Dans un beau livre publié aux éditions Perrin, Jean-Christophe Buisson raconte 1917, « L’année qui a changé le monde ». 

De l’année 1917, les anciens étudiants en histoire se souviennent des pages du livre de Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, Victoire et frustrations. C’est une véritable année charnière dans les années 1914-1929 qu’ils se proposent d’étudier, car la Grande guerre est en train de franchir une étape. Entre mutineries sur le front et gronde sociale à l’arrière, et, bien sûr, au niveau international avec l’avènement de la révolution russe mettant fin au régime tsariste et les Etats-Unis qui décident de sortir de leur isolationnisme, le premier conflit mondial marque un tournant. 

Avec talent, Jean-Christophe Buisson entreprend de revenir sur l’année 1917, presque jour par jour, et pas simplement du point de vue militaire. Grâce à une superbe iconographie, nous découvrons avec délice les reproductions d’un discours du président Wilson annonçant l’entrée en guerre, des images de L’Emigrant de Chaplin, des photos des Romanov retenus prisonniers ou les premiers clichés d’André Kertész. 

Le germe des totalitarismes 

En Russie, le communisme s’installe tandis qu’un autre monstre rouge, Mao Zedong, identifie les quatre diables à abattre dans ses premiers discours : L’Eglise, le capitalisme, la monarchie et l’Etat. 

L’étude d’une année précise pour en disséquer les ressorts idéologiques, artistiques et sociaux est un pari qu’Antoine Compagnon avait relevé au Collège de France en 2011 : tout 68 s’expliquait par les évènements et les grands courants intellectuels nés en 1965 et 1966, à en croire l’auteur des Antimodernes. Le constat est similaire après lecture du livre de Jean-Christophe Buisson : bien des catastrophes sont d’ores et déjà annoncées par ces plaques tectoniques de l’Histoire qui se mettent en branle en 1917. 

En Italie, Mussolini rentre grièvement blessé des combats et observe les émeutes du pain à Turin et écrit dans Il Popolo d’Italia : « Aujourd’hui, la nation doit être l’armée comme l’armée est la nation (…) Toute nation doit être militarisée. Passons outre aux droits de la liberté individuelle » (p. 65), achevant ainsi sa mue, du socialisme révolutionnaire jusqu’au fascisme. Dans les tranchées, Adolf Hitler commence à nourrir son pangermanisme ainsi que son antisémitisme forcené. En Russie, le communisme s’installe tandis qu’un autre monstre rouge, Mao Zedong, identifie les quatre diables à abattre dans ses premiers discours : L’Eglise, le capitalisme, la monarchie et l’Etat. 

Pour paraphraser Hannah Arend, les origines du totalitarisme se trouvent en 1917. Les -ismes les plus meurtriers de l’histoire (nazisme, fascisme, communisme) sont en pleine éclosion, sur fond de Ballets russes et de toiles de Fernand Léger. Aucune époque n’est réductible au Bien ni au Mal : aux tueries des tranchées succéderont la douceur de vivre des Années folles, son surréalisme et son music-hall. Il n’en demeure pas moins, comme l’écrit Buisson dans son introduction, que « Un siècle plus tard, notre monde est le produit de cette année-là ». 

 

mm

Julien De Rubempre

Fondateur du Nouveau Cénacle. Navigue entre sa bibliothèque, le Parc des Princes, Guernesey et son encrier. Pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.