Il a avoué. Depuis la révélation de son salaire par l’inénarrable Cyril Hanouna sur le plateau de Touche pas à mon poste, la polémique enfle. Stéphane Guillon a reconnu percevoir 10 000 euros pour sa chronique hebdomadaire dans Salut les Terriens. 

En 1830, au Théâtre-Français, les Romantiques et les Classiques s’affrontèrent au nom d’un certain idéal littéraire. La presse, les salons, les cafés : tout s’enflamma, la jeune garde intellectuelle ayant à coeur de faire voler en éclats les carcans imposés par les chapeaux à plumes. 2016 maintenant : un animateur dévoile le salaire d’un collègue humoriste. Ce dernier le prend mal. Et la polémique enfle : les réseaux sociaux, les zappings et autres hashtags fleurissent d’invectives, chacun soutenant son héraut : le présentateur populaire ou le comique qui cherche à l’être. Un tel écart nous permet de mesurer l’effondrement spirituel de notre pays 186 années après. De la bataille d’Hernani jusqu’à la guéguerre d’Hanouna. 

Le souci n’est pas que Guillon touche cette somme pour quelques minutes en plateau. Chacun sait que les sommes versées dans certaines sphères (cinéma, télévision, football) ne choquent même plus une population qui a intégré parfaitement la fracture abyssale entre le train de vie des « élites » et leurs fins de mois difficiles.

L’intégrité de Guillon n’est d’ailleurs pas à remettre en cause : l’homme a reconnu d’emblée percevoir ces gains et après tout, il ne les a pas volés. Si certains mécènes télévisuels le trouvent drôle (cela peut arriver), rien ne les empêche de signer ce chèque.

Stéphane Guillon, l’arroseur arrosé 

L’humour se politise. Le comique d’aujourd’hui ne plaisante plus sur la politique, mais sur LE politique, il est un militant à part entière. Sur le plateau de Laurent Ruquier, il se permet même une tendre rébellion face au Premier ministre.

L’humour se politise. Le comique d’aujourd’hui ne plaisante plus sur la politique mais sur LE politique, il est un militant à part entière. Sur le plateau de Laurent Ruquier, il se permet même une tendre rébellion face au Premier ministre. Dans L’Emission politique, Charline Vanhoenacker ponctue chaque interview d’un sketch (les guillemets n’auraient pas été de trop dans ce cas de figure, tant nous sommes gênés pour elle devant tant de platitude), tout comme Guillon intervient pour sa chronique à l’issue d’un débat qui se veut sérieux (la remarque sur la faiblesse de l’humour vaut ici aussi). 

A chaque programme, donc, son comique de gauche, qui ricane et ânonne son serment moralisateur au petit peuple qui pense de travers et ne vote pas comme il faut. Guillon répète à cet égard le même stratagème dans chaque média : s’en prendre à son patron pour ensuite jouer au Jean Moulin de pacotilles et entretenir sa figure de résistant niché dans le maquis du PAF. Celui qui a tant fait la leçon au bling-bling sarkoziste se voit quelques années après pris la main dans le pot à confitures dorées … C’est son Fouquet’s à lui. 

Tartuffe arbore une barbe de quelques jours, se coiffe mal et pense savoir faire des imitations. Quelques bienveillants Orgon continueront de tomber sous son charme mais, hélas pour lui, ce dernier n’agit plus depuis bien longtemps sur un public qui n’a plus les moyens de rire avec la gauche. 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.