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En pleine savane, le collègue Loriov réussit à parcourir avec les mots le territoire africain, avec une fin de semaine sans doute plus française qu’africaine. Il ne sait plus très bien.

Semaine du 30 juin au 4 juillet

Lundi

Je quitte un peu plus tôt. J’en profite pour faire quelques courses au supermarché du coin. Choses qui arrivent, je décide de ne finalement pas prendre un des articles au moment de payer. J’en fais part au caissier, celui-ci demande la fameuse carte à son supérieur, un Indien, en train de compter les billets d’une autre caisse. Celui-ci lui jette littéralement la carte à la figure, avec un mépris rarement vu. Je reste bouche bée.

Le soir, alors que je prends un scotch avec un collègue, je lui raconte cette mésaventure. Il m’écoute avec une certaine empathie. Cela ne l’étonne pas le moins du monde. Pour m’expliquer cela, il m’évoque l’histoire du pays. Pendant la période de colonisation, avec les Anglais, sont arrivés les Indiens. A l’indépendance, les Anglais sont repartis, pas les Indiens, en tout cas pas tous, qui ont pris la nationalité kényane. Ils se situent tout en haut de la pyramide sociale du pays. Il n’est d’ailleurs par rare de croiser sur les parkings de restaurants à la mode de riches Indiens, sortant de voitures allemandes luxueuses avec un aréopage de domestiques.

Car au Kenya, le blanc est certes riche, mais reste avenant, sans doute rongé par la culpabilité (sic). L’Indien, en tout cas les exemples que j’ai pu observer, est pour le moins dédaigneux, pour ne pas dire condescendant à l’égard des Kényans. Évidemment, il y a d’heureuses exceptions, que j’ai pu aussi relever.

Mardi

Journée de travail sans encombre. Rien à signaler.

Le soir, je rentre chez moi, ouvre mon livre, et regarde autour de moi. Il n’y a aucun radiateur dans la pièce, ni dans tout l’appartement. Je me rends compte des avantages à vivre dans un pays dit « chaud » : pas de facture de chauffage. Un avantage parmi d’autres.

Négociations assez laborieuses avec un concessionnaire pour la location d’une voiture. En terme de tractation, c’est une des plus difficiles que j’ai menées. Certes, les chiffres peuvent paraître dérisoires, mais c’est le principe et l’attrait de négocier.

Mercredi

Dîner en ville, dans un restaurant de poissons. Les seuls Kényans que je croise sont ceux qui font le service.

Jeudi

Journée de travail. Je n’ai pas vraiment le temps d’interagir avec le Kényan.

Le soir, assez fatigué, ayant la flemme de sortir manger, j’entends une moto entrer dans la résidence. De ma fenêtre, sur le porte-bagages, je distingue un boitier métallique portant l’inscription « Steers ». Tel un bon soldat de l’Internet, je « google » le terme. Miracle, il s’agit en fait d’une chaîne de restauration rapide qui fait aussi de la livraison. Sans réfléchir à ce que je veux, guidé par la faim, j’appelle le numéro inscrit sur le site.

Une charmante demoiselle me répond, une certaine Faith, me guide dans ma commande, un menu hamburger, frites, coca, et me promet une livraison dans les trente prochaines minutes. Une heure et demi plus, tard, un homme sonne à ma porte avec les précieuses victuailles. Tout cela pour la modique somme de 6 euros.

Lorsque je m’endors, je n’ai plus faim.

Vendredi

Vendredi soir, en tant que Français vivant à l’étranger, je suis invité à voir le match de l’équipe de France à la résidence de l’Ambassadeur. Arrivé à l’entrée, je dois encore marcher une trentaine de mètres sur l’allée bordée de végétation qui mène à la grande bâtisse, d’architecture norvégienne me dit-on.

Lorsque j’arrive, seul, aux alentours de 18:30, j’observe des dizaines de Français se saluer dans l’immense jardin, sous l’abri aménagé pour l’occasion. Je ne connais personne et m’installe pour regarder le match, diffusé grâce à un écran géant. J’attends la première mi-temps pour aller interagir avec mes coreligionnaires. En dépit de la défaite, les gens sont extrêmement sympathiques, sans doute en raison de la taille de cette communauté au Kenya. Les Français y sont relativement peu nombreux par rapport à d’autres pays. Nous discutons à l’envi sur les différences entre les deux pays.  

Nous finissons par aller dans un nightclub, le Brew Bistro, où je constate que la jeunesse dorée de Nairobi est assez similaire à la nôtre, le mépris en moins. Tout le monde se parle. Le fait d’être français donne évidemment un vernis avantageux. Je ne boude pas mon plaisir. On m’explique que ce sont les Kényanes les plus claires de peau qui ont le plus de succès. Cette assomption se concrétise quelques minutes après son énonciation, lorsqu’une jeune femme, « café au lait », au visage délicat, sans maquillage, est abordée successivement par deux hommes. J’observe les deux scènes. Malgré le volume insensé de la musique, je comprends qu’elle ne donnera pas suite à leurs tentatives. Quelques instants plus tard, son petit ami revient avec des boissons. Il n’a rien vu, mais n’en pense pas moins.

Au moment de payer l’addition, il est une heure passée, nous rentrons chez nous. Pour une première sortie de « jeunes urbains kényans branchés », c’est une réussite.

 Rémi Loriov

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.

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