Publié aux éditions du Cerf, « L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe » est un essai à travers lequel Jacques Sapir bat en brèche les idées reçues sur une éventuelle sortie de l’euro. 

Pas de démocratie sans souveraineté, nous disait Jacques Sapir en février. Pas de démocratie avec l’euro insiste-t-il en octobre. Dès la première page, l’économiste plante le décor : « L’Union européenne est en crise et, à l’origine de cette crise, se trouve l’euro. (…) Il met à mal la démocratie, suscite, peu à peu, la montée de pouvoirs tyranniques et engendre, en réaction, des mouvements anti-européens ». Dans le droit fil de ses précieuses notes publiées sur son blog RussEurope, Sapir explique avec son sens coutumier de la pédagogie combien cette monnaie est devenue à la fois le totem et le tabou de la vie politique.

« La concentration d’un pouvoir monétaire et financier immense entre les mains de quelques-uns donne la possibilité de truquer et de fausser le procès démocratique ».

La critiquer vaut excommunication. La remettre en cause propulse même parfois en dehors du champ républicain. Un comble ! Ces politiques budgétaires qui accroissent les inégalités et plongent petit à petit les pays dans des crises toujours plus graves constituent pourtant des dénis de souveraineté. La République, c’est le pouvoir par le peuple et pour le peuple tandis que le dogme de l’euro est par essence supranational. Plus grave encore : « La concentration d’un pouvoir monétaire et financier immense entre les mains de quelques-uns donne la possibilité de truquer et de fausser le procès démocratique » (p. 28). 

L’organisation de l’impuissance politique

Le constat de Jacques Sapir est cruel : « Les politiciens organisent ainsi leur propre impuissance pour fuir leur responsabilité et, une fois qu’ils l’ont fait, partent pantoufler à Bruxelles »(P.9). Pierre Moscovici appréciera … Les responsables politiques que nous élisons travaillent d’une part à l’abandon progressif de leurs pouvoirs en les transférant vers des instances non-élues, et, d’autre part, oeuvrent à la dissolution des nations. Paradoxe des paradoxes. 

« C’est en réalité l’existence de l’euro qui compromet aujourd’hui l’UE et qui la rend, dans tous les pays, massivement impopulaire ».

Pourtant, comme il le notait déjà dans les colonnes du Nouveau Cénacle : « Une sortie de l’euro qui provoquerait un désastre relève de la fiction ». Chacun appréciera le chemin qu’il préconise dans ce nouvel essai éclairant et limpide. L’euro mène la France à la catastrophe, et l’Europe avec elle. Démontant un à un les préjugés sur cette fameuse « monnaie qui protège », Sapir n’en appelle ni plus ni moins qu’à un esprit de résistance face à cette logique bancaire qui paralyse les peuples européens et peut conduire vers de nouvelles tyrannies. 

« C’est en réalité l’existence de l’euro qui compromet aujourd’hui l’UE et qui la rend, dans tous les pays, massivement impopulaire » (p.58). Vouloir la sortie de l’euro ne correspond pas au fantasme médiatique qui aperçoit un retour du fascisme à la moindre remise en cause de l’impératif catégorique européen, c’est au contraire remettre à plat la coopération entre pays souverains.

La tyrannie de demain, comprise comme l’emprise totale des marchés financiers sur l’Europe provoquant son cortège de misère et de ressentiment, peut encore être évitée. « Créer, c’est aussi donner une forme à son destin » écrit Albert Camus. N’est-il pas temps pour les peuples de donner une forme à cette destinée ? 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.