share on:

Laurent Dandrieu publie Les peintres de l’invisible aux éditions du Cerf, un recueil d’études sur Fra Angelico, Rembrandt ou Vermeer, ces « messagers de l’infini ». 

Dans son introduction, l’auteur frappe par ces quelques lignes : « La quasi-disparition de l’art chrétien, enfoui sous la médiocrité ou perdu dans l’abstraction – comme si le surnaturel ne pouvait être évoqué que sous la forme du flou et du vague, quand Fra Angelico nous montre avec génie que c’est seulement par la peinture extraordinairement précise du fini que l’on parvient à évoquer l’infini ». Des accents presque baudelairiens pour évoquer cette impression d’immortalité saisissante pour qui sait lever le voile d’Isis qui recouvre le monde pour goûter les préfigurations d’un au-delà merveilleux. 

Confrontés que nous sommes à cette « Conspiration universelle contre toute forme de vie intérieure » (p.15), selon les mots de Bernanos, les peintres analysés dans cet ouvrage à la fois poétique et spirituel nous guident vers un univers harmonique. En filigranes, c’est une constante interrogation sur la place du sacré dans l’Art, mais aussi dans notre vie quotidienne qui, surtout au XXIe siècle, se meurt dans l’aride désert du matérialisme. 

De la coexistence du fini et de l’infini 

Fra Angelico est en cela ce génie qui a su montrer cette coexistence entre la terre et le ciel, et le pape Pie XII ne s’y est d’ailleurs pas trompé en ouvrant la cause de sa béatification en 1955

« Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire point les originaux », se désolait Pascal (cité page 57). Le désenchantement du monde commence par cet oubli de la grâce immanente perceptible sur terre, et, aussi, par ce refus de penser la présence de l’infini dans notre univers périssable. Pourtant, les peintures de Fra Angelico, Champaigne ou Vermeer, cette « fenêtre ouverte sur l’éternité », nous invitent à reconsidérer cette question de la transcendance.

L’ensemble de l’esthétique chrétienne se trouve ainsi résumée dans ce surgissement permanent du sacré dans le profane de la vie. Fra Angelico est en cela ce génie qui a su montrer cette coexistence entre la terre et le ciel, et le pape Pie XII ne s’y est d’ailleurs pas trompé en ouvrant la cause de sa béatification en 1955 : « Dieu tout-puissant, par ta providence paternelle, tu as inspiré au bienheureux Fra Angelico de nous faire entrevoir la douceur et la paix du paradis ». 

Il suffit de reste de visiter le Vatican et d’admirer La Dispute du Saint-Sacrement de Raphaël pour mesurer cette forme de cohabitation du céleste et du terrestre, cette incarnation sensible du mystère de la foi et cette vision d’une seule et même création réconciliée. C’est sans doute pourquoi Van Gogh s’exclamait : « Il est impossible de voir un Rembrandt sans croire en Dieu ». 

 

Laurent Landrieu, Les Peintres de l’invisible, paru aux éditions du Cerf, 144 pages.

 

mm

Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.