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Après ses Chroniques du règne de Nicolas Ier, Patrick Rambaud revient au genre romanesque avec Le Maître, roman publié aux éditions Grasset.

Tchouang naît il y a plus de vingt-cinq siècles en Chine, parmi une nuée de servantes qui s’occupent tendrement de lui et son père, Chou, chargé d’approvisionner les différents empereurs successifs en filles dociles. Nous sommes plongés au coeur des guerres sanguinaires, des luttes de pouvoir, des courtisans idiots et des bandits cruels qui pillent, violent et massacrent. Ce roman sent bon la campagne chinoise, ses brumes, son immensité, ses torrents, ses rivières gorgées de poissons, son herbe fraîche et la plume de Rambaud, fluide et dépouillée, permet de rendre vivant cet univers onirique ou le ying et le yang finissent toujours par s’équilibrer.

A l’instar de Jean Teulé – Le Montespan, Charlie 9 – Patrick Rambaud fait partie de ces écrivains capables de raconter l’histoire, même la plus éloignée, avec une langue actuelle pleine de truculence et de légèreté, qui nous présente la vie de celui qui deviendra le grand sage Tchouang-tseu, sa formation intellectuelle, ses amours, ses aventures.

Le cynisme face aux germes du maoïsme

Tout le roman se trouve résumé dans cette sentence de Tchouang : « La laideur de ce monde, voyez-vous, c’est de croire qu’il nous appartient » (P.212), en ce qu’elle contient l’essence de la philosophie de ce Diogène oriental, qui préfère la solitude des forêts aux courtisaneries. Comme le cynique d’Athènes qui « cherche un homme » dans Rome avec sa lanterne, Tchouang parcourt les royaumes ennemis de la Chine et reste ferme face aux tyrans qui sollicitent ses avis.

« La laideur de ce monde, voyez-vous, c’est de croire qu’il nous appartient »

Le Tchouang de Rambaud peut également être compris comme un Socrate d’Asie, solitaire et itinérant comme lui, qui déconcerte ses disciples par ses réponses énigmatiques qui appellent à la sagesse et à l’introspection, qui répète, inlassablement, que le Bien se trouve nécessairement dans le Mal et que le but de l’existence est de connaître le Ciel.

Bien évidemment, il n’est pas possible de lire ce roman sans se référer à ce qui adviendra au peuple chinois bien des siècles plus tard, sous Mao. Nous y retrouvons ces mêmes commandements farfelus et cette soumission populaire dont Jacques Baudoin a fait état dans Petit Mao en 2010, qu’un Tchouang-tseu aurait certainement défiés par son calme et sa mesure.

Avec concision, humour et justesse, Rambaud réussit son pari et nous rappelle que le détachement est bien souvent la meilleure des réponses à formuler face à la folie des hommes.

Julien de Rubempré

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.