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Réflexion en cours sur la France comme elle va ou ne va pas, inspirées par les événements et quelques lectures.

« Un État qui se projette en mère toute puissante est un État fascisant. » – Virginie Despentes, King Kong Théorie

« Faute de penser la morale, on moralise la pensée. » – Philippe Muray

« (…) On sait qu’en démocratie la liberté est fondée sur le principe absolu que la vie privée doit, normalement (sauf circonstances exceptionnelles), être soustraite au contrôle de la société ou de la puissance publique (Big Brother) ; or l’hygiénisme tend invinciblement à placer les comportements individuels sous l’emprise du corps social, avec d’autant moins de scrupules que « c’est pour la bonne cause ». » – Dominique Wolton

La France est-elle toujours une démocratie ? Poser la question est déjà y répondre. Pour les uns, poser cette question, une antienne de café du commerce, prouve en soi que la France est toujours une démocratie ; pour les autres, la question ne se pose pas sans raisons sérieuses, autrement dit, il n’y a pas de fumée sans feu. Sur le papier, la France est bien une démocratie, le peuple est souverain et la liberté est la première des valeurs affichées au fronton de nos mairies. Halte aux déclinologues et aux Cassandre, n’écoutons pas les sirènes populistes, dormons sur nos deux oreilles, braves gens, tout va bien, notre Président veille. Et pourtant, le vernis s’écaille, à l’instar des églises parisiennes abandonnées par le dogmatisme hidalgien, seule la façade reluit… La France est toujours une démocratie, mais plus totalement pour tout le monde.

« Populiste est un qualificatif à visée infamante ; il est destiné à faire taire celui qui est frappé de cet anathème. »

Dans la vaine lutte entre progressisme et populisme, il semble que la liberté d’expression des autres soit contestée par les uns. Les termes employés sont révélateurs. En se revendiquant du progressisme, on rejette l’adversaire dans l’opposition au progrès, dans la réaction, on le refoule dans les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire si précieuses aux cendres de la Mitterrandie. Comme s’ils avaient le monopole du progrès en plus de celui du cœur. Comme si les autres ne désiraient pas eux aussi le progrès, comme s’ils ne cherchaient pas eux aussi à s’améliorer et à améliorer le monde… Populiste est un qualificatif à visée infamante ; il est destiné à faire taire celui qui est frappé de cet anathème. Les dits populistes ne sont pas en reste avec leur « système » à combattre, encore un mot fourre-tout destiné à déconsidérer l’adversaire, réduit à un pion, une pièce de la machine, un idiot utile, voire un opportuniste. Et que dire de la « réinformation »… Selon que vous serez progressiste ou populiste, vous condamnerez la fachosphère ou au contraire, vous référerez à la réinfosphère. La démagogie est inhérente à la démocratie, soit.

De la liberté du débat

Quand un gouvernement décide du Vrai et du Faux, et souhaite condamner les relais des bobards, des fausses informations, ou réécrire l’histoire, le bât blesse. En principe, dans une démocratie, le débat est libre. Il peut être vif, tendu, violent, des conneries y sont plus que de raison proférées, mais le débat doit être libre, les idées, toutes les idées, doivent pouvoir être exprimées, défendues et débattues. La loi n’a pas à dire si une information est vraie ou non. Si le gouvernement s’arroge ce droit, il porte atteinte à la démocratie. Au nom de la démocratie, qui plus est. Or les médias visés par la loi sur les fake news[2] sont les adversaires politiques, pour ne pas dire les ennemis politiques, du pouvoir en place. Ce sont des médias qui ne considèrent pas que le capitalisme financier européiste et mondialiste, sans frontiériste et déraciné, ouvert à tous les vents et libertaire, soit la bonne et la seule manière pour la France de progresser. Ils en ont le droit. D’autres pensent, c’est là aussi légitime, que seul le projet européen au cœur de la mondialisation a un avenir. Et d’autres encore pensent différemment. Chacun est fondé à exprimer son opinion et à la défendre.

« L’histoire est l’affaire des historiens. Les faits sont établis ou non. L’histoire n’a pas à être morale. »

Le there is no alternative de Tatcher est fondamentalement anti-démocratique. Celui de Messieurs Macron et Juncker ou de Madame Merkel également. La loi française permet de réguler l’information en protégeant la vie privée, en condamnant la diffamation et l’incitation au crime ou à la violence. Les lois mémorielles sont en revanche liberticides et anti-démocratiques, singulièrement la loi Taubira sur la mémoire de l’esclavage qui énonce une vérité partiale et partielle, profondément injuste envers les Occidentaux et indulgente avec les traites africaines et arabes[3]. La repentance est toujours une seconde faute : elle oblige des gens qui n’ont rien fait à s’excuser voire à indemniser d’autres gens qui ne sont victimes de rien (si ce n’est, trop souvent hélas, de leur bêtise). L’histoire est l’affaire des historiens. Les faits sont établis ou non. L’histoire n’a pas à être morale. Il n’y a pas lieu de l’instrumentaliser à des fins idéologiques.

Un exemple parfait de négation démocratique, après le suppositoire de Lisbonne[4], est la question migratoire. Le Britannique Douglas Murray[5] s’est intéressé à la question. Il a voyagé dans toute l’Europe, a rencontré et discuté avec tous les acteurs, migrants[6], politiques, associatifs… et en a tiré un essai de plus de 500 pages, L’Étrange Suicide de l’Europe, effrayant de part ses constats et ses conclusions. Tout adversaire de la politique d’immigration prônée par l’Union européenne est réduit à un populiste, fasciste, voire néo-nazi. Tout débat serein est quasi-impossible sur la question. Certaines données sont interdites de collection et de publication, du moins en France. Entre les médias qui catastrophisent la question et ceux qui la minimisent, il est extrêmement compliqué pour le citoyen de se faire une opinion. Alors, il reste le ressenti, bien différent si vous appartenez au camp des bénéficiaires de la globalisation financière, de ceux qui peuvent s’offrir une générosité dont ils n’assumeront pas les conséquences, ou à celui des perdants, ceux qui ne sont plus utiles à la machine à fric perpétuelle, ceux à qui on a dit un beau matin vous ne nous servez plus à rien, balancés aux encombrants, ceux dont on se fout, ceux qui on le devoir d’accepter leur situation précaire et le droit de fermer leur gueule.

Murray aborde tous les sujets qui fâchent : qui sont les migrants ? Combien ? Pourquoi migrent-ils ? Pourquoi vers l’Europe ? Peuvent-ils s’intégrer ? S’assimiler ? Quelle est leur culture ? Est-elle compatible avec la civilisation européenne ? Mais aussi, pourquoi l’Europe est-elle la seule civilisation qui se remet en question en permanence, est-ce que cette auto-flagellation a des conséquences ? Lesquelles ? Être critique du phénomène migratoire vous rend-il raciste ? Rappelons que le racisme est un courant de pensée établissant une hiérarchie entre les « races » humaines. Ne pas souhaiter une immigration trop importante est-il synonyme de considérer cette population allogène comme inférieure ? Autant de questions que Murray n’évite pas. La question migratoire, ses aspects culturels et religieux, sont au cœur des préoccupations des peuples européens. Avez-vous entendu en France un média important (chaine TV, grande radio… ayant une large audience) rendre compte de ce livre, même pour le descendre, ou en débattre ? Les informations sont accessibles à qui sait où et comment aller les chercher ; ne nous leurrons pas, tous les citoyens ne le savent pas.

Défendre la liberté

La liberté n’est pas attaquée que sur le plan de l’expression et de l’information. La liberté individuelle subit les assauts de l’hygiénisme moralisateur. Les ligues de vertus, véritables groupes de pression, s’acharnent sans relâche sur ces mauvaises gens qui ne se comportent pas correctement. La Vertu est la valeur cardinale de la Terreur. Nos gouvernants, depuis qu’ils ont sacrifié leur pouvoir politique et économique aux financiers et à la technostructure européenne, n’ont plus que la santé et la sécurité routière pour donner l’impression de diriger et d’agir. Déresponsabilisation et infantilisation à tous les étages. L’alcool, le clope, la vitesse, la bagnole, la viande, le cirque, manger bouger, cinq fruits et légumes par jour, fais pas ci, fais pas ça… rien n’échappe aux foudres des Charybde et Scylla du véganisme moralinisateur. Ces sirènes hurlent au nom de votre bien, elles se sont arrogées le droit de dire à votre place ce qui est bon ou non pour vous ! Le pire est que cela ne semble guère déranger. Le Français râle, mais finit par plier. Qui souhaite développer un cancer ? Manger un platane en voiture ? Personne, évidemment. D’un côté on moralise, de l’autre on ne prend pas de mesures contre les vrais empoisonneurs de l’industrie agro-alimentaire mondialisée, on bétonne les terroirs et on marchandise le vivant. Tout cela ne semble pas très démocratique. Et puis, quitte à lutter contre ce qui est mortel ou dangereux, il y a quelque chose de mortel à 100% et fabuleusement dangereux, ça s’appelle la vie.

Alors, démocratie ou décramotie ? La France est (encore) une démocratie, mais elle n’a rien à envier à la Hongrie ou à l’Italie auxquelles notre Président ne cesse de donner des leçons. De toutes parts, la démocratie est attaquée insidieusement. Si nous n’y prenons pas garde, le réveil pourrait être brutal. Regardez l’évolution du taux d’abstention, comparez la avec la montée des « populismes » de droite et de gauche, avec celle de l’activisme d’extrême-gauche… Étudiez la question de la démocratie locale et la reprise en main par le pouvoir central jacobin des villes… Croyez-vous vraiment que votre futur maire aura une quelconque liberté d’appliquer son programme s’il n’a plus d’indépendance financière ? Qu’il obtiendra des crédits de l’État central s’il est du bord opposé ? Churchill disait avec raison que la démocratie est le pire des régimes… à l’exception de tous les autres, néanmoins. Vivre libre dans une démocratie responsable est un luxe, une chance que nous avons. Vivre libre ou être consommateur, il faudra choisir.

 

[1]Terme emprunté à la belle chanson des Têtes Raides Patalo.

[2]Nos « élites » trouvent toujours moderne et progressiste d’utiliser un globish de banquier inculte plutôt que d’honorer la langue de La Fontaine.

[3]Au nom de quoi la traite occidentale serait-elle le seul type d’esclavage à être un crime contre l’humanité ? Soit l’esclavage est un crime contre l’humanité, soit il ne l’est pas. La dichotomie entre l’esclavage mené par les Blancs et celui mené par les Autres, les « Racisé-e-s » dirait-on aujourd’hui, est anachronique, donc scientifiquement, historiquement, fausse.

[4]Que l’on ait défendu le Traité pour une constitution européenne ou non, le vote populaire était clair, c’était non. Par conséquent, l’adoption en catimini parlementaire du Traité de Lisbonne, copie quasi-conforme du premier, quelques années après s’apparente à une trahison démocratique, à la négation de la souveraineté du peuple par ses élites.

[5]Douglas Murray, L’Étrange suicide de l’Europe. Immigration, identité, islam., traduit de l’anglais par Julien Funnaro, Éditions L’Artilleur, juin 2018.

[6]Migrants est un terme qui est utilisé afin de masquer la réalité, un terme flou. Nous sommes tous migrants, migrants pendulaires lorsque nous allons au travail tous les jours, touristes lorsque nous partons en vacances. Il existe 50 nuances de migrants, de l’émigré qui quitte son pays à l’immigré qui arrive dans notre pays en passant par le réfugié bénéficiaire du droit d’asile ou le clandestin qui n’a pas respecté le droit international et les procédures légales pour se rendre dans un pays.

[7]On nous cache tout, on nous dit rien, paroles de Jacques Lanzmann, musique de Jacques Dutronc, 1966, Éditions Musicales Alpha.

 

 

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/