Pure critique impressionniste, ces notes seront l’occasion d’écrire quelques lignes sur mes lectures. La dernière en date : l’époustouflante biographie de Saint Louis écrite par Jacques Le Goff.

Le lecteur, même averti, s’y reprend à deux fois dans les allées d’une librairie au moment de faire son achat : plus de 1000 pages d’histoire médiévale, cela reste une gageure. Il faut le talent de conteur de Le Goff ainsi que son érudition pour parvenir à intriguer, intéresser et finalement captiver.

Le pari est osé : raconter la vie d’un roi qui fait certes l’unanimité parmi les Français mais dont il ne reste presque plus rien, hormis le précieux témoignage de son fidèle Joinville (grâce soit d’ailleurs rendue au site Gallica de la BNF pour avoir mis ce si beau texte en ligne) ; et non pas de manière chronologique, mais thématique. Cela donne lieu à quelques répétitions, mais au final Le Goff nous donne un aperçu total de notre bon roi.

Que reste-t-il de Saint Louis ?

Le plus frappant, en reposant ce livre, c’est l’amertume qui nous saisit.

Louis IX, fervent catholique qui se réveillait même la nuit pour prier et jeûnait dès qu’il le pouvait, est devenu saint pour ses fameuses guérisons. Il est, d’ailleurs, le seul monarque français a avoir reçu cette distinction ecclésiale. Ce que l’on comprend également avec Le Goff, c’est que la chrétienté a été le ciment de l’Europe, et que cela est sûrement toujours le cas. Nous ne sommes pas unis par la langue, ni par la philosophie (les Anglais resteront empiristes, les Français demeureront rationalistes), mais bien, peut-être, par quelque chose qui nous dépasse et qui n’est pas du ressort politique.

Le plus frappant, en reposant ce livre, c’est l’amertume qui nous saisit. De Saint Louis, de cette dignité monarchique, de la Sorbonne et des magnifiques cathédrales, de cette première renaissance littéraire, que reste-t-il, dans nos cœurs, nos mémoires ? Comment est-il possible d’avoir eu des rois si brillants il y a plusieurs siècles, et des dirigeants aussi pitoyables aujourd’hui ? La réponse est dans ces lignes de Jacques Le Goff : « L’Occident médiéval est né sur les ruines du monde romain. Il y a trouvé appui et handicap à la fois. Rome a été sa nourriture et sa paralysie ». Seul souci donc : nous construisons sur du vide depuis quarante ans.

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.