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Jean-Christian Petitfils publie un Dictionnaire amoureux de Jésus aux éditions Plon. L’occasion de (re)partir à la rencontre du Jésus de l’Histoire, mais aussi celui de la foi.

Dans son Apologie pour l’histoire, Marc Bloch écrit : « Le christianisme est une religion d’historiens », et on ne saurait mieux exprimer ce qui constitue le fondement même de la chrétienté : la foi et la certitude. Marc Bloch poursuit d’ailleurs en affirmant : « D’autres systèmes religieux ont pu fonder leurs croyances et leurs rites sur une mythologie à peu près extérieure au temps humain. Pour Livres Sacrés, les chrétiens ont des livres d’histoire, et leurs liturgies commémorent, avec les épisodes de la vie terrestre d’un Dieu, les fastes de l’Église et des saints ».

« Il y a une portée historique en même temps qu’une autre dimension du catholicisme, qui relève exclusivement de la foi ».

Si l’Ancien Testament raconte l’histoire du peuple élu de Dieu jusqu’aux révélations des Prophètes, le Nouveau Testament et surtout les Évangiles sont là pour nous apprendre la vie de Jésus Christ, son message et ses miracles. Ces écrits sont avant tout des livres d’histoire, étayés ensuite par une litanie de récits d’historiens antiques (Flavius Josèphe, Tertullien pour ne citer qu’eux) qui finalement se répondent les uns aux autres. Parce qu’à la différence par exemple de l’islam (le Coran étant la parole incontestable d’Allah lui-même), la Bible est une œuvre sainte écrite par l’Homme pour témoigner.

L’auteur de ces lignes se souvient avec tendresse de son regretté professeur de lettres en terminale qui avait une croix tatouée sur lui, connaissait les Évangiles sur le bout des doigts mais n’avait pas la foi. Cet homme était passionné par le christianisme, sans y croire ; tout simplement parce qu’il trouvait cette religion d’une richesse intellectuelle inouïe. Et cela rejoint la citation de Bloch : il y a une portée historique en même temps qu’une autre dimension du catholicisme, qui relève exclusivement de la foi.

Un dictionnaire du Jésus de l’Histoire, et du Jésus de la foi

Dans son Jésus de Nazareth, le cardinal Ratzinger / Benoît XVI revient dans son propos liminaire sur la dimension à proprement parler historique du Christ, en ce que la vie de Jésus enrichit la foi du chrétien, par un subtil jeu de vases communicants. C’est en cela que raison et foi ne s’opposent pas, bien au contraire, malgré les rodomontades pseudo-modernistes qui cherchent à opposer les deux. Saint Jean-Paul II affirmait d’ailleurs dans son encyclique Fides et ratio : « La foi ne craint pas la raison, mais elle la recherche et elle s’y fie ».

Le chrétien se sait doué de raison et celle-ci doit lui permettre de chercher cette Vérité, et Petitfils  – ne se privant pas de clouer le bec d’un Onfray visiblement au moins aussi au point au niveau de la théologie que de la philosophie – énonce avec minutie les plus récentes découvertes au sujet du Linceul de Turin ou du Saint Suaire pour contredire ces inepties complotistes visant à faire de Jésus un personnage imaginaire.

« Sa prodigieuse connaissance des historiens de l’époque comme des textes écrits par les Pères de l’Église démontre sinon une profonde exigence, du moins une honnêteté rafraîchissante ».

Dans sa magistrale biographie de Jésus (Fayard), Jean-Christian Petitfils avait déjà exposé les scènes de la vie de Jésus en se servant des dernières données scientifiques, archéologiques et théologiques pour illustrer son propos avant de préciser, après la crucifixion que « Ici s’arrête le travail d’historien et commence la foi », parce que c’est bien la Résurrection du Christ qui est le fondement de la croyance chrétienne.

Si dans son Dictionnaire amoureux de Jésus l’historien relate avec précisions les différents évènements de Jésus le Nazoréen, il ne se prive pas cette fois d’employer la première personne du singulier pour revenir sur ce qui dépasse notre entendement : la Résurrection donc, les miracles, la Nativité, en évoquant de manière touchante ce que ces différents récits ont eu comme impact sur sa vie, sa pensée. Ce souci constant de distinguer l’Histoire de la foi (en ne cessant jamais d’expliquer combien l’un enrichit l’autre) en multipliant les sources historiques, force le respect intellectuel. Sa prodigieuse connaissance des historiens de l’époque comme des textes écrits par les Pères de l’Église démontre sinon une profonde exigence, du moins une honnêteté rafraîchissante. 

A la recherche du Christ véritable

Jean-Christian Petitfils bat en brèche les différents lieux communs sur Jésus, en s’appuyant d’une part sur une lecture approfondie des Évangiles et sur une bonne compréhension des auteurs chrétiens d’autre part qui de Saint Augustin à Saint Jean-Paul II en passant par Sainte-Thérèse de Lisieux ne cessent d’enrichir et d’éclairer la foi catholique.

Jésus n’était pas un révolutionnaire ni un anarchiste car comme il le déclare à Ponce Pilate lors de son interrogatoire : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18,36), ni une espèce de nouveau Socrate ni un Bouddha comme tente de nous le montrer en vain Frédéric Lenoir. Le message du Christ n’est pas politique, il ne sera pas le roi d’Israël qui chassera l’occupant romain. S’il secoue les consciences, il annonce plutôt qu’il ne questionne, et le mystère de sa Résurrection n’a rien à voir avec la réincarnation bouddhiste.

« Ce Dictionnaire amoureux de Jésus est donc une lecture certes personnelle des Évangiles, mais elle n’en reste pas moins hautement instructive et précieuse tant sur le plan historique que sur le plan religieux ».

Démontrant combien il est idiot de se revendiquer du catholicisme et de prôner l’antisémitisme, Petitfils explique que Jésus était un juif très pieux, non pas en rupture avec le peuple de Moïse mais bien au contraire dans la continuité : « Ne croyez pas que je sois venu anéantir la Loi, ou les Prophètes; je ne suis pas venu les anéantir, mais les accomplir » (Matthieu, 5,17) ; et qu’il a bien été torturé et tué selon le droit romain (la crucifixion était un supplice romain).

Ce Dictionnaire amoureux de Jésus est donc une lecture certes subjective des Évangiles, mais elle n’en reste pas moins hautement instructive et précieuse tant sur le plan historique que sur le plan religieux. En dressant le portrait de grandes figures comme Edith Stein ou bien celle du repenti Jacques Fesch ou en délivrant ses impressions sur ce que le catholicisme a inspiré de plus beau en peinture et en musique, cette œuvre historique  se teinte de sentiments personnels voire intimes.

Elle constitue également un message d’espérance adressé à une France tantôt oublieuse des promesses de son baptême pour prouver aux catholique que leur foi a traversé des épreuves bien plus difficiles durant ces 2016 années, même si dans le monde de trop nombreux Chrétiens sont encore persécutés en raison de leur amour du Christ.

A voir :

Interview de Jean-Christian Petitfils à La Procure [Lien]

Jean-Christian Petitfils dans Au cœur de l’Histoire sur Europe 1 [Lien]

Jean-Christian Petitfils, la foi de l’historien sur RCF [Lien]

 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.