Les règles ne changent pas mais le football évolue rapidement et les grandes équipes s’appuient désormais sur deux traits tactiques : la conservation du ballon et sa récupération pour vite se projeter vers l’avant.

Il faudra donc bien un jour cesser de décerner les ballons d’or aux seuls buteurs, afin de récompenser les nouveaux stratèges du jeu, ceux qui conservent et qui récupèrent : les milieux de terrain. A quelques mois d’une Coupe du Monde où ils auront sans aucun doute leur passe à faire, Paul Pogba, champion du monde des moins de 20 ans en 2013, s’épanouit à la Juventus de Turin quand Marco Verratti, le vice champion d’Europe espoirs 2013, s’installe avec brio dans le milieu à 3 parisien.

Pogba a 16 ans et joue au Havre quand il suscite l’intérêt de Sir Alex Ferguson. Pogba est une promesse sur l’avenir et le manager écossais ne se trompe pas en le recrutant. Seulement Pogba n’est pas qu’une promesse, c’est un talent brut assoiffé de temps de jeu. En signant à la Juve blessé mais gratuitement, Ferguson devient fou de rage. Pogba gagne petit à petit sa place de titulaire non seulement dans la Juve d’Antonio Conte, mettant au passage Pirlo sur le banc, mais aussi en Equipe de France où Deschamps en son absence ne trouve aucune solution de rechange. Après DD le capitaine, PP le poulpe débarque. Pour Verratti, son destin de jeune milieu prometteur à Pescara le mène tout droit à la Juventus de Turin où un projet sur mesure l’attend : grandir dans l’ombre du maître Pirlo. Seulement voilà, Leonardo a pour mission de dénicher une perle rare. En convaincant son entourage de le faire signer à Paris, Verratti se retrouve rapidement titulaire dans le 4-4-2 d’Ancelotti en raison de la longue blessure de Thiago Motta. Prandelli le convoque avec la Squadra Azurra où il s’offre le luxe d’égaliser en amical contre les Pays-Bas. Dans le dispositif de Laurent Blanc, Marco d’abord remplaçant s’impose en moins de trois journées dans un milieu à 3 où au côté de Thiago Motta et Matuidi, il forme certainement le trio le plus complémentaire d’Europe.

Une passe de Pogba pour Tevez et quatre défenseurs se taisent 

Ces deux joueurs, au physique si différent : un grand noir d’1m90 coiffé d’une crête et un petit blanc d’1m65 aux yeux d’un bleu profond, ont sans aucun doute croisé leur destin. Le français Pogba s’impose à la Juve, le club de cœur de Marco quand ce dernier s’installe au PSG, le club français qui se construit un destin en grand. De plus en plus précoces, ces jeunes talents ont déjà des jeux très complets : sens de la récupération, du dribble, de la passe, du but, couverture du terrain, génie de la dernière passe, le tout allié à beaucoup de culot et de maturité. Leur touché de balle est gracieux, leur déplacement toujours utile et leur vision du jeu impressionne match après match les observateurs. Une passe de Pogba pour Tevez et quatre défenseurs se taisent. Une passe de Verratti pour Ibra et un gardien en tombe les bras. Avec eux, le foot c’est un poème où les passes sont des rimes. Le ballon transperce une ligne adverse, le mouvement suit un cours bien défini, le geste est précis quand le contrôle s’applaudit. Le dribble devient enjambement, la talonnade prend l’effet d’une césure, quand un double contact est allitération.
 
Grâce à son placement défensif, Verratti a par exemple évité au PSG d’encaisser deux buts sur corner en ce début de championnat. Offensivement, il trouve les espaces et contre Benfica par exemple, il lance idéalement Van der Wiel puis Matuidi, qui seront crédités de la passe décisive. Cette année, Pogba se montre tout aussi décisif et son but lors du derby turinois est celui de la victoire. Pogba est l’aiguilleur de la Juve quand Verratti est l’aboyeur du PSG. Ces travailleurs de l’ombre sont de véritables artisans, travaillant pour l’honneur de l’équipe et ne profitant que très peu de la lumière dans laquelle sont installées les grandes stars du ballon rond que sont les attaquants. Le Real intergalactique était impressionnant car derrière Makélélé jouait pour trois. Bien sur on pourrait aussi évoquer d’autres jeunes icebergs émergents… tel Jack Wilshere qui redonnera certainement une âme un peu plus british a Arsenal dans les années à venir ou même Thiago Alcantara, jeune espagnol champion d’Europe espoirs qui en rejoignant le Bayern Munich de Pep Guardiola ne tardera pas a confirmer l’espoir placé en lui. Mais nul n’a la classe d’un Pogba ou d’un Verratti qui ont paradé en mai 2013 sur les podiums de leur championnat respectif.
 
En étant désigné Ballon d’Or de la Coupe du Monde des moins de 20 ans, Pogba a montré toute l’étendue de son talent. Capitaine de sa sélection, l’ancien havrais, malgré une entame de compétition difficile, a mené sa sélection à la victoire. Chaque équipe doit avoir son meneur d’hommes et Pogba l’assume pleinement. A quelques mois de rejoindre le Brésil, La France se cherche un leader, aussi jeune soit-il. En étant sélectionné dans l’équipe type de ligue 1 pour la saison 2012-2013, Verratti a lui aussi connu la récompense de ses pairs. Sur un terrain, le jeune italien joue autant avec le ballon et ses adversaires qu’avec les cartons jaunes. Mais le gamin apprend vite… très vite.
 
Alors il faudra certainement lutter contre les Oscar, Neymar ou Messi pour remporter les prochains ballons d’or mais ces deux joueurs prétendront sans aucun doute dans les années à venir à la récompense ultime du footballeur. Cela rattrapera quelques injustices passées lorsque Xavi ou Iniesta le méritaient amplement… Le paradoxe demeure : comment attribuer une récompense individuelle à un joueur qui ne cesse de penser qu’au collectif. Il appartient à cette nouvelle génération de nous en donner la réponse. Car tout arrive à qui sait attendre et ces jeunes sont bien plus talentueux et bien moins patients que d’autres…
 
                                                                       Fabrice Piofret

Fabrice Piofret

Fabrice Piofret

Il paraît que ma photo traîne dans la chambre de Julien de Rubempré... 34 ans.