share on:

Si Clovis reste une figure incontournable des manuels scolaires, les Mérovingiens n’en demeurent pas moins un sujet d’étude des plus complexes. Bruno Dumézil s’y attelle dans L’Empire mérovingien, paru aux éditions Passés Composés.

Clovis et les rois mérovingiens constituent un imaginaire d’écolier réconfortant : le baptême à Reims, saint Rémi, le bon roi Dagobert … Mais derrière les images d’Epinal, l’étude historique approfondie de cette période (Ve au VIIIe siècle) relève de la gageure. Bruno Dumézil l’explique sans ambages dans l’introduction : « L’histoire extraordinaire du monde mérovingien doit se faire avec des textes extraordinaires, au sens le plus littéral du terme : l’anormal l’emporte sur le normal ».

Si les textes de Grégoire de Tours demeurent incontournables, ils n’en sont pas moins sujets à caution sur bien des aspects. Les autres sont soit disparus, soit tardifs, soit sujets à caution. Comment travailler sur un sujet, avec une matière première – les sources – aussi rare ? L’archéologie, la numismatique ou encore la recollection de textes oubliés servent de base à la minutieuse enquête de Bruno Dumézil.

Les Mérovingiens, trait d’union entre l’antiquité et le moyen-âge

L’historien doit marcher sur une ligne de crête, soupeser les sources, émettre des hypothèses. Dumézil expose ainsi comment l’empire mérovingien s’est progressivement doté d’une administration, a dû faire face aux invasions, à la guerre civile, avant de devenir une véritable monarchie chrétienne. L’auteur le précise : « Lorsque Clovis mourut en 511, le royaume franc pouvait se définir comme chrétien, à plus d’un titre. Le défunt roi avait réuni un concile majeur, où son rôle de protecteur de l’Eglise avait été reconnu ».

Le baptême de Clovis est justement au coeur de l’héritage mérovingien. Le pays ne sera plus le même puisque cela deviendra un royaume catholique, et c’est un véritable bouleversement historique et spirituel qui s’est ainsi opéré entre plusieurs dates cruciales dans l’histoire occidentale : la chute de Rome en 476, le sacre de Charlemagne comme empereur d’Occident en 800, le schisme de 1054.

Symboliquement, la dynastie mérovingienne est celle qui a « christianisé » le pays, et effectué une transition entre le paganisme antique et la monarchie chrétienne qui va se consolider au Xe siècle jusqu’à son apothéose au XVIIe siècle. Avec un talent certain pour le récit et la mise en perspective, Bruno Dumézil met en lumière une période incertaine, faite de gloire, de déboires, de heurts et de grandeur qui annonce tout à la fois les splendeurs et les misères de la modernité.

mm

Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.

Laisser un message