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Madame Bovary tient sans conteste une place majeure au panthéon bibliographique du Maître, avec L’Éducation sentimentaleSalammbô ou même Bouvard et Pécuchet. La force de l’écrivain résidant essentiellement dans cet immense paradoxe, montagne de contradictions à lui tout seul, ne serait-il pas bon pour la Gauche de redécouvrir avec plaisir (et réflexion) les enseignements littéraires des périodes charnières ?

Madame Bovary, qui est de naissance paysanne et a été élevée dans un couvent, rêve d’une vie mondaine, des parfums délicats concoctés chez les meilleurs « nez » de Paris et des jouissances matérielles de la vie bourgeoise de ces aristocrates en papier-mâché.

Certes, elle est d’une personnalité complexe, et ce serait faire beaucoup de cas de la profondeur intellectuelle de certaines éminences du PS ou de la gauche mollassonne. Mais il est bien quelque chose que l’on retrouve à la fois dans le personnage et dans ces marchands de tapis: l’acceptation du mal-être.

Viser bas, viser juste

Le militant syndicaliste rempli d’idéaux révolutionnaires deviendra bien vite « éléphant » au PS, puis Commissaire Européen, allant jusqu’à vanter les mérites de l’austérité et de la discipline budgétaire.

Madame Bovary se construit comme une adolescente : elle rêve de ce qui lui permettra de rompre l’ennui, de briser la monotonie. En somme, une antimoderne en puissance, anti homo festivus. Cependant, en faisant preuve d’hybris, elle révèle au lecteur sa médiocrité en tant que femme mais aussi en tant que personne. Elle qui aurait mieux fait de « viser bas, de viser juste » pour reprendre les termes de Céline à propos de Madame Bérange, voilà qu’elle cherche en permanence l’atteinte d’une situation idéalisée. Or elle sait pertinemment qu’il lui est impossible de satisfaire ce stade idéalisé

Ainsi, la gauche pratique l’onanisme, dans cette sorte d’illusion permanente de l’importance, alors qu’elle sait qu’elle est médiocre. Le militant syndicaliste empli d’idéaux révolutionnaires deviendra bien vite « éléphant » au PS, puis Commissaire Européen, allant jusqu’à vanter les mérites de l’austérité et de la discipline budgétaire. Du combattant de la liberté au conseiller bancaire, il n’y qu’un P(a)S : voilà la genèse de l’homo moscovicius.

La résurgence du bal à la Vaubyessard

L’auteur dépeint ce qui peut se passer dans l’esprit de l’adhérent au PS, qui en bon apparatchik, fera un travail psychologique de déracinement social et engendrera un processus d’auto-illusion.

De même, on a le sentiment d’assister à la mise en scène – permanente – la scène du bal à la Vaubyessard. Bien entendu, les acteurs et le décor changent régulièrement, alors que ce sont pourtant les mêmes comptines qui nous sont chantées. Nous ne serions ainsi ni résolus à définir le modèle type théâtral du bal à la Vaubyessard, mais nous serions plus à même d’en tirer une analogie actuelle.

Comme nous l’avions écrit plus en amont, Madame Bovary cherche en permanence la réalisation d’un modèle de vie totalement idéalisé. Elle s’enivre des froufrous et des dentelles, se délecte du langage faussement châtié – et donc surfait – de la grande noblesse du canton. Elle n’y comprend d’ailleurs que peu de chose et Flaubert le fait savoir. L’auteur s’amuse ainsi à jouer sur le cliché, à se moquer de son propre personnage, mettre en exergue les fantasmes d’Emma portés sur la nourriture, sur ce qui relève donc du bas besoin de l’humain et non de la haute volée intellectuelle : Emma n’a pas sa place au bal, Flaubert le dépeint et le lecteur le ressent.

Par conséquent, Emma semble être le catéchiste de la lutte des classes arrivant au PS. À l’image  donc du proto-syndicaliste qui découvre le monde adouci des coussins taffetas et des robes de nuits molletonnées du parisien socialiste. Le bâton de Bergé l’accueille donc sur la table du salon, lui-même décoré aux horreurs d’art contemporain et complété par l’intégrale de BHL en collection de gare installée sur un meuble aux  formes défiant les lois de la physique et de l’esprit.

Mais c’est, de manière encore plus claire, au moment où l’origine sociale de la pauvre femme revient au galop que Flaubert démontre toute son avant-garde. Il écrit ainsi, dans la première partie, chapitre VIII:
« L’air du bal était lourd ; les lampes pâlissaient. On refluait dans la salle de billard. Un domestique monta sur une chaise et cassa deux vitres ; au bruit des éclats de verre, madame Bovary tourna la tête et aperçut dans le jardin, contre les carreaux, des faces de paysans qui regardaient. Alors le souvenir des Bertaux lui arriva. Elle revit la ferme, la mare bourbeuse, son père en blouse sous les pommiers, et elle se revit elle-même, comme autrefois, écrémant avec son doigt les terrines de lait dans la laiterie. Mais, aux fulgurations de l’heure présente, sa vie passée, si nette jusqu’alors, s’évanouissait tout entière, et elle doutait presque de l’avoir vécue. »
L’auteur dépeint ce qui peut se passer dans l’esprit de l’adhérent au PS, qui en bon apparatchik, fera un travail psychologique de déracinement social et engendrera un processus d’auto-illusion.

La Morale politique de l’histoire

« Si tu prends un rôle au dessus de tes forces, non seulement tu y fais pauvre figure, mais encore tu laisses de côté un rôle que tu aurais pu remplir »

Finalement, si le PS relisait ainsi Madame Bovary, il en tirerait donc au moins trois leçons :

La première est celle de l’adéquation entre le discours et l’action. Un politique, s’il veut obtenir des résultats et par là satisfaire son ambition (si médiocre soit-elle), doit a minima faire l’effort de maintenir la résonance de ces deux composantes de l’action publique. Faute de quoi il ne sera qu’un communiquant aux allures de premier sinistre : compte-tenu de l’état de la France et de la misère sociale régnant dans notre pays, on est en droit d’attendre un peu plus que l’incohérence et le mépris pour l’Autre.

La seconde leçon est de ne pas oublier d’où l’on vient. Ce parti qui chantait il a peu encore l’internationale communiste, chante aujourd’hui les vertus du libéralisme. Même si l’on ne saurait taxer les militants PS d’être ouvertement favorables à la politique actuelle, n’oublions pas que l’on a toujours – dans ce genre de collectif – les dirigeants que l’on mérite. Ainsi, si le PS opère un changement idéologique, qu’il change également de nom: conseillons lui sot-cialiste.

La dernière leçon que l’on pourrait envisager : connaître ses capacités. Il faut en effet viser juste, avec l’esprit et la technique dont on peut faire preuve, sans pour autant faire preuve d’hybris. Ainsi, Épictète nous dit « Si tu prends un rôle au dessus de tes forces, non seulement tu y fais pauvre figure, mais encore tu laisses de côté un rôle que tu aurais pu remplir ». Cette citation mériterait sans doute d’être déclarée à l’ensemble de notre gouvernement.  Si tu prends un rôle au dessus de tes forces, non seulement tu y fais pauvre figure, mais encore tu laisses de côté un rôle que tu aurais pu remplir ». Cette citation mériterait sans doute d’être envoyée à l’ensemble de notre gouvernement.

Maxime C.

Rédaction

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Rédacteur depuis Mars 2014