Il est bien trop tôt pour commenter le massacre qui s’est déroulé en plein Paris ce vendredi 13 novembre. Les familles se recueillent, certaines entourent leur proche entre la vie et la mort, d’autres pleurent autour d’un corps criblé de balles.

Le drapeau français flotte encore au-dessus de la tombe du soldat inconnu. Il y a deux jours, nous commémorions l’armistice qui mit fin à la Grande Guerre. Or le temps de la commémoration est révolu. Cette nouvelle guerre était annoncée ; elle avait même été déclarée depuis quelques années sans qu’aucun chef d’état-major ne puisse clairement établir une date de déclaration.

Dans l’Antiquité, les citoyens de l’Empire romain, et bien avant eux les Grecs, avaient l’habitude de nommer « Barbares » tous ceux qui ne maîtrisaient pas leur langue et leur culture. Or les Barbares aujourd’hui parlent notre langue, maîtrisent nos codes et ont une armée dont la fides ne repose plus sur la défense de leur patrie ou de leur famille, mais uniquement sur la croyance d’un monde à venir que leurs Seigneurs et Maîtres leur présentent comme digne d’espérance. Ces soldats aveugles qui obéissent à on ne sait quelle force se battront jusqu’à la mort. Et, tels les Géants naissant des dents du dragon de Cadmos jetées en terre, ces soldats de l’abîme jaillissent hors de terre dans tous les pays, dans toutes les nations.

 La culture pour nous sauver

La porte a claqué et ce fut la fin de la discussion. Et puis, comme un signe dans le lointain, le soir même, des ignorants au cerveau lessivé provoquaient un carnage.

Le seul moyen d’endiguer cette barbarie, quand le politique est dépourvu et que les forces militaires et policières, pourtant héroïques, sont dépassées, reste l’éducation, tant malmenée ces derniers temps par des politiques budgétaires qui, sous la pression du chiffre et de diverses idéologies qui se veulent bienveillantes, ont laissé entrer dans le sanctuaire de l’école les germes de la barbarie à venir. Les discours politiques n’ont plus aucun effet, et les hussards noirs de la République ne veulent plus dépenser inutilement leurs forces à combattre des moulins à vent; gardons nos forces pour former tous nos jeunes gens, pour n’en laisser aucun sur le bord du chemin.

Je veux terminer ce texte par une anecdote que je crois profondément pleine de sens. Trois heures avant le début du massacre, je me trouvais dans un bureau au sein de mon Lycée en compagnie d’un professeur d’histoire. Nous défendions notre projet de voyage en Italie avec des élèves latinistes en vue de travailler sur l’impérialisme romain et ses échos dans notre histoire du XXe siècle. Nous avons lutté patiemment et avec vaillance. Mais la mécanique budgétaire du chiffre nous a écrasés. Les contraintes administratives ne nous permettaient pas de partir. La porte a claqué et ce fut la fin de la discussion. Et puis, comme un signe dans le lointain, le soir même, des ignorants au cerveau lessivé provoquaient un carnage.

Des chiffres nous empêchent de partir. Ce sont aussi des chiffres qui nous conduisent à fermer les seuls espaces où pourraient encore rejaillir un peu de sens au milieu de cette débandade sanglante.

 Et pendant ce temps, nous comptons nos morts.                


                                           

Charles Guiral

Charles Guiral

Charles Guiral est professeur de Lettres classiques dans un Lycée de la région bordelaise. Sans aucune autre qualification, il ose s'intéresser aux lettres et à l'art, de façon générale. Les voyages ne l'intéressent pas.