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Cette semaine, comme chaque semaine de ma vie, était d’une normalité complète et pure. Un certain nombre de petits événements ont eu lieu au cours de cette période de 7 jours, divine pour les plus pieux d’entre nous. L’ordre des jours n’est pas ici très important, c’est surtout ce qu’il s’y passe qui intéresse le quidam.

Je commence par le samedi car c’est peut-être, comme beaucoup, le jour que je préfère. C’est sympa le samedi, on vient de finir la semaine de travail et si on n’a pas trop bu le vendredi soir, on peut espérer profiter un peu de son lit sans gueule de bois. On voit bien qu’on ne profite pas assez de son lit. On se réveille assez tôt la semaine, on n’a pas le temps de s’apercevoir du plaisir que produit l’objet. Mais le samedi matin, réveillé mais allongée, en bref, on prend conscience de son caractère douillet. On peut y rester une ou deux heures, et ensuite décider de se lever, véritablement.

On voit bien qu’on ne profite pas assez de son lit. On se réveille assez tôt la semaine, on n’a pas le temps de s’apercevoir du plaisir que produit l’objet.

En général, après un verre de Danao, un café et une douche, j’en profite souvent pour aller me balader. Je m’installe dans un bar-tabac, tenu par des Asiatiques, pour lire et regarder les gens. En général je n’y reste pas plus d’une heure, les effluves alcoolisés émanant de certains types finissent par donner la nausée. Parfois j’opte pour un salon de thé plus classe, mais je ne comprends pas un mot de ce que les gens racontent. Les touristes ainsi que les langages sont innombrables, et je ne parle qu’anglais. Je gribouille beaucoup l’ouvrage, car je veux me souvenir de belles formules. Je me dis que, peut-être, je pourrais les utiliser devant des filles, mais je n’y pense jamais. De toute façon, les occasions pour ce genre de tartuferies restent accidentelles, et la plupart du temps platoniques.

Je flâne aussi, enfin j’erre comme un zombie, sans but précis dans mon avancée. Alors je contemple l’évolution du monde. Je me dirige dans une boutique de chaussures, car comme un grand nombre de Franciliens, j’aime beaucoup cet attribut vestimentaire. J’ajoute qu’il commençait à pleuvoir. C’est intéressant les chaussures, on a toujours eu l’impression que c’était la première chose que les gens regardaient chez vous. Vers la trentaine, on n’ose plus se regarder dans les yeux. Mais peut-être que non.

J’entre donc chez « Clark’s ». C’est du milieu de gamme, on pourra donc se faire une idée assez probable des comportements les plus répandus chez le Francilien de base. J’observe les différents manèges, surtout les vendeurs. Car ils ont de l’entrain, on leur parle facilement j’ai remarqué. Evidemment, ça ne va pas bien loin, mais ça suffit souvent. Cette facilité d’accès rassure, surtout pour les gens seuls. On n’est jamais aussi bavard avec quelqu’un qu’on voit pour la première fois. En plus, ils sont maintenant devenus des « conseillers », en tout cas c’est ce qu’il y a d’inscrit sur leur badge. Je pense que c’est pour ça qu’on leur parle beaucoup. Avant il ne faisait que collecter votre argent en échange d’un objet neuf, fabriqué en série. A présent, il doit vous aider à faire un choix parmi ces différents objets. C’est visiblement une mission sérieuse. Cela adoucit les mœurs, à condition de pas être trop exigeant.

On a souvent plusieurs types de clients, certains jouent le jeu, d’autres se méfient vraiment beaucoup trop. Ce sont surtout les plus âgés. Le vendeur, enfin conseiller, est souvent jeune, alors peut-être y a-t-il une espèce de domination revendiquée inhérente aux seniors, « à qui on ne la fait pas », cette volonté de garder la main, « c’est pas un djeuns qui va m’expliquer la vie, non mais », même si le jeune lui assure qu’avec ces bottines « vous pouvez marcher 20 km en terrain compliqué ». Ou parfois, c’est une conseillère, et alors là, ça change tout. Il y en a certaines, on leur achèterait n’importe quoi, simplement pour qu’elles gardent leur beau sourire. L’homme demeure irrémédiablement vaniteux et faible devant la flatterie d’une femme, c’est vertigineux. Finalement, on repart avec une paire de chaussures un peu chère et pas si confortable, quoique je mentirais dans ce cas précis, car Clark’s c’est vraiment très agréable à porter.

Je marche encore un peu et me retrouve devant la mairie de Paris. Le bâtiment est majestueux et imposant. Comment peut-on avoir un si grand bâtiment pour des esprits si étriqués à l’intérieur ? Au sommet de l’Hôtel de ville, le drapeau européen flotte vaillamment, histoire de dire, on vous en fera bouffer de l’Europe même si vous n’en voulez pas. L’Europe peut se résumer à un légume, mais pas seulement. Enfin, pour l’instant, le légume est plutôt mauvais pour la santé des français. L’esplanade de l’Hôtel de ville pourrait accueillir un campement de migrants, ce serait sans doute l’assurance d’une réélection pour Mme Hidalgo.

Après cette promenade, je décide de rentrer en début d’après-midi pour « rattraper quelques séries », ce qui ne veut pas dire grand-chose.

Après cette promenade, je décide de rentrer en début d’après-midi pour « rattraper quelques séries », ce qui ne veut pas dire grand-chose. Dans le métro, je regarde une jeune femme, au rouge  à lèvres peu discret, la mine réjouie. Elle sourit béatement, visiblement happée par la lecture de sms qui la mettaient en joie.

Au loin j’entends les sanglots d’un adulte qui se rapprochent. Quelques instants plus tard, un clochard, probablement issu des pays de l’Est comme on dit, qui sentait la banane, se traine en pleurs, pieds nus. Je repense aux césars. Quelle performance. Il passe parmi les passagers articulant à la perfection « ticket restaurant » au milieu de ses larmes de crocodile. Les pleurs sont une technique peu répandue et finalement très peu efficace. Personne n’a semblé solidaire ni intéressé par sa démarche. Lorsque le miséreux arriva à sa hauteur, le sourire de la jeune fille se transforma en air renfrogné. La mélancolie avait à présent envahi son visage. Elle qui pensait sans doute passer un début de week-end encourageant. Elle n’était pas contente. Ce sdf l’avait distraite. Heureusement, à la station Richelieu Drouot, son petit ami l’attendait. Ils s’étaient croisés du regard alors que le métro ralentissait en début de quai. Elle pressait frénétiquement le bouton d’ouverture, espérant que la soupape se déclencherait avant l’arrêt total du wagon. Ce fut le cas, et à peine descendue, elle se jeta dans ses bras. Tout allait mieux.

J’avais encore 17 stations avant d’arriver chez moi. Après le visionnage de quelques épisodes d’une série américaine, je suis allé me coucher. Il ne s’est pas passé grand chose de plus.

J’avais encore au moins 17 stations avant d’arriver chez moi. Après le visionnage de quelques épisodes d’une série américaine, je suis allé me coucher. Il ne s’est pas passé grand-chose de plus.

Rémi Loriov

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.