Après notamment une remarquable Histoire intellectuelle des droites et Les Voix de la foi, François Huguenin publie Les Grandes figures catholiques de la France aux éditions Perrin. De Clovis à Charles de Gaulle, l’historien montre ce lien éternel entre l’Eglise et la France.

Comme pour mieux souligner ce rapport consubstantiel voire charnel entre la France et le catholicisme, il est question dans ce beau livre de François Huguenin de grandes figures catholiques de la France, et non simplement de France. La nuance est de taille, puisqu’il n’est pas question d’un simple pays d’origine, d’une terre sans histoire, mais bien d’un lien millénaire entre un pays et une religion qui est toujours actuel : « Ma conviction est que le catholicisme constitue un apport singulier et plus nécessaire que jamais dans une France sécularisée où triomphent le relativisme et le consumérisme » (p.14). 

« Sans renier la Révolution ni tourner le dos à la laïcité, la France n’est pas née en 1789. Ni en 1905 ».

A l’heure où « les racines chrétiennes de la France » deviennent un véritable enjeu politique, ce livre explique brillament combien ce nouveau viatique qualifié bien souvent de réactionnaire ne devrait pas déchaîner tant de passions tristes : « La France est tout simplement, depuis son ébauche que l’on datera de Clovis et sa création qui est le fait des capétiens, un pays catholique, qui l’est resté par-delà la crise de la Réforme » (p. 10). Sans renier la Révolution ni tourner le dos à la laïcité, la France n’est pas née en 1789. Ni en 1905. Ce voyage à travers le temps et les époques est une occasion de le souligner, à l’heure de la disparition programmée du roman national français et des ravages du multiculturalisme.

Quinze figures, quinze discussions 

L’exercice auquel se prête François Huguenin est subjectif. Même si de nombreuses figures sont attendues (Clovis, Sainte Jeanne d’Arc, Saint Vincent de Paul), d’autres surprennent comme Richelieu, Louis XIV ou même Charles de Gaulle. Avec honnêteté, l’auteur dresse des portraits en prenant soin de contextualiser et ne tombe pas dans l’écueil de l’anachronisme. De la même manière, il ne s’attache pas aux légendes noires comme celle de Richelieu (popularisée par Dumas notamment), afin de retracer le chemin spirituel parcouru par ces grands personnages historiques. 

« Se plonger dans Les Grandes figures catholiques de la France, c’est retrouver aussi de l’espérance ».

Choisir c’est nécessairement exclure, alors il est logique de regretter certaines absences. Le catholicisme de Victor Hugo aurait été une excellente manière d’approfondir cette question de la foi au XIXe siècle, sans parler de celui d’un Chateaubriand à qui l’Eglise doit tant après la Terreur. Plus proche de nous, l’abbé Pierre aurait peut-être mérité de figurer dans cet ouvrage, tant sa vie aura été l’illustration en actes de la doctrine sociale. La liste est infinie !

Se plonger dans Les Grandes figures catholiques de la France, c’est retrouver aussi de l’espérance. Rien n’est figé, et la foi semble être le moteur essentiel pour surmonter les épreuves, parce que si les époques ne sont pas les mêmes, si toutes et tous n’ont pas eu la même vie, ils ont en commun d’avoir agi pour la France au nom d’un mystère qui les dépasse. Qui nous dépasse.

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.