share on:

La récente victoire aux Oscar du compositeur français Alexandre Desplat pour son travail effectué sur La forme de l’eau nous rappelle aux bons souvenirs d’autres grands musiciens qui, durant ces trente dernières années, ont donné leur lettre de noblesse aux 7ème art. Ennio Morricone, Nino Rota ou John Williams, mais aussi les composteurs français Michel Legrand, Francis Lai et Vladimir Cosma, tous sont cités aux côtés des grands réalisateurs d’hier et d’aujourd’hui. 

Aujourd’hui encore nous retrouvons dans les musiques de L’Héritier et de L’Alpagueur […] des chefs-d’oeuvre aux sonorités funk, percutantes et agressives […]

Pour autant, d’autres compositeurs, restés davantage dans l’ombre, méritent eux aussi leur place au panthéon des musiques de films. Quand certains n’ont pas rencontré le succès au box-office, laissant ainsi leur partition dans l’ombre d’un film qui le fut tout autant, pour d’autres en revanche, si le film pour lequel ils ont travaillé à l’époque fut considéré comme un succès public et critique, leurs noms sont aujourd’hui parfois oubliés, et seule leur musique subsiste dans l’inconscient collectif.

Parmi eux, Michel Colombier. Véritable touche à tout au parcours musical aussi long que diversifié, il travailla notamment pour Quincy Jones, Barbara en passant par Prince ou encore Madonna, Michel Colombier participa dans les années 70 à l’écriture de nombreuses partitions pour le cinéma français. Si, pour les plus anciens, il demeure célèbre pour Emmanuel, morceau issu du générique qui marquait à l’époque la fin des programmes sur France 2, c’est avec Jean-Pierre Melville, Jacques Demy ou encore Jean-Louis Barrault qu’il collabora avant de tenter sa chance aux Etats-Unis. Avec Philippe Labro, pour qui Michel Colombier travaillera à trois reprises, il signera ses meilleures compostions. Aujourd’hui encore nous retrouvons dans les musiques de L’Héritier et de L’Alpagueur, avec Jean-Paul Belmondo dans les rôles titres, des chefs-d’oeuvre aux sonorités funk, percutantes et agressives que l’on trouvait déjà lors de sa collaboration avec Serge Gainsbourg pour Le Pacha ou encore La Horse.

C’est sous son nom qu’il signera en 1973 l’une des partitions les plus bouleversantes, la musique du film Le Silencieux réalisé par Claude Pinoteau

Autre arrangeur qui fit ses armes avec Serge Gainsbourg, Alain Goraguer travaillera dans la chanson avant de passer aux musiques de films. Son nom figure aujourd’hui sur les cinq premiers albums de l’auteur du Poinçonneur des Lilas et aura été la clé de voute des partitions de Jean Ferrat durant plus de trente ans. S’il demeure « célèbre » pour avoir enregistré la bande originale de plus de trente films pornographiques sous le pseudonyme de Paul Vernon, c’est sous son nom qu’il signera en 1973 avec Jacques Datin l’une de ses partitions les plus bouleversantes, la musique du film Le Silencieux réalisé par Claude Pinoteau et dans lequel Lino Ventura trouvera l’un de ses plus beaux rôles.

Véritable enivrement musical aux notes vertigineuses, il demeure à ce jour l’un des titres les plus beaux tant par la finesse de ses notes que par la puissance des sentiments qu’il inspire.

François de Roubaix, musicien trop tôt disparu dans un accident de plongée sous-marine, vécut lui aussi les grandes heures du cinéma français. Tour à tour compositeur pour Robert Enrico, Jean-Pierre Melville ou Jean-Pierre Mocky, il signera les partitions de nombreux films, et notamment les chefs-d’oeuvre issues du film de José Giovanni Dernier Domicile Connu sorti en 1970, dont le thème fut notamment repris par Robbie Williams, et la musique du film de Jean-Pierre Melville, Le Samouraï, avec Alain Delon en tueur solitaire.

Auteur de plus de 350 musiques pour le cinéma et la télévision, Georges Delerue reste aujourd’hui l’un des musiciens français les plus célèbres d’après-guerre pour ses nombreuses collaborations avec des réalisateurs de films dits « populaires » comme Philippe de Broca mais aussi pour ses compositions issues de la Nouvelle Vague parmi lesquelles le thème de Camille, tiré du film Le Mépris de Jean-Luc Godard. Véritable enivrement musical aux notes vertigineuses, il demeure à ce jour l’un des titres les plus beaux tant par la finesse de ses notes que par la puissance des sentiments qu’il inspire.

mm

Andrés Rib

Ancien de la Sorbonne. Professeur de Lettres. Aime le Balto, et la Philo.