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Ce qu’on ne vous dit pas sur la politique vol.2 : La Vème République, fondée par le Général de Gaulle,  n’est aujourd’hui remise en cause par quasiment aucun parti politique. Mis à part le Front de Gauche et Arnaud Montebourg, quel parti médiatisé propose un changement de fond institutionnel ?

 

Quel rapport avec la droite ? La première ligne de démarcation entre la droite et la gauche pouvait être celle des institutions. La République ne s’est en effet véritablement ancrée dans l’esprit des Français qu’à la fin du XIXème siècle avec la conquête du Sénat et de la Chambre Basse (la réunion des deux chambres s’appelait alors l’Assemblée Nationale) par les Républicains. À l’issue de la défaite de 1870, la première majorité était une majorité monarchiste, divisée entre orléanistes (partisans du comte de Paris, successeur de Louis-Philippe) et légitimistes (partisans du comte de Chambord, descendant de Louis XVI).

Mais à la suite de la division de cette droite monarchiste, les républicains ont rapidement pris le pouvoir et forcé les monarchistes à peu à peu disparaître. En outre, la fin du XIXème siècle fut marquée par le retour des socialistes (suite à l’amnistie des communards prononcée le 11 Juillet 1880) a fortement amplifiée l’installation d’une chambre basse totalement républicaine. On appelle cela le « sinistrisme » (Albert Thibaudet, Les idées politiques de la France – 1932), soit l’apparition de partis politiques à l’extrême gauche qui poussent les anciens partis vers la droite.

La République face à l’impossible restauration

La IIIème république, par l’action poussée de l’École Républicaine, est devenue peu à peu naturelle aux yeux des Français, phénomène sans doute amplifié par un patriotisme exacerbé dans un esprit de revanche sur l’Allemagne : « Seule la République peut nous rendre l’Alsace et la Lorraine. » aurait-on pu dire à l’époque !

Les monarchistes ont donc disparu du paysage politique français, rassemblés dans les reliquats que sont l’Action Française et Civitas. De Gaulle, lui-même monarchiste tendancieux, a pu être tenté de restaurer la monarchie, mais ne l’a pas fait, comprenant qu’on ne pouvait plus revenir aux yeux de la majorité des Français sur les acquis de 1789 et des révolutions de 1830 et 1848.  Aujourd’hui, personne ne remet en cause la Vème république : une sorte de consensus s’est formé autour de ce système, si bien que les plus virulents adversaires de De Gaulle et de sa République ont fini par s’y soumettre et à la cautionner.

À commencer par François Mitterrand qui décida de se présenter dès 1965 à l’élection au suffrage universel direct du Président de la République, alors qu’il venait de publier un an plus tôt Le coup d’état permanent, virulente charge contre la réforme de 1962 et le Président De Gaulle

Le consensus autour de l’ordre social

Doit-on réellement choisir à chaque élection entre la société libérale et la société collectiviste ? Notre organisation sociale combine pourtant une forte dose de protection sociale et une part d’initiative. À tel point que l’on ne pourrait ranger l’UMP dans les rangs libéraux et le PS dans le rang des collectivistes de la première heure.

La gauche n’aspire sans doute pas (même ceux qui votent pour elle) à des changements trop radicaux et la droite actuelle, telle qu’elle est présentée, a cessé de rêver de l’abrogation des réformes qu’elle avait ardemment combattues dans le passé.

Dire que la droite est libérale est une absurdité : si une grande partie applaudit chaque mesure en faveur de la libéralisation des prix et des marchés, une autre, certes moins écoutées et moins médiatiquement puissante aujourd’hui attend de l’État qu’il soit un véritable moteur de l’économie et qu’il permettent la réduction des inégalités sociales. Le clivage néokeynésiens/libéraux traverse notre paysage politique de long en large et ne peut servir de ligne de démarcation entre partis de droite et partis de gauche.

La gauche et la droite unies sur la question religieuse

C’était jadis le critère le plus sûr, désormais il est devenu complètement flou. Même en 1984, avec le projet de loi Savary, qui prévoyait un rapprochement de l’enseignement privé et de l’enseignement public, il n’y a pas eu de clivage réel entre droite et gauche.

Si les Français sont descendus dans la rue, c’est avant tout pour éviter d’avoir à mettre leurs enfants dans le collège/lycée de secteur : c’était pour conserver une certaine liberté de choix d’établissement que la carte scolaire ne permet pas.

De même, qui peut encore croire à une volonté de domination cléricale de la société française ? Le grand barnum médiatique du mariage pour tous a sans doute placé sur le devant de la scène des groupes d’activistes peu représentatifs, à l’image de Civitas, qui sans aucun doute savent jouer des actions médiatiques et se prétendent voix de tout un pan de la population française.

Qui expliquera à ces gens que des prêtres catholiques ont été pour le mariage civil des couples homosexuels, qui reconnaîtra que des pasteurs protestants donnent leur bénédiction à ces mêmes couples ?

En 1975, lors de la question de l’avortement, les évêques et responsables ecclésiastiques se sont abstenus d’exercer toute forme de pression brutale et violente sur le législateur, alors que cette question apparaissait comme centrale pour beaucoup de Français. Ils se sont contentés de rappeler le prix de la vie humaine, et jamais un parlementaire en faveur de la loi Veil ne s’est vu refuser les sacrements.

L’indépendance de l’État à l’égard du religieux permise par la loi de 1905 aurait du permettre une véritable impartialité : ni la droite ni la gauche ne voudront s’immiscer dans les affaires privées de l’Église. Mais dans tous les cas, des hommes publics ne devraient pas avoir à se soucier des religions : si l’on ne subventionne plus pour rénover les Églises, on ne devrait pas subventionner pour construire des mosquées ou des synagogues. Ce n’est pas une question de droite ou de gauche, c’est une question de respect de la loi.

Tony Blair : « Il n’y a pas de politique économique de gauche ou de droite, il y a une bonne ou une mauvaise politique économique »

Si les critères précédents peuvent sembler archaïques et désuets, néanmoins, il faut bien souligner qu’il n’y a rien actuellement qui permette de différencier clairement la droite de la gauche. Oublions de suite les partis dits « extrémistes » (encore que le FN se confonde avec le Front de Gauche sur bien des points) et disons le clairement : dans le contexte actuel, il n’y a pas de politique de gauche ou de droite.

Tony Blair avait eu cette phrase extraordinaire : « Il n’y a pas de politique économique de gauche ou de droite, il y a une bonne ou une mauvaise politique économique ». Cela reprend ce que nous avons vu un peu plus haut, mais on peut extrapoler : il n’y a pas de politique étrangère de droite ou de gauche.

Entre un de Gaulle qui avait voulu se rapprocher de l’URSS (si l’on considère De Gaulle comme un homme de droite, la question reste ouverte) et un François Mitterrand renvoyant manu militari des diplomates soviétiques du territoire national, où est le clivage partisan là dedans ? Nulle part.

On peut aisément mettre au défi le lecteur de trouver un seul critère viable et fiable qui permette réellement de trouver une ligne de démarcation entre la droite et la gauche. Ceux qui se réclament de « la Droite forte », la « droite décomplexée » ou la « droite humaniste » ont sans doute un gros problème idéologique et électoral, car la seule droite, la vraie, est antirépublicaine,  avec Action Française en tête. Mais l’UMP n’est certainement pas à droite, et le PS n’est certainement pas à gauche : ce sont deux partis idéologiquement vides, relativement identiques, lancés dans une querelle de conquête de pouvoir.

Henry Wotton

Rédaction

Rédaction

Rédacteur depuis Mars 2014

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