A l’heure où Philippe Pascot vient de publier Du goudron et des plumes – tome 2 Délits d’Elus, penchons-nous sur son premier opus, Pilleurs d’Etat, qui s’attaquait déjà aux avantages faramineux des élus, notamment nos députés, toutes tendances confondues. Le livre n’a pas été très relayé par les médias traditionnels, ce qui est compréhensible, une grande partie d’entre eux vivant de ce que l’auteur dénonce. Plongée au sein d’un système conçu sur mesure, entre privilèges iniques et rémunération de l’inutilité, financés par nos impôts.

On sait tout ou presque de nos élus, leurs peines de cœur, leurs retournements de veste, leur frasques sexuelles ou leurs déboires médiatiques. En revanche, on connait moins leurs rémunérations et la façon dont ils abusent d’un système où l’abondance est la norme.

Ce livre à charge, écrit à la serpe, montre comment une catégorie de Français est parvenue à construire une forteresse institutionnelle pour le moins favorable. L’Assemblé Nationale s’apparente ainsi à un pays de cocagne, une contrée miraculeuse dont la nature déborde de générosité pour ses habitants.

Du privilège en politique

Cela permet une évasion fiscale légale car malgré les déclarations de nos édiles, tout le monde n’est pas égal devant l’impôt en France.

On nous accusera de tous les maux, populiste, poujadiste, fasciste, nauséabond, enfin, mal attentionnés. Nous reviendrons sur cette tactique qui a peut-être fait long feu tant notre pays est dans un piètre état et que les responsables apparaissent de plus en plus clairement. Pascot constate une situation, chiffres à l’appui, pour le moins déséquilibrée. Plus de 300 noms cités, et à ce jour aucun procès en diffamation n’a été intenté. Sans doute une preuve de la véracité des faits évoqués.

Philippe Pascot est ancien maire-adjoint d’Evry, proche de Manuel Valls, qu’il décrit comme un homme dépassé par la fonction, entouré de courtisans toujours plus nombreux et la soif de pouvoir. On est fasciné par la gouaille du personnage, qui n’a peur et n’est redevable à personne, possédant l’avantage de la vérité. Heureusement pour l’intérêt de l’ouvrage, cela n’en constitue qu’une partie résiduelle. On apprend cependant que les salaires des « conseillers » du cabinet Valls ont été augmentés de plus de 10% par rapport à celui d’Ayrault : on arrive à une moyenne de 10 000 euros net par mois. Sans doute eu égard à la qualité du travail effectué (sic).

Le salaire d’un député s’élève à 5 148 euros net par mois, pour un sénateur on atteint 5 379 euros. A cela s’ajoute l’indemnité de représentation et de frais de mandat (IRFM) qui s’élève à 5 770 euros pour un député et 6 000 euros pour un sénateur. Elle n’est pas imposable et permet à l’élu de doubler son salaire, soit une rémunération annuelle équivalente à 10 fois le SMIC. Ils peuvent en disposer à leur convenance, aucun contrôle n’est exercé sur son utilisation. Dans le privé, toute dépense doit être enregistrée, documentée et justifiée, c’est une obligation légale. A cela s’ajoute encore (tant qu’à faire) une enveloppe allant de 7 000 (député) à 9500 euros (sénateur) par mois pour rémunérer ses « collaborateurs ». Vous avez devant vous le régime d’élus le plus favorable d’Europe. Le chapitre 12 (p. 180) nous renseigne sur des rémunérations pouvant atteindre 20 000 euros net par mois, avec l’accumulation des mandats.

Cela permet une évasion fiscale légale car malgré les déclarations de nos édiles, tout le monde n’est pas égal devant l’impôt en France. On peut définir l’évasion fiscale, ou l’évitement fiscal, comme le fait d’échapper à l’impôt de manière constante et massive. Pourquoi courir jusqu’au Panama lorsqu’on peut le faire tranquillement en France, drapé dans l’habit vertueux « d’élu de la République » ? Rappelons que notre Président s’adonne à ces pirouettes pécuniaires depuis longtemps pour réduire son imposition de manière drastique, l’appât du gain n’épargne personne, pas même le plus vertueux d’entre nous. Tout est légal, on aura pris soin de mettre en place un système qu’eux seuls peuvent saisir et donc utiliser à leur avantage. Un élu, à salaire égal, paiera deux fois moins d’impôts qu’un salarié.

On pousse Balkany ou Dassault au bûcher médiatique, alors que dans le même temps, 150 élus ont utilisé l’IRFM à des fins privées, essentiellement pour investir dans l’immobilier.

Mais on est toujours fasciné par cette capacité du journaliste français à s’exciter pour une histoire d’une banalité affligeante, montée en épingle par les médias, alors que dans notre propre pays, une caste de gens utilise la démocratie pour s’enrichir dans la joie et la bonne humeur, faisant preuve d’une nonchalance crasse. On pousse Balkany ou Dassault au bûcher médiatique, alors que dans le même temps, 150 élus ont utilisé l’IRFM à des fins privées, essentiellement pour investir dans l’immobilier. Cela ne choque personne que certains s’achètent des appartements avec l’argent public et on préfère s’attaquer à un homme, permettant au reste de vaquer tranquillement à leurs petits arrangements.

Pascot cite Christian Poncelet, ancien président du Sénat, champion toute catégorie et les Français lui disent merci. A moins que ce ne soit l’inverse, puisqu’à lui seul, il est parvenu à cumuler 149 années de mandats depuis 1962. L’auteur rappelle qu’un élu « n’est pas soumis au plafonnement et peut ainsi cumuler jusqu’à cinq retraites ». On apprend pêle-mêle que « Michel Delabarre a pu cumuler jusqu’à 26 mandats et/ou fonctions » ou l’escroquerie des préfets dit « hors-cadre », dont la nomination « du seul fait du roi » ne mène à aucune activité précise, mais permet un salaire de 6 000 euros brut puis 4 000 euros brut de retraite par mois.

Une solidarité transpartisane à toute épreuve

Ils ne sont pas tous profiteurs. Malheureusement tous sont complices.

De tout cela, évidemment les élus ont bien compris l’usage qu’ils pouvaient en faire et n’hésitent pas à se servir de ces privilèges pour avancer leur carrière, faisant peu de cas du peuple. On n’hésite pas ainsi à duper l’électeur. Philippe Pascot évoque Nathalie Kosciusko-Morizet, élue députée de l’Essonne en 2012 pour avoir une assise dans la course à la mairie de Paris. Fin 2013, elle décide de se présenter. Elle n’a plus jamais été vue dans son département. Le but ici n’est pas vraiment d’être député, mais d’être maire de Paris. On pourrait considérer cela comme un abandon de poste. Reste que dans les médias, elle apparaissait comme une « élue de proximité », à l’écoute. Elle avait réussi le tour de force de tromper son monde, avec le sourire. L’escroquerie repose ici sur des médias moins complices qu’aux abois, cherchant avant tout une figure connue, qui fera vendre du papier et augmentera les recettes publicitaires.

Ils ne sont pas tous profiteurs. Malheureusement tous sont complices. On remarque que TOUS les amendements visant à insuffler de l’équité ou de la transparence au sein de cette institution ont été rejetés, toute tendance politique confondue. La bonne volonté de quelques-uns se fracasse contre le monolithe grégaire de l’argent.

Charles Courson proposa en 2012 que la partie de l’IRFM utilisée à des fins personnelles soit taxée. Peine perdue, alors qu’il avait défendu sa position, si modeste soit-elle, il se trouvera devant le refus des députés. « J’ai le droit de vous taxer, mais je refuse de l’être » : telle est la maxime du bon élu.

Une mascarade démocratique

Quand on regarde les ouvrages qui paraissent sur les Hommes politiques, qu’ils soient le fait de ces derniers ou des journalistes, ils ne concernent bien souvent que les coulisses, leur vie privée, leur frasques.

Une attitude de déférence et de respect à l’égard de Français qui vous ont fait confiance est la condition essentielle à l’élection. C’est l’inverse qui se produit, l’auteur dénonçant le fait que la plupart des députés oublient la raison profonde de leur présence dans l’hémicycle : servir le peuple français sans chercher d’enrichissement personnel, chose par ailleurs qu’ils critiquent à longueur d’intervention télévisée à l’égard d’autres catégories de la population.

Mais, en raison d’un certain nombre d’éléments, mêlant privilèges économiques et médiatiques, ces gens se détachent du commun, comme hors sol. Ils ne touchent plus à la réalité de leurs électeurs.

Ces gens s’invectivent par médias interposé dans le néant intellectuel et politique le plus total. D’ailleurs, signes des temps, les patronymes et les personnes ont remplacé le programme politique depuis longtemps. On parle de « méthode Sarkozy » ou « tendance Macron ». On a pu envisager une véritable cohabitation avec Sarkozy Président et Villepin Premier Ministre. Aujourd’hui, une offre politique cohérente serait peut-être Juppé Président et Macron Premier Ministre.

On remarque aussi que moins les gens sont payés et plus ils travaillent. On peut penser que cela n’est pas une caractéristique qui concerne spécifiquement les élus, cependant, son amplitude n’est pas comparable.

Ainsi, le maire d’un village de 300 habitants gagnera 646 euros bruts. Cette somme ne suffit pas à subvenir aux besoins les plus primaires, rendant la nécessité de continuer à exercer un métier vitale.

Une seule personne exerce donc deux activités simultanément, et ne cumule pas seulement deux mandats. Il arrive souvent que le maire en question soit aussi agriculteur ou boulanger, c’est-à-dire exerçant une activité qui en fait une personne centrale au sein de sa communauté. Les demandes sont donc nombreuses car il reste accessible à ses administrés. On le croisera dans la rue principale, il prendra les doléances de vive voix, face à face. Il ne possède pas les multiples zones tampons que constituent, dans une grande agglomération, les administrations municipales, territoriales, les directions, les adjoints à la culture, la ville, aux transports, aux espaces verts, etc. Il est ainsi en première ligne, ne pouvant se dérober.

A l’inverse, l’élu député-maire-conseiller régional-départemental-municipal-ancien ministre d’une grande ville, gagnant 10 fois le salaire d’un maire de village, sera beaucoup moins accessible, moins susceptible de devoir justifier d’heures de travail intenses et de résultats au sein de sa ville. Ainsi pour imprimer une marque, souvent trompeuse, il utilisera les médias à son avantage. Entre inaugurations et vernissages, il aura rempli son agenda.

Nous avons finalement un ersatz de débat politique, constatant que la démocratie représentative a volé le pouvoir au peuple.

Il y a aussi un impact psychologique sur ce type de privilèges. On entre selon l’auteur dans un comportement routinier à l’égard de choses abusives d’un simple point de vue travail/rémunération. Quand les individus sont visiblement visés par ces affirmations, ils s’empressent de préciser qu’ils travaillent énormément. D’une part l’auteur tempère ce type d’argument, invérifiable et impossible à quantifier. D’autre part, si tant est qu’ils se tuent à la tâche, quel en est le résultat ? Qu’est-ce qui peut ici, dans le monde sensible et concret, nous montrer sans l’ombre d’un doute que le travail effectué est porteur de résultats positifs pour notre pays ? L’argument est doublement fallacieux. Non seulement on place les gens – nous, le quidam, celui qui ne comprend pas – qui émettent des doutes sur l’utilité de ces gens dans une position de bourreaux autoritaires et fascistes. Ce serait donc nous qui porterions atteinte à la démocratie en constatant ces abus. Ils se diront victimes de ces « attaques qui visent la démocratie ». L’autre corollaire du caractère insidieux de cet argumentaire est le fait que cela permet, évidemment, de ne rien changer.

Les politiques font vivre un vivier de journalistes et autres éditorialistes plus ou moins pertinents, plus ou moins provocateurs, brassant pour la plupart du vent. Je fais pareil chaque midi avec les collègues. On comprend aussi que s’ils s’avisent de critiquer non pas le versant purement politique, aussi stérile soit-il, mais le système d’abus en place, leurs accréditions diverses et variées voleraient en éclat. Quand on regarde les ouvrages qui paraissent sur les Hommes politiques, qu’ils soient le fait de ces derniers ou des journalistes, ils ne concernent bien souvent que les coulisses, leur vie privée, leur frasques. Les idées, la vision d’un pays, l’avenir d’une nation ont depuis longtemps disparu des publications. Ça demanderait trop de travail aux uns comme aux autres.

Les Cyrille Eldin, et autre Petit journal montrent ainsi la marche à suivre, alliés objectifs de ces cyniques. Ces émissions n’ont jamais cherché à produire du sens ni informer le citoyen. Tout au plus arrivent-elles à éveiller l’intérêt du quidam pour des éléments secondaires ou trop caricaturaux, donc sans aucune pertinence. On a cette impression étrange de cours d’école, de chamaillerie enfantine, de récréation permanente.

Nous avons finalement un ersatz de débat politique, constatant que la démocratie représentative a volé le pouvoir au peuple. La démocratie directe de Rousseau, l’essence de 1789, a été confisquée par une oligarchie. La justice et l’égalité sont devenues des concepts relevant de l’arbitraire. En France, certains seront mieux lotis que d’autres car élus par une minorité d’ignorants et cela est accepté par tout le monde. Liberté, Egalité, Fraternité ?  

 

Quelques rémunérations citées dans l’ouvrage par souci de transparence :

 

Malek Boutih, député de l’Essone : 14 418.77 euros net par mois, dont 5 148.77 euros pour un mandat, 3 500 euros (directeur des relations institutionnelles de Skyrock) et 5 770 euros d’IRFM

Eric Alauzet, député du Doubs : 17 018.77 euros net par mois, dont 7 748.77 euros sur deux mandats + 3 500 euros en tant que médecin  + 5 770 euros d’IRFM.

Benoit Apparu, député de la Marne : 13 981.40 euros net par mois, dont 7961.40 euros sur quatre mandats + 250 euros en tant que chargé de cours + 5 770 euros d’IRFM.

Alain Richard, sénateur du Val-D’Oise : 20 609.23 euros net par mois, dont 5 872 euros sur trois mandats + 8 700 euros en tant que membre du Conseil d’Etat + 6 037.23 euros d’IRFM.

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.

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