share on:

 

 « L’apologie de la santé est la seule pornographie d’aujourd’hui qui me paraisse absolument intolérable. » – Philippe Muray

« La dissolution de l’autorité n’a pas conduit à la liberté, mais à de nouvelles formes de domination. » – Christopher Lasch

« Je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. » – Antoine de Saint-Exupéry

 

Nous vivons une époque étrange, qui n’a rien de formidable. La tragi-comédie de la Covid 19 en est le cruel révélateur. En France, tout part à vau l’eau. L’État est défaillant ; les chantres du mondialisme se réveillent souverainistes (ce qui est soit un retournement de veste, possible ; soit de la pure démagogie pour revenir en douce à leurs canons sans limites ni frontières, très probable) ; on interdit les messes et on verbalise les fils se rendant au chevet de leur père mourant, mais on laisse les rodéos sauvages et les manifestations interdites se dérouler. Comble du comble, le Sinistre de l’Intérieur allie la trahison à la lâcheté en déclarant que l’émotion doit primer la loi et en établissant de facto la présomption de culpabilité pour les forces de police et de gendarmerie : « soupçon avéré », en français, c’est un oxymore, comme « cette obscure clarté[1] ». S’il y a soupçon, il y a doute, il ne peut en aucun cas être avéré. À ma connaissance, aucun journaleux de la « Grande Presse » n’a relevé ce point de grammaire pourtant essentiel. Tous ont repris l’expression comme si de rien était, comme des perroquets, sans s’interroger une seconde sur le choix et le sens des termes employés. Les flics n’ont plus besoin d’aller dans les territoires abandonnés par la République aux racailles, aux criminels et aux islamistes pour être frappés par derrière ; leur chef suprême s’en charge tout seul, et devant les médias, c’est-à-dire devant les Français. Il est vrai que le poisson pourrit toujours par la tête. Cela va tellement bien dans la France de 2020 que les services de renseignement redoutent une explosion sociale avec le dé-confinement et la dépression économique gargantuesque que l’impéritie du Gouvernement nous promet.

Entre le deux poids, deux mesures permanent et les contraintes ridicules à prétention prophylactiques, la seule réponse aura été de voter en catimini la liberticide loi Avia « contre la haine » – !!! – c’est-à-dire, une nouvelle fois, qu’on pousse les gens dans la radicalité en bridant leur expression la plus intime. La haine est un sentiment, qu’il est légitime d’exprimer. Interdire l’expression d’un sentiment revient à sonder les reins et les coeurs, c’est le totalitarisme dans toute son horreur. N’en déplaise à tous les censeurs d’opérette, et ils sont légions en ce moment, l’expression de la haine ne signifie pas incitation à la violence. Je hais les intégristes de tout poil, cela ne signifie pas que je recommande de les violenter, si ce n’est pour se défendre légitimement. Là aussi, la part belle est réservée à la lâcheté (on ne prend pas le risque de laisser aux gens, y compris aux plus connards, la liberté de s’exprimer) et à la trahison, puisque le Gouvernement confie aux GAFAM[2], c’est-à-dire à des entreprises privées étrangères, le soin de faire la police sans passer par une décision judiciaire ! Une manière comme une autre d’empêcher la discussion sur les sujets sensibles[3] et de museler une opposition qui n’aurait pas l’heur de soutenir le pouvoir en place… Et on ose encore prétendre que la France est une démocratie ! Une décramotie, peut-être. La France n’est certes pas encore une tyrannie, mais vu le climat actuel, la veulerie et la lâcheté de l’élite en place (et non pas des élites, qui sont nécessaires à toute société) qui ne pense qu’à ses intérêts et à se blinder juridiquement (souviens-toi du sang contaminé, fais voter une loi pour te protéger de ta mauvaise gestion et de tes décisions absurdes ou injustifiées), il est à redouter un retour de manivelle des plus violents.

Philippe de Villiers à l’assaut du mondialisme

Voilà résumé à la hussarde le contexte dans lequel paraît chez Fayard le dernier opuscule de Philippe de Villiers, Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au Nouveau Monde[4]. Le vicomte du Puy-du-Fou, longtemps caricaturé et moqué comme un hobereau ultra-catho réactionnaire, se livre avec une plume enlevée et relevée à l’analyse des causes profondes comme immédiates de la dépression covidique, des réponses gouvernementales, et propose des pistes de réflexion pour sortir la France de ce marasme. Ne nous leurrons pas, il a peu de chance d’être entendu. Pourtant, ce court essai au ton parfois pamphlétaire, drôlatique et souvent littéraire, mérite le détour. On reconnaîtra à Philippe de Villiers une fidélité sans faille à ses convictions, et une ardeur à les défendre. On reconnaîtra également que le département de la Vendée, sous sa présidence, connaissait peu de chômage structurel, essentiellement un chômage conjoncturel expliqué par le turn-over des changements d’emploi, qu’il a développé ses infrastructures, valorisé son patrimoine et son histoire, et n’a jamais accordé un centime de subvention au Puy-du-Fou. Avec la verve qu’on lui connaît, Villiers part de ses relations avec le couple Macron pour dérouler son fil, notamment de cette visite du ministre de l’Économie de François Hollande au Puy-du-Fou le 19 août 2016. Ses échanges avec le président de la République, avec lequel il s’entend sur le Puy-du-Fou, et s’engueule sur tout le reste, ou presque, rythment à intervalles réguliers son analyse. Villiers appuie là où ça fait mal, relevant tous les manquements de l’État, preuves à l’appui, et les fautes commises au nom de l’idéologie mondialiste des Attali[5], Minc, Delors, Lamy, Barnier, Moscovici… Rien n’échappe à l’oeil du vicomte, ni la loi Avia votée en douce, ni le double langage d’Emmanuel Macron – ce désormais fameux « en même temps ». Villiers s’est retiré de la politique, il œuvre désormais dans la méta-politique. Qu’on partage ou non les opinions de Philippe de Villiers, force est de constater que tous les politiciens ont appelé à retrouver de la souveraineté, lui donnant ainsi raison quelques dizaines d’années après, ainsi qu’à Philippe Seguin, Jean-Pierre Chevènement ou Charles Pasqua. Il brosse un tableau de ce que nous ont coûté l’Union européenne et l’idéologie mondialiste libérale-libertaire en termes de liberté, c’est édifiant. Comme Jacques Delors le reconnaît avec candeur, l’UE n’est pas démocratique, il s’agit de  « cette construction d’allure technocratique [qui] fonctionne sous l’égide d’une sorte de despotisme doux et éclairé ». Ite missa est.

Cette dernière pandémie a mis en lumière la nature profondément anti-démocratique de l’idéologie mondialiste libérale-libertaire. Celle-ci a fait passer l’économie et la finance avant la politique, c’est-à-dire la spéculation et les intérêts particuliers des financiers avant l’intérêt des peuples et le bien commun, le Saint-Fric globalisé avant la vie humaine. D’ailleurs, Villiers cite Pascal Lamy, qui fut longtemps directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) : « L’Accord général sur le commerce des services est avant tout un instrument au bénéfice des milieux d’affaires ». La démocratie a été dévoyée, confisquée par des intérêts particuliers bien compris depuis la chute du Mur de Berlin[6]. Il n’y a plus l’hydre communiste à combattre, et ce qu’on appelle le « monde libre » ne s’est pas encore décidé à lutter sérieusement contre l’hydre islamiste, qui ne cesse de le harceler à grands renforts de terrorisme justifié au nom d’une prétendue libération de l’exploitation occidentale. Avec l’introduction forcée du communautarisme et du multiculturalisme, nous héritons de la concurrence victimaire, des revendications séparatistes à caractère racialiste ou religieux, et à une culpabilisation éternelle et injuste des Français, qui devraient pourtant être fiers de leur histoire.

Le multiculturalisme n’est que multiplication des conflits et des racismes[7], il suffit d’examiner les sociétés d’essence multiculturelle – Brésil, États-Unis – pour le constater et le comprendre. La repentance, cette seconde faute, comme l’écrivait Spinoza, n’est rien d’autre que le fait pour des innocents de s’excuser pour des actes qu’ils n’ont pas commis auprès de personnes qui ne furent pas victimes de ces actes. Il s’agit d’une vaste manipulation, pleine de mauvaise foi, d’anachronisme, de malhonnêteté intellectuelle et de haine à prétention sonnante et trébuchante. Chaque politique qui y sacrifie est un traître. Aucun parmi la minorité de Noirs qui réclament réparation au titre de l’esclavage n’en a été victime[8]. Le pire est que nos dirigeants se mettent à genou ! L’histoire n’est pas un bilan comptable à équilibrer en charges et produits, que diable ! Ce monde, et la France en particulier, devient fou, et sa folie est autodestructrice. Nous savions avec Paul Valéry que les civilisations étaient mortelles. Nous savons désormais qu’elles peuvent être suicidaires.

Comme le disait un vieux dégueulasse[9], « il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire ».

 

________________________________________________

 

[1]« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles. », Pierre Corneille, Le Cid.

[2]Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, auxquels il faudrait ajouter Instagram, Snapchat…

[3]Désormais, et c’est totalement absurde, une critique virulente, aussi fondée et légitime soit-elle, de la politique israélienne, de M. Attali ou de M. Moscovici, par exemple, pourra être assimilée à de la haine antisémite ; toute critique de l’immigration africaine ou des prétentions de certains musulmans, à du racisme ou à de « l’islamophobie ». C’était déjà le cas dans la majorité des médias, mais là, la censure s’ajoutera au lynchage médiatique et à la condamnation.

[4]Ph. de Villiers, Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au Nouveau Monde, Fayard, juin 2020, 152 p., 15€

[5]Attali, encore une fois, n’a pas manqué de culot en déclarant au plus fort de la crise sanitaire, sur C-News je crois, que si on l’avait écouté la France disposerait de masques ! Or, c’est justement parce qu’on l’a écouté qu’il y a eu pénurie. Hélas, les recommandations de la commission Attali, rapporteur Emmanuel Macron, ont été suivies, un peu par Sarkozy, beaucoup par Hollande. On a plongé dans la gestion financiariste des hôpitaux et des EHPAD au nom de la réduction des déficits, sous-payant les personnels, les pressurant ignoblement, métamorphosant les médecins en administratifs, fermant les lits de réa (et pas que ceux de réa) pour fonctionner en flux tendus, comme si l’humain n’était qu’une marchandise (d’ailleurs, on ne parle plus de direction du personnel, mais de Ressources humaines. Les employés réduits au rang de gommes ou de consommables informatiques. Vive le progrès progressiste!). C’est parce qu’on a écouté cette commission qu’on a déstocké en masse les masques. Il restait une usine en Bretagne en 2018. C’est bien le gouvernement d’Édouard Philippe qui l’a laissée crever alors qu’elle était rentable (mais rachetée par une groupe américain qui n’avait aucun intérêt à la conserver en France).

[6]Il n’y a pas de complot, ou de complotisme là dedans. Les détenteurs de ces intérêts ne se cachent pas, ils assument.

[7]L’anti-racisme, ce « totalitarisme du XXIe siècle » (Alain Finkielkraut), n’est pas le contraire du racisme ou l’opposition au racisme ; il n’est qu’un racisme renversé, un racisme à l’envers, mais un racisme quand même. L’actualité de ce mois de juin 2020 le démontre largement. Ce n’est toutefois pas nouveau, Pierre Desproges déclarait dans les années 1980 : « J’adhérerai à SOS Racisme quand ils mettront un S à racisme. Il y a des racistes noirs, arabes, juifs, chinois et même des ocre-crème et des anthracite-argenté. Mais à SOS Machin, ils ne fustigent que le Berrichon de base ou le Parisien-baguette. C’est sectaire. ».

[8]Malhonnêteté intellectuelle et idéologie obligent, ils réécrivent et amputent l’histoire selon ce qui les arrangent : aucun ne rappellera que c’est l’Europe, que ce sont les Européens qui, les premiers, ont aboli l’esclavage.

[9]Charles Bukowski.

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/