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La machine médiatique s’est mise en place. Implacable. Impitoyable. Face à elle, François Fillon, l’ex-favori des sondages, probant vainqueur de la primaire des Républicains, semble démuni. Le « Penelopegate » pourrait bien sonner le glas de ses ambitions présidentielles, et par extension la fin de sa carrière politique.

L’ancien Premier ministre nie. Comme tous les politiques empêtrés dans une affaire, il se veut droit dans ses bottes, sûr de son honnêteté, convaincu de sa probité. Parce qu’il a pris au moins pour partie la mesure de la gravité de la menace, il tente de se défendre, mais patauge et peine à convaincre la majorité de ses concitoyens. 

Un sondage publié en exclusivité par Les Echos ce mercredi le prouve : le « Penelopegate » a fait fondre les intentions de vote en sa faveur, au point que l’ancien « collaborateur » de Nicolas Sarkozy ne serait même plus être qualifié pour le second tour. Un véritable camouflet et une situation aux antipodes de la dynamique dans laquelle il évoluait en fin d’année dernière, lorsqu’il était encore le plus « bankable » de tous et faisait chuter l’auguste Alain Juppé de son piédestal.

Il y a une semaine, Le Canard Enchaîné évoquait une somme de 500 000 euros d’argent public touchés par Penelope Fillon en qualité d’assistante parlementaire de son époux. Le palmipède satirique a enfoncé le clou dans son édition du jour, avançant désormais un chiffre de 900 000 euros, versés pour son rôle d’assistante parlementaire et pour celui, pas moins trouble à ce stade des investigations, de conseillère littéraire à la Revue des deux mondes.

Une image considérablement abîmée

Jérôme Cahuzac avait été choisi pour lutter contre la fraude fiscale, mais était lui-même compromis. Il a nié, avant d’être broyé par Mediapart et de finalement avouer. François Fillon peut-il connaître une pareille destinée, être à son tour torpillé, cette fois par Le Canard Enchaîné, dont il serait d’ailleurs intéressant de savoir qui l’a mis sur cette piste, et pourquoi ? 

Problèmes de taille: l’intéressée, interrogée par les enquêteurs, ne se souvient pas avoir signé ses contrats de travail. Les enquêteurs n’ont par ailleurs retrouvé ni ces contrats, ni badge parlementaire, ni boîte mail professionnelle, ce qui accrédite fortement la thèse d’emplois fictifs. Et l’épouse du Sarthois de leur confirmer qu’elle était bien salariée de son mari, lequel fixait lui-même son généreux salaire. Le fait du prince…

Comme si cela ne suffisait pas, Le Canard Enchaîné, décidément en pointe dans ce dossier, a également révélé que deux des enfants de François Fillon avaient été embauchés en qualité d’avocats, alors même qu’ils étaient encore étudiants, pour un montant de 83 735 euros brut sur vingt-et-un mois.

Le soupçon est désormais élevé, doux euphémisme, et même si le candidat des Républicains dit avoir foi en la justice, il aura toutes les peines du monde à restaurer une image d’autant plus écornée qu’il s’était posé en homme intègre, se tenant à distance des ratatouilles politiciennes, aux antipodes de la République des copains et des coquins que tançait Raymond Barre en son temps.

Jérôme Cahuzac avait été choisi pour lutter contre la fraude fiscale, mais était lui-même compromis. Il a nié, avant d’être broyé par Mediapart et de finalement avouer. François Fillon peut-il connaître une pareille destinée, être à son tour torpillé, cette fois par Le Canard Enchaîné, dont il serait d’ailleurs intéressant de savoir qui l’a mis sur cette piste, et pourquoi ? 

Une chose est sûre : le doute ne profite pas à l’accusé ici et la présomption d’innocence n’est évoquée par personne, comme s’il était déjà coupable et condamné, à tout le moins politiquement. Comme si la cause était déjà attendue.

Une défense maladroite et inaudible

La nature de l’affaire Penelope, entre népotisme et forte présomption de travaux fictifs, fait quoi qu’il en soit, le jeu d’Emmanuel Macron, qui n’a rien d’autre à faire que de laisser les lions se neutraliser, sinon commencer enfin à lever le voile sur son programme.

La nature de l’affaire Penelope, entre népotisme et forte présomption de travaux fictifs, fait quoi qu’il en soit, le jeu d’Emmanuel Macron, qui n’a rien d’autre à faire que de laisser les lions se neutraliser, sinon commencer enfin à lever le voile sur son programme. En remettant la rengaine du « tous pourris » au goût du jour, elle pourrait aussi servir les populistes.  Même si Marine Le Pen doit également composer avec un scandale, l’Organisme Européen de Lutte contre la Fraude (OLAF) ayant estimé que la députée européenne française a perçu indûment 298 400 euros pour rémunérer son amie et secrétaire Catherine Griset, employée comme « assistante accréditée » entre 2010 et 2016, alors qu’elle n’aurait pas travaillé dans le cadre de ses fonctions communautaires, mais au profit du parti du Front national.

En attendant, François Fillon échoue toujours à trouver une ligne de défense satisfaisante, tandis que son avocat Antonin Lévy ne semble pas être de taille. Le conseil de l’ancien Premier ministre a même flirté dangereusement avec le ridicule hier sur BFM TV en prétendant que le travail de collaborateur parlementaire « est parfois quelque chose de moins tangible, de moins matériel (NDLR: que « de fournir des notes à son député, de lui envoyer des mémos, de lui faire des documents de synthèse), mais qui pour autant est tout aussi réel quand on regarde les choses après coup ».

Après avoir fustigé la prétendue « misogynie » du Canard Enchaîné, pensant peut-être faire mouche après la grâce accordée à Jacqueline Sauvage, une victoire pour toutes le femmes victimes plus ou moins sévères de l’aliénation patriarcale, et parlé de « boules puantes », le vainqueur de la primaire des Républicains a quant à lui évoqué hier « une opération de calomnies très professionnelle d’une extrême ampleur, sans précédent sous la Ve République » puis, ce matin, « une tentative de coup d’Etat institutionnel venue de la gauche ».

Une posture victimaire éculée, convenue, et complétée par une accusation lourde que les socialistes peuvent détourner à merci. 

Définitivement, François Fillon semble cuit et perdu face à la tornade qui s’abat sur lui. Reste à savoir jusqu’où ira sa descente aux enfers et s’il est prêt à transmettre le flambeau. Sachant que le « Penelopegate » éclabousse les Républicains dans leur ensemble. Les Hommes et leurs idées.

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.