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La collection des « Petites vies » des éditions Artège s’agrandit avec deux nouvelles biographies de saint Augustin  et d’Edith Stein signées Bernard Sesé.

 

Deux vies. Deux conversions. L’un a vu la chute de Rome. L’autre la destruction de l’Europe. Dans sa correspondance, saint Jérôme écrit cette lamentation qui fait écho au désarroi de l’évêque d’Hippone : « L’univers s’écroule ! (…) Une ville illustre, la capitale de l’empire romain a été détruite par un seul incendie. Nulle contrée qui n’ait des Romains exilés. On a vu tomber en cendres et poussières des églises consacrées … ». Plus d’un millénaire avant Paul Valéry, l’Occident prenait conscience que les civilisations étaient mortelles. De Carthage à Rome en passant par Milan, Augustin a sillonné l’empire avant de recevoir le baptême en 387. Ses Confessions, chef d’oeuvre philosophique et littéraire, témoignent de sa rencontre avec Dieu après une jeunesse pour le moins tumultueuse.

« Comment décrire la pureté, la lumière qui rayonnait d’Edith Stein ; la générosité totale que l’on devinait en elle et qui devait porter ses fruits dans le martyre ? »

Jacques Maritain évoquait Edith Stein en ces termes : « Comment décrire la pureté, la lumière qui rayonnait d’Edith Stein ; la générosité totale que l’on devinait en elle et qui devait porter ses fruits dans le martyre ? ». Née juive, Edith Stein reçoit le baptême et la première communion en 1922 dans l’église Saint-Martin de Bergzavern et entre au Carmel de Cologne-Lindenthal en 1933, année de l’incendie du Reichstag et des pleins pouvoirs confiés à Hitler. Elle connaîtra son martyre en 1942 lorsqu’elle sera arrêtée au couvent avec sa soeur Rosa. Elles ne survivront pas à l’enfer d’Auschwitz-Birkenau. La parution des deux « Petites vies » de saint Augustin et d’Edith Stein tombe à point nommé pour mesurer la fragilité du monde comme la grâce de la conversion. 

Liberté et amour

Pour saint Augustin, l’amour est l’unique commandement divin. La relation personnelle avec Dieu devient essentielle. Pour Bernard Sesé, « C’est sans doute dans la relation passionnée, et souvent même tourmentée, qu’Augustin entretient avec ce Dieu, où il avait reconnu l’être véridique par excellence, que jaillissent l’énergie et l’enthousiasme qui l’animent, pour tout dire son génie mystique ». Un constat qui fait écho à Edith Stein qui, dans La Prière de l’église, écrit : « C’est dans le secret et le silence que s’accomplit l’oeuvre de rédemption. Dans le dialogue tranquille du coeur avec Dieu se façonnent les pierres vivantes qui forment le Royaume de Dieu, c’est là que se forgent les instruments choisis pour son édification ». 

Edith Stein : « La touche divine n’a ni forme ni étendue, car le Verbe est exempt de toutes formes et de tous modes. Elle est substantielle, c’est-à-dire qu’elle s’accomplit dans l’âme par l’Être simple de Dieu et se trouve par là même inexprimable ».

Influencée par la pensée phénoménologique de Husserl et de Jaspers, Edith Stein a poursuivi l’oeuvre intellectuelle de saint Augustin en affirmant que l’Être est liberté et que celle-ci ne peut s’accomplir que dans l’amour de Dieu. Elle l’affirme dans La Science de la Croix : « La touche divine n’a ni forme ni étendue, car le Verbe est exempt de toutes formes et de tous modes. Elle est substantielle, c’est-à-dire qu’elle s’accomplit dans l’âme par l’Être simple de Dieu et se trouve par là même inexprimable ». Dieu n’est ni palpable ni visible concrètement, il se ressent intérieurement et nous laisse libres de faire croître cet amour en nous. Dans ses Confessions, saint Augustin le constatait déjà : « Mais comment aurais-je pu vous trouver, puisque, au lieu de vous chercher dans mon coeur, dont vous êtes le Dieu, je vous cherchais hors de moi ? ». 

Les sceptiques proclameront que sa conversion ne l’a pas protégée de la folie criminelle des nazis. Bernard Sesé rapporte à ce sujet une anecdote édifiante : en 1941, dans les bureaux de la Gestapo de Maastricht où elle avait été convoquée avec sa soeur, Edith s’exclame : « Loué soit Jésus-Christ ! ». Un culot incroyable ! Edith Stein est une juive convertie, mais elle demeure attachée au judaïsme. Elle accepte son martyre puisqu’il s’agit de celui de son peuple. 

Saint Augustin est mort en 430, alors que sa ville est détruite par les Vandales. Edith Stein trouve la mort à Auschwitz-Birkenau. Mais leur pensée et leur foi sont immortelles parce qu’elles sont des témoignages d’espérance : même si l’univers vacille, Dieu nous aime et s’offre à nous. Deux témoignages incontournables. Et bouleversants. 

 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.

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