share on:

François Hollande n’est plus et Manuel Valls est prêt à lui succéder. A droite, Nicolas Sarkozy a été humilié à la primaire et François Fillon sera le candidat des Républicains. Le refrain du renouvellement en politique se fait entendre de plus en plus. Pourtant, tout devrait correspondre à la formule citée dans Le Guépard : « Pour que tout change, il faut que rien ne change ». 

Une chose est sûre : nous éviterons d’avoir le choix entre François Hollande et Alain Juppé, ce qui constitue une excellente nouvelle pour la France. Jean d’Ormesson avait résumé ce duel pitoyable qui s’annonçait : « Juppé sera un Hollande de gauche ». Le maire de Bordeaux, largement distancé dans les urnes, convaincu qu’un programme sociétal de gauche mâtiné de multiculturalisme allait convaincre les électeurs de droite, ne sera pas à l’Elysée. François Hollande, grâce à sa ruse et son indéniable sens politique, aurait pu être une surprise en 2017 mais il décide de sortir par la grande porte, dont acte. Le costume n’était pas trop grand, il ne l’a jamais enfilé.

« Absolument rien n’est joué pour la prochaine élection, d’autant que le maquillage du renouvellement ne suffira pas à réconcilier les Français avec la politique ». 

A droite, Fillon a été certes largement élu, mais sans l’onction de l’électorat populaire qui ne s’est pas déplacé. Or, comme en 2007, sa stratégie « libérale conservatrice » ne pourra être opportune que si et seulement si ce vote populaire se déplace sur son nom. Par ailleurs, son programme économique (surtout en ce qui concerne la santé) devrait faire monter Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui aiguisent déjà leur lame en dénonçant « la casse sociale ». Absolument rien n’est joué pour la prochaine élection, d’autant que le maquillage du renouvellement ne suffira pas à réconcilier les Français avec la politique. 

Les fantômes de Clemenceau et Séguin

Le duel Valls / Fillon fait déjà fantasmer les rédactions. Deux anciens locataires de Matignon, encore plutôt jeunes et fringuants, volontiers transgressifs ambitieux, voilà qui fera de belles unes de Paris Match. Ce serait pourtant trop vite oublier que François Fillon a mis en musique le programme de Nicolas Sarkozy en 2007, qu’il a été son Premier ministre durant cinq ans, de même que Valls a été celui de François Hollande de (trop) longues années. L’un et l’autre n’ont pas été seulement en désaccord avec la politique menée, mais ont toujours été d’accord sur les grandes lignes des uns et des autres. Mitterrand prédisait que des gestionnaires allaient lui succéder, ce ne sont que des comptables qui considèrent la France comme une PME avec son coût du travail, ses dépenses à réduire et son système social à détruire. Valls comme Fillon n’ont jamais remis en cause les traités européens alors qu’ils étaient au pouvoir, et pourtant, cette folle logique « austéritaire » est en train d’être balayée par les peuples. L’exemple italien est suffisamment éloquent. 

« Pour la souveraineté, on repassera. Pour le renouvellement aussi ». 

Valls qui se réfère souvent à Clemenceau, devrait méditer l’apostrophe du Tigre à Jules Ferry en 1884 : « C’est l’Etat qui doit intervenir directement pour résoudre le problème de la misère, sous peine de voir la guerre sociale éclater au premier jour ». Or, à cause des injonctions européennes, l’Etat ne peut faire du protectionnisme ni intervenir dans l’économie. Quant à François Fillon, ancien disciple de Philippe Séguin, il serait bon que lui reviennent en mémoire les phrases de son ancien mentor, et surtout celle-ci : « «La droite et la gauche sont deux détaillants qui ont le même grossiste, l’Europe ». De plus, ce catholique revendiqué qui met de côté la doctrine sociale de l’Eglise, devra se doter de propositions solides pour endiguer le fléau de la pauvreté. Parce que c’est cela aussi, l’héritage de Séguin. 

Les deux impétrants qui s’inventent des paternités idéologiques aux antipodes de leurs programmes ne sont que des enfants spirituels de Jacques Delors. Une fois élu, François Fillon envisage d’aller directement à Canossa voir Angela Merkel. Pour la souveraineté, on repassera. Pour le renouvellement aussi. 

 

mm

Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.