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Me voici en Afrique. Pour le « boulot ». Au Kenya pour être plus précis. Le pays du Roi Lion. En tant qu’homme de couleur, c’est une expérience. Je ne me suis jamais senti aussi peu basané que dans ce pays. Je tâcherai de vous parler de ma modeste vie là-bas, puisse-t-elle vous intéresser.

Avant toute chose, et pour éviter tout procès en morale crypto-progessiste, je précise que tous les gens que j’évoquerai sont noirs, sauf précision de ma part, et que cela ne fait d’eux ni des gens extraordinaires, ni des moins que rien. Au cours de cette odyssée, j’évoquerai les rencontres, les moments inattendus, les déceptions ou les surprises. Je n’évoquerai pas mon travail sur place, car entre nous, ça ne vous intéresserait pas.

Je resterai un an dans ce pays de cocagne. Je prendrai donc le temps, et pas uniquement pour des choses futiles. L’homme africain est-il rentré dans l’histoire ? Sans aucun doute. Ce carnet de voyage sera pour moi l’occasion de vous en dire plus sur ces hommes et ces femmes, symbolisant pour beaucoup d’occidentaux l’Altérité.

 

Semaine du 14 au 20 juin

 

Samedi 

Arrivé en fin de journée, je passe ma première nuit à l’hôtel.

Première discussion matinale au petit déjeuner avec un faiseur de crêpes nommé Vincent. Nous échangeons brièvement sur ce mot « crêpe ». Il devine que je suis français et me parle évidemment de cette coupe du monde. Je me rends compte qu’il connaît bien mieux l’équipe de France que moi, me récitant l’effectif, en faisant tourner sa patine sur la plaque chauffante. Une fois la crêpe prête, il finit par me demander mon prénom. Olivier, lui dis-je, comme Olivier Giroud.

Cet après-midi, j’emménage dans mes nouveaux quartiers, Kilimani, un des endroits à la mode de Nairobi. Quand je dis quartiers, je devrais dire forteresse, avec un gardien et des murs de plusieurs mètres entourant la résidence. Ceux-ci, surmontés de fils barbelés électrifiés, donnent une impression paradoxale d’insécurité.

Lors de ma rencontre avec la gestionnaire de mon appartement, on m’a proposé une bonne, qui viendrait deux fois par semaine pour faire le ménage, la vaisselle, le repassage et la cuisine. Je réfléchis à la proposition.

Après un détour par un « shopping-center », où on peut voir que la folie acheteuse n’a pas oublié le Kenya. La consolation d’une période de colonisation a pris la forme d’un consumérisme agrémenté d’un zeste de tradition. Je suis chez moi, dans une résidence « sécurisée », entourée de murs, toujours coiffés de jolis fils barbelés, scintillants, dans une ambiance crépusculaire. Tout est calme, la pluie a fini de tomber, je m’endors.

 

Dimanche

Le soir venu, je regarde seul le premier match de l’équipe de France dans un bar du centre-ville. Mes éclats de voix attirent le regard. Je suis le seul Français, et je me retrouve entourée de jeunes femmes tous plus avenantes les unes que les autres. Évidemment, je suis sceptique, habitué à la Parisienne renfrognée, mais, naïf, ou optimiste, je tente un début d’interaction. Je comprends vite que ces dernières sont là pour l’argent, et d’ailleurs ne s’en cachent pas. Je coupe court à la discussion.

Le match fini, une fois rentré, j’entends une multitude de langues lorsque les habitants de la résidence remontent dans leurs quartiers : le Chinois, le Russe et l’Américain cohabitent sans accroc.

 

Lundi 

La nuit fut assez calme, je suis réveillé par la sonnerie, c’est la femme de ménage. Apparemment, cela est compris dans le loyer. On ne me laisse pas le choix. Reste que je suis un peu gêné de regarder une femme faire le ménage et la vaisselle pendant que je bois mon café. C’est une première.

Premier jour de travail, les conditions sont optimales. 20°C, une brise assez douce. Cependant, le café en fin de repas est l’occasion pour mon collègue de revenir sur les conditions de sécurité à respecter.

Ne jamais sortir la nuit tombée. Ne pas répondre aux avances de jeunes femmes dans les bars branchés de la capitale. Car les maladies vénériennes ne sont jamais loin. Et non, ce n’est pas un cliché. Effectivement, me revient en mémoire l’épisode du bar.

 

Mardi 

C’est le grand jour, le début du projet pour lequel j’ai été envoyé sur place.

Rien à signaler.

 

Mercredi

Nous visitons un parc animalier aux alentours de Nairobi. Lorsque midi arrive, nous nous installons dans l’une des étendues d’herbe au sein même du parc pour déjeuner. Pendant notre repas, un phacochère, en liberté, vient nous saluer. Il s’installe sur ces pattes avant, à genoux, et se met à brouter. Il ne faut pas longtemps pour qu’il soit cerné de touristes, le mitraillant de photos. Cela ne le dérange pas plus que ça. Cela doit être l’habitude.

Une fois rentré chez moi, je regarde par la fenêtre de mon appartement, situé au deuxième étage, et me rends compte que mes voisins tiennent une sorte de garage en plein air. La résidence se présente comme un ensemble de maisonnettes en tôle au milieu desquelles des voitures plus ou moins démontées jonchent le sol, et plusieurs personnes s’affairent autour. Une scie circulaire à la main, l’un d’eux se met en tête de « réparer » l’une d’elles.

 

Jeudi 

C’est le cinquième jour consécutif que je mange au restaurant. Comme les résidences, ceux-ci sont aussi protégés par des murs. Les restaurants à la mode de Nairobi sont presque exclusivement remplis d’expatriés. Les prix pratiqués, s’ils restent abordables pour qui connaît l’arnaque que constituent les adresses parisiennes, sont loin des considérations des locaux. Nous allons dans un restaurant italien.

En rentrant, je négocie âprement la course avec le taxi. C’est un jeu. Il faut avoir l’envie, et le temps. Mais cela permet aussi de ne pas se laisser prendre au jeu du riche blanc indifférent à l’argent.

 

Vendredi

Rien de spécial à signaler. Le soir, en bon patriote, je regarde le match, seul cette fois.

La France a encore gagné. C’est presque trop beau pour être vrai.

Rémi Loriov

 

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.

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