, candidat UMP à la mairie du 18ème. J’entre donc au 87, rue du Mont-Cénis. Un endroit spartiate, où les affiches et autres tracts jonchent le sol. Un membre de l’équipe m’accueille, toujours très cordial (on est en période électorale). En attendant le bonhomme, nous discutons de tout et de rien, de Libé, de la pertinence de ses pages culture, du 18ème, et autres sujets à la mode. Je patiente, car le candidat est un homme occupé, naviguant de rendez-vous en réunions, il a 20 minutes de retard. Lorsqu’il arrive enfin, malgré sa frêle silhouette, il est plein d’énergie. L’interview peut commencer.

Rémi Loriov – Pourquoi êtes-vous entré en politique ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager ?

Pierre-Yves Bournazel – Bonne question. Très jeune j’avais le goût de l’histoire, qui m’a été inculqué par mon grand-père, qui avait connu la guerre. Donc j’ai commencé à m’intéresser à tout cela. Pourquoi la guerre, l’avant-guerre, la résistance, l’occupation. Ça m’a amené à m’intéresser à l’histoire politique, qui m’a amené à m’intéresser à la vie publique. Donc très jeune j’étais passionné d’histoire, de géographie et d’actualité. Dans ma famille, on ne faisait pas spécialement de politique, je ne viens pas d’une dynastie. C’est plutôt moi qui ai amené la politique. Mais ça reste difficilement explicable parce que j’étais très jeune. C’est aussi une appétence  pour le débat d’idées et de progressivement se dire, qu’au fond on veut s’engager, car on s’est forgé quelques valeurs. On sent qu’on a le caractère pour ça. Je ne venais d’aucun sérail, d’aucun cercle. Il a fallu me battre plus que d’autres. Et puis ce sont les rencontres, de gens qui m’ont mis le pied à l’étrier.  Françoise de Panafieu par exemple. Mais ensuite, il faut aussi savoir s’imposer par son travail, et son engagement.

RL – N’êtes-vous pas parfois déçu ou frustré par la logique  de parti ?

PYB – On ne s’engage pas dans un parti  parce qu’on est d’accord avec tout ce qu’il propose, aveuglement. Je n’ai pas l’esprit partisan, je n’aime pas le dogmatisme,  je suis très pragmatique et j’aime penser d’abord par moi-même et être capable de me remettre en cause pour évoluer sur certains sujets. Parce qu’au fond quand je me suis intéressé à la politique à la fin de mon adolescence, c’était aussi la fin des années Mitterrand, les socialistes avaient beaucoup déçu alors qu’ils avaient beaucoup promis. « Changer la vie », ils  n’avaient rien changé du tout. Avec l’éducation par mon grand-père qui avait une passion pour la Résistance et le général de Gaulle,  j’ai eu un engagement plutôt à droite, mais qui était plus du fait que je ne me reconnaissais pas dans la gauche française. Je dis bien française.

A la vérité, je me situerais dans un engagement au-dessus des partis. Mais il y a un moment où il faut s’engager quelque part. Si on ne s’engage nulle part, on aura beau dire moi, moi, moi, on ne fédère personne. Dans mon parti, je fais vivre ma différence, quand j’ai voté localement des projets portés par la gauche quand ces derniers me semblaient aller dans l’intérêt des habitants.  Au niveau national, quand je ne suis pas d’accord je le dis, car je suis d’abord un homme libre et j’entends faire vivre cette liberté tout en assumant le fait qu’il faut savoir être réaliste, en étant réaliste, il faut donc savoir s’engager  dans un parti pour s’additionner et faire avancer les choses.

RL – Abordons à présent la campagne 2014. La droite a quand même un lourd passif, Chirac, puis Tibéry. Est-ce que vous vous voyez gagner ?

PYB – Un combat politique, on le mène d’abord pour le gagner, même si on sait que c’est difficile, et j’en sais quelque chose dans le 18ème. Au fond,  j’ai reconnu à Delanoë d’avoir mené parfois de bons projets. D’ailleurs je les ai votés, ce sont des actes. Quand je dis que je ne suis pas sectaire, je l’ai prouvé, ce ne sont pas des paroles en l’air ; je pense que ça me donne aussi de la légitimité pour dire ce qui ne marche pas non plus. Delanoë n’a pas été un mauvais maire de Paris. Mais pas un grand maire. Pas un mauvais maire, parce qu’il est compétent et honnête. Sur le Vélib et le tramway par exemple, qui allaient dans le bon sens. Il a perçu des sujets.

Mais il y a des manques. Il n’a pas vu l’évolution de la ville. Par exemple le Paris métropole. Il n’a pas su le porter, sur l’attractivité économique et le rayonnement culturel notamment. On est resté enfermé à l’intérieur du périph. Et c’est un socialiste, dans le dogmatisme ; son mandat, c’est quand même plus de dépenses de fonctionnement, l’embauche de 15 000 fonctionnaires  sur 13 ans. Tous les impôts ont augmenté, taxe d’habitation, taxe foncière, de balayage, etc, ça aussi ce n’est pas une gestion moderne d’un maire manager qui comprend qu’il faut ralentir la dépense publique pour mieux investir sur l’essentiel.

Par ailleurs, 13 ans de pouvoir : la démocratie c’est aussi l’alternance. Une alternance sereine.  Et utile. La mainmise d’une équipe sur une ville ou un arrondissement, ce n’est pas sain, il faut des énergies nouvelles. Vaillant a été élu en mars 1977 je n’étais même pas né. Néanmoins, nous garderons ce qui a été fait de bien et changer ce qui ne fonctionne pas.

RL – Pour ma part, je pense que le plus gros problème c’est quand même la cherté des logements.

PYB – Vous me parlez de logement à Paris, mais il faut aussi voir plus loin.  Si on croit que c’est le maire de Paris qui va régler le problème du logement, on se trompe. C’est à l’échelle de la métropole. Paris doit y participer, notamment dans la réhabilitation des portes. Mais c’est à l’échelle de la métropole qu’il faut construire plus. Concernant l’attribution des HLM, qui est d’abord pour les plus vulnérables, on a besoin d’un meilleur équilibre, avec la classe moyenne à qui il faut réserver une part du logement social, les jeunes, étudiants ou apprentis. Aux seniors, qui lorsqu’ils partent à la retraite voient leur revenu diminuer. Il faut garder tous ces gens pour parvenir à un équilibre social. L’urbanisme c’est dessiner un équilibre social, un vivre ensemble. Or la gauche a choisi la préemption, à grands frais, pour très peu de logements construits, et quand elle attribue des logements, elle les attribue toujours aux mêmes populations. Il y a donc un repli des populations sur leur plus petit dénominateur commun au lieu de les faire vivre avec d’autres.

RL – C’est de la fausse diversité ?

PYB – Il n’y en a pas. Et il faut faire attention,  parce que c’est la logique de ghetto qui s’installe, pauvres contre riches. Et une méfiance peut naître, ruinant cette capacité à entrevoir des individus différents.

RL – Sur Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle est sympa ? Elle reste quand même très décriée par une partie des journalistes et décrite par ses détracteurs comme une sorte de mante religieuse.  Quels sont vos rapports avec elle ?

PYB – On a de très bons rapports. Je me suis présenté avec un projet pour la primaire, abouti, financé. Les Parisiens ont choisi Nathalie Kosciusko-Morizet. C’est une femme intelligente et construite, avec une expérience ministérielle. C’est une femme très déterminée, qui a un caractère. Voilà. De plus, elle arrive dans des circonstances difficiles pour elle. Il ne faut pas oublier que la gauche est au pouvoir depuis longtemps, elle verrouille un maximum.

La droite a eu besoin de se renouveler. Elle a fait le pari de l’union avec l’UDI et le Modem avec un renouvellement des personnes. Il faut faire de la place aux uns et aux autres. Ça ne va pas sans faire grincer les dents. En tout cas, elle a réussi l’union. Nous aurons les mêmes listes entre le 1er et le 2ème  tour et le même projet. Alors que la majorité qui se dit si unie part sur 3 listes différentes Front de Gauche, Verts, Socialistes. Ce qui veut dire qu’ils n’assument pas leur bilan, qu’il y aura des fusions de listes et de projets. Or ils sont en désaccord  sur un grand nombre d’éléments, ce qui veut dire qu’on aura sans doute une gestion plus politicienne entre les deux tours que dans l’intérêt général des Parisiens. Elle peut être le prochain maire, car je crois qu’il y a aussi une attente très forte. La gauche a tous les pouvoirs  en France : la présidence de la République, l’Assemblée Nationale, le Sénat, la région, Paris depuis 13 ans, et enfin le 18ème depuis 20 ans.

Est-ce qu’au fond c’est sain ? Est-ce que les Français veulent mettre tous leurs œufs dans le même panier ? Est-ce qu’ils considèrent que la politique de M. Hollande est la bonne pour eux ?  S’ils pensent qu’elle n’est pas la bonne, ils doivent y réfléchir, car il ne faudrait pas qu’Hidalgo fasse la même politique à Paris ou qu’elle soit capable de faire pire.

RL – Si vous êtes élu, votre première mesure ?

PYB – Il n’y a pas une première mesure symbolique. C’est plutôt de la com. En réalité,  et d’abord sur la forme, je serai un maire de proximité, à temps plein. Cela signifie que je recevrai tous les habitants de l’arrondissement qui en feront la demande, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Je suis le seul élu du 18ème, d’opposition à tenir une permanence sans rendez-vous, j’insiste, tous les vendredis. Maire, je poursuivrai et amplifierai ces rencontres. Parce que si on n’échange pas avec les habitants, on ne se rend pas compte de leurs problèmes, de leurs aspirations. On peut ainsi prendre des décisions en phase avec la vie quotidienne des habitants de l’arrondissement.

Sur le fond, la tranquillité publique est une priorité, avec la mise en place d’une police de quartier en place 24/24h, pour lutter contre les incivilités, des travaux d’intérêt général, pour une peine rapide et concrète. Une réponse utile. Car la police municipale doit s’occuper des incivilités

Requalifier les portes. Avec la création d’un pôle artistique, porte de Clignancourt pour les artisans d’art. Avec aussi la construction d’un centre de formation professionnelle, avec des salles de répétition pour rebooster le quartier. Pareil à la porte de la Chapelle/Aubervilliers, avec la Cité de l’innovation et du numérique. L’idée est de promouvoir les quartiers populaires, car on peut attirer des entreprises et les investissements. Pour prouver qu’on peut le meilleur et valoriser les habitants. Cela amènera des emplois et de nouvelles infrastructures. Il faut inverser les tendances pour qu’il n’y ait pas de laisser pour compte.

Je parle à tout le monde. Tout ça c’est du bon sens, la sécurité, la propreté; tout cela relève de la vie quotidienne. L’alternance ne sera pas une revanche, mais sereine, dans l’intérêt des habitants.

RL – Concernant votre profil de politique par rapport au 18ème, composé d’une forte population d’origine immigrée. N’avez-vous pas peur que cela vous handicape ? En gros, faut-il être issu de la « diversité » pour pouvoir gagner dans cet arrondissement ?

PYB –  Justement, je pense le contraire. D’ailleurs sur ma liste, il y a des gens de toute origine. Ça s’est fait naturellement ; je déteste les quotas. Tous les gens ont été  choisis car ils ont soit une légitimité de quartier, soit une connaissance des dossiers qui sera utile dans une nouvelle majorité. D’ailleurs je me rends compte que j’ai plus de gens issus de la « diversité », même si ce terme ne veut pas vraiment dire grand-chose, que la gauche ; les gens sont d’abord du quartier et c’est ça qui compte pour moi. D’ailleurs, je pense que ces populations seront un allié pour moi. Car il faut parler de la désillusion. Sur le plan national la gauche a menti, s’est servi de ce vote, mais n’a pas beaucoup rendu. Je ne dis pas que rien n’a été fait mais globalement, on peut beaucoup plus. Je veux rassembler et fédérer celles et ceux qui veulent que ça change, ni plus, ni moins. Car nul n’est propriétaire du 18ème.

« Mais il y a aussi une responsabilité du citoyen, et je suis peut-être un des seuls à le dire ».

RL – Comment voyez-vous la politique française dans 10 ans ?

PYB – Je crois qu’on est dans un système à bout de souffle, avec une crise économique et politique. Le renouvellement, ce n’est pas que les hommes et les femmes c’est aussi des comportements. Aussi, la sincérité des projets sur ce qu’on peut faire et ne pas faire dans un discours de vérité. Le courage d’expliquer les reformes et de les mener à leur terme.

RL – Aujourd’hui, les jeunes se désintéressent de la politique, dans leur grande majorité.

PYB – La responsabilité est partagée. 50% pour les politiques qui doivent avoir un discours plus concret, plus compréhensible qui soit efficace et surtout, ne pas de différence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. C’est la base, un gage pour retisser de la confiance.  

Mais il y a aussi une responsabilité du citoyen, et je suis peut-être un des seuls à le dire. Le citoyen est quelqu’un de responsable qui doit  s’intéresser ; il doit critiquer mais c’est à lui de prendre la responsabilité pour faire bouger les choses. Le politique ne peut pas tout, il n’a pas de baguette magique. Ce qu’il peut faire, il doit le dire, mais ce qu’il ne peut pas faire, aussi. Il faut dire aux gens qu’ils doivent participer à un élan politique et collectif, national et local. L’intelligence doit être collective. Si chacun critique dans son coin ça ne peut pas avancer. Il faut savoir ne pas toujours brosser les gens dans le le sens du poil, mais leur dire un peu aussi ce qu’on pense.

RL – Comment jugez-vous le traitement médiatique de la campagne ?

PYB – Je diffuse mes idées, à travers des tracts, du porte-à-porte, des réunions d’appartement. Je parle le même langage aux journalistes qu’aux habitants. Après, lors de conférences de presse, ou de réunions publiques, les journalistes préfèrent parfois retenir dans mes propositions sur la tranquillité publique ou sur la sécurité par exemple, une phrase que j’aurais pu donner sur les sortants ou, à la sortie, une phrase d’un militant qui leur permettra de faire un peu de buzz. Mais je n’y peux rien car mon travail c’est de présenter le projet sur lequel j’ai travaillé et de l’expliquer aux Parisiens,  grâce aussi à mon projet de 18 pages, qui sera bientôt disponible.

Les médias sont une vitrine, et j’essaie d’y aller pour parler de mon projet. Après il faut que ces derniers le relaient, en parlent, mais ça, ça n’est pas mon travail.

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.