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Thierry Lentz – directeur de la Fondation Napoléon et enseignant à l’Institut catholique d’études supérieures –  signe un Dictionnaire historique (éditions Perrin) consacré à Napoléon aussi enrichissant qu’exaltant. Bonaparte puis Napoléon Ier sont examinés tour à tour sous toutes leurs facettes, pour décortiquer non pas la vie, mais le destin d’un être hors du commun qui, selon Chateaubriand : « vivant, (…) a manqué le monde, mort, il le possède ».

Au cours des 300 articles sur Napoléon, une entrée frappe particulièrement, celle à propos de Charlemagne. Thierry Lentz écrit en effet : « Dès le début du Consulat, Bonaparte laissa David inscrire sur des rochers au pied de son cheval cabré du tableau Le Premier consul franchissant les Alpes (1801) son propre nom accolé à ceux d’Hannibal et de Karolus Magnus. Deux ans plus tard, il ordonna qu’une statue de Charlemagne fût placée au sommet de la colonne qu’il voulait faire ériger place Vendôme ».

Et de poursuivre, citant une lettre de l’Empereur au cardinal Fesch : « Dites bien que j’ai les yeux ouverts ; que je ne suis trompé qu’autant que je veux bien l’être ; que je suis Charlemagne, l’épée de l’Église, leur empereur », avant de conclure : « Le souvenir de Charlemagne sans cesse invoqué finit par avoir dans certains domaines une telle consistance que l’on peut dire qu’il joua un rôle dans les fondements de l’action intérieure et européenne de l’empereur des Français ».

« Si l’empire de Charlemagne n’avait pas été disloqué lors de sa succession, les guerres napoléoniennes auraient-elles eu lieu ? »

Les deux hommes ne sauraient pourtant se confondre, mais Thierry Lentz a raison de s’y attarder, car il s’agit de deux empereurs dont l’action a dessiné les contours de la France comme ceux de l’Europe. Si l’empire de Charlemagne n’avait pas été disloqué lors de sa succession, les guerres napoléoniennes auraient-elles eu lieu ? Napoléon se serait-il empressé d’installer un royaume d’Italie et de faire la guerre à l’Espagne ? Le grand mérite du dictionnaire est de montrer les influences intellectuelles, spirituelles, militaires et personnelles de l’Empereur qui n’aurait pas non plus été le même sans Joséphine ni Cambacérès ou le maréchal Ney.

Napoléon, génie obsessionnel ?

Par-delà les filiations historiques entre les différentes figures de l’Histoire, il apparaît au fil des notices que Napoléon était bien plus qu’un bâtisseur. Il était un véritable personnage à l’accent corse prononcé, négligeant l’art de la table, poussant la coquetterie jusqu’à s’asperger d’eau de Cologne même sur le champ de bataille, prompt aux colères redoutables et obsédé par le moindre détail. Les nuits blanches passées à examiner ses cartes en sont la preuve la plus éclatante.

« Napoléon a réorganisé le système monétaire et financier du pays, trop conscient qu’il était de la nécessaire souveraineté économique de la France »

Plusieurs entrées du dictionnaire sont tout à fait éclairantes, comme celles sur les billets de banque, la caisse de retraite ou la banque de France : Napoléon a réorganisé le système monétaire et financier du pays, trop conscient qu’il était de la nécessaire souveraineté économique de la France qui devait faire face au Blocus continental. La question des « Traités » (Fontainebleau, Presbourg, Paris 1814 et 1815) est aussi abordée en longueur afin de comprendre le génie diplomatique d’un empereur parfois soumis aux aléas de ses alliés.

Le lecteur ne regrettera pas le parti pris non-chronologique de l’histoire, puisque tous les articles se répondent les uns aux autres. En creux, se dessine le portrait d’un homme du XIXe siècle, qui a achevé la Révolution française et qui, porté par un tempérament romantique, a voulu devenir Alexandre le Grand. Il a failli tutoyer la gloire infinie, avant de voir la Grande armée s’effondrer à Waterloo et de connaître l’exil. Dans ses carnets, Victor Hugo revient avec émotion sur le retour des cendres de l’Empereur à bord de la Belle-Poule. Il note : « La fête commence à se faire sentir. – Oui, c’est une fête ; la fête d’un cercueil exilé qui revient en triomphe ». Le triomphe posthume de l’Empereur dans la mémoire nationale constitue sa victoire la plus éclatante. Ce dictionnaire, parce qu’il montre l’étendue de l’héritage napoléonien, en est un remarquable témoin. 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.