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Actuellement sur scène dans un deuxième spectacle de grande qualité, Gaspard Proust étrille tout le monde. Avec un panache et un cynisme tout desprogiens.

Il frappe sec, fort, très fort, mais surtout vise juste. Impitoyable, Gaspard Proust n’aime rien tant que fustiger une société désespérément endormie et désespérante de frilosité. Face à l’adversité, schématiquement, les larmes ont succédé aux armes et c’est peu de dire que cette pusillanimité répugne l’humoriste.

On en veut pour preuve cette parodie de la devenue célèbre lettre de Guy Môquet, lue par un enfant en 2076 et rédigée par un dénommé Melville Môquet, résistant en carton qui, face à l’islamisme, riposte courageusement en buvant des coups en terrasse. Ce fils de bobos bon teint parle notamment de la chasse au Pokemon « pour garder l’entraînement » et des « milices à câlins ». Sa révolte est née de l’attentat perpétré au Bataclan, une vraie douleur pour Gaspard Proust, parce qu’il l’a obligé à se solidariser avec les bobos du XIe arrondissement.

Ces bobos le révulsent au même titre que les hipsters, ces allergiques de l’autorité, ces mous du bulbe qui, lorsqu’ils veulent vous frapper, propagent « le souffle du bras mort de Jamel Debbouze », lequel n’a pas été très inspiré en voulant « fister un RER ». Ces bobos intolérants au gluten et au lactose, les terroristes auraient pu et dû les attaquer autrement, car « en balançant sur le Bataclan des centaines de litres de lait et de kilos de farine, les terroristes auraient fait plus de morts ».

On l’aura compris, Gaspard Proust n’aime pas les caricatures de Parisiens, mais il prend aussi un malin plaisir à dézinguer une classe politique qui l’afflige.

Un tableau noir vif de la médiocrité humaine

Cible privilégiée, François Hollande, ce « Super Dupont » devenu président, raillé tant pour son physique – « dans la pub Nespresso, à côté de George Clooney, c’est lui qui répare la machine » – que pour sa propension légendaire à attirer la poisse – « dès que quelqu’un prononce son nom, c’est une capote qui craque dans le monde ».

Son « lieutenant » Florian Philippot est lui aussi attaqué, en dessous de la ceinture, mais non sans brio : « on ne l’imagine pas avec un casque à pointe… enfin, pas sur la tête. »

Volubile sans aucune volupté, Gaspard Proust, en bon disciple de Pierre Desproges, tance également la peur des Français face à ce FN dédiabolisé, convaincu que Marine Le Pen, qui parle comme « une charcutière de Ménilmontant touillant de la chair à saucisse », n’accèdera jamais au pouvoir. Son « lieutenant » Florian Philippot est lui aussi attaqué, en dessous de la ceinture, mais non sans brio : « on ne l’imagine pas avec un casque à pointe… enfin, pas sur la tête. »

Bernard-Henri Lévy ? Gaspard Proust l’assassine d’une phrase. Goûtant peu la satisfaction de ce philosophe qui ne connaît pas de milieu entre le Café de Flore et le front libyen d’avoir « sauvé la Libye », il assure qu’« il n’a pas écrit L’être et le néant, il l’a fait ».

Christiane Taubira ? Elle lui inspire en même temps Mein Kampf et La Case de l’Oncle Tom.

La haine des Arabes envers les Juifs ? Il la comprend, parce qu’« il est humiliant d’inventer les chiffres et de s’apercevoir ensuite que d’autres savent mieux s’en servir ». Le Coran ? « En le lisant, on comprend tout de suite que Dieu ne veut vous que du bien… si vous êtes musulman. Sinon, ça dépend des jours ».

Les femmes, elles, n’ont de toute évidence rien compris à la cruauté des hommes. Dans un long argumentaire délicieux de mauvaise foi, il regrette en particulier que le sexe faible n’a toujours pas saisi qu’« après l’éjaculation, on passe d’une libido de ‘DSK’ à une libido de Benoît XVI ».  Profondément désabusé, ne croyant pas ou plus en l’amour, le rustre a une vision très personnelle du couple, « le seul  endroit où la résignation est une forme de sagesse ».

L’heure et quart de spectacle est littéralement avalée. Gaspard Proust ne s’arrête pas et enchaîne les punchlines. Il débite et débine comme une machine, lançant à intervalles réguliers des roquettes qui atteignent systématiquement leur cible.

Pas de temps mort, pas de fléchissement, juste un tableau noir vif de la médiocrité humaine. A tout juste 40 ans, l’humoriste mordant, spécialiste de la formule qui tache et qui glace, nommé aux Globes de Cristal dans la catégorie Meilleur One Man Show l’an passé, est au sommet de son art. Il faut y aller.

Pour rire. Pour se décrisper. Pour s’identifier. Pour assumer.

 

 

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.