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Cette semaine, votre Rémi, préposé aventurier, manque de se faire refouler pour cause d’extrémités trop libérées.

Semaine du 18 au 22 août

Lundi

Comme chaque matin, après mon café, une bonne douche et un petite salve d’information sur la BBC, je sors de chez moi pour me rendre au travail. Au carrefour, je me rends compte qu’une femme porte une veste G-Star, marque de vêtement bien connue des jeunes et autres post-adolescents Franciliens.

Eu égard au fait qu’elle a très certainement dormi sur l’herbe, à la belle étoile, je m’interroge sur le pourquoi de cet accoutrement, dont le prix reste prohibitif, même pour le Français moyen. Une enquête m’apprend que le Kenya est aussi connu pour son « industrie » des vêtements de seconde main.

Les vêtements que nous, Européens, donnons à la Croix Rouge ou au Secours Populaire, se retrouvent pour partie en Afrique. D’où des vestes avec l’écusson « Sapeurs Pompiers d’Aquitaine » sur un homme que je croise à Westlands, le quartier branché de Nairobi.

Lorsque je vois les hordes d’humains se ruer dans les magasins parisiens, je n’ai plus aucun doute sur le fleurissement de ce secteur en Afrique. Un recyclage comme un autre, à l’heure où les Verts semblent de plus en plus pâles, en tout cas politiquement.

Mardi

Je passe encore devant un chantier. Mais cette fois, des femmes s’attellent à décharger un camion de parpaings, le tout à main nue et en sandales.

A l’heure de la parité, de l’égalité homme/femme, le Kenya semble en avance sur la France, pour des raisons beaucoup moins idéologiques. S’il y a de l’argent à gagner, les gens viennent. C’est assez simple, et plus efficace.

A proximité, une pancarte pour un autre complexe d’appartements attire mon regard. Je m’attarde sur le nom de la résidence : « Golden Showers appartments ». J’ose espérer que celui qui choisit d’y emménager n’aura pas à se plier à ce genre de pratique. Aussi Français que je sois, ouvert au Monde, France terre d’accueil, j’ai des limites à la convivialité.

Mercredi

Le soir venu, nous choisissons de manger éthiopien. Abyssinia : un repas de partage. On nous sert en effet une immense assiette d’environ 80 cm de diamètre, avec un certain nombre d’aliments différents. Le tout posé sur une galette. A côté, une corbeille de pain, qui a la forme de morceaux de crêpes spongieux. Celles-ci seront nos couverts, à l’aide desquelles nous attraperons les éléments posés sur la grande assiette. On mange avec les mains de la purée de pois chiches, de l’agneau, ainsi que d’autres condiments dont j’ai honnêtement du mal à reconnaître l’origine.

Lorsque je regarde autour, je ne vois que des expatriés blonds. Abyssinia serait donc la deuxième ville la plus blonde après Copenhague.

Jeudi

Rien à signaler.

Vendredi

Je récupère mes chemises faites sur mesure ; Je ne suis pas satisfait. On m’explique que c’est comme cela que la chemise africaine se porte, ample.

Au Yaya center, à l’heure du déjeuner, nous croisons un ministre. Elle est suivi par son fils, auquel elle vient d’acheter un skateboard.

Elle sortira en Mercedes avec chauffeur.

Vendredi soir, nous sortons en « boîte ». La rue rassemble à elle seule plusieurs clubs, une joyeuse pagaille, un chaos rassurant. Il est 1h du matin, et après quelques Tusker, nous entrons à présent dans l’Aqua.

J’ai du mal à reconnaître les femmes des prostitués, tant leurs atours sont similaires. J’hésite à interagir. Les hommes, eux, n’hésitent plus, sans doute l’expérience. Dans un mélange d’odeur de cigarette froide et de Cologne bon marché, les couples dansants se font et se défont.

Je viens de me rappeler, qu’à l’entrée, j’ai manqué de me faire refouler car je ne portais pas de chaussures fermées. Il est vrai que depuis le début de mon périple, la tatane ne me quitte plus. La négociation n’a pas vraiment eu lieu, la musique assourdissante et la lumière tamisée avaient fini par convaincre le videur, que vraiment, tout cela n’avait pas d’importance.

J’ai préparé ma valise. Pour des raisons professionnelles et personnelles, je retourne en France un court instant, pour m’entretenir avec Paris la précieuse, Paris la dédaigneuse.

Les femmes en France, une gageure.

Rémi Loriov

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.