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Le Panthéon a accueilli hier en son sein les cercueils de Pierre Brossolette, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Jean Zay.

C’était l’occasion pour François Hollande, président qui ne préside rien, d’endosser une nouvelle fois son costume de chef de IVe République et de déposer les chrysanthèmes. Étant donné qu’il n’exerce plus qu’un pouvoir symbolique, qu’il n’a plus aucune maîtrise des événements ni aucune aura dans l’opinion, ces célébrations à répétition ne sont que son dernier moyen pour apparaître et parler du passé car il n’a rien à dire sur le présent ni sur l’avenir. On ne célèbre que ce qui est mort, et c’est l’esprit de résistance qui a été enterré une nouvelle fois.

Le curieux casting d’Antoine de Caunes

Pour évoquer l’événement national de la journée, Antoine de Caunes avait invité dans son Grand journal le sénateur Jean-Pierre Raffarin et Anne-Cécile Mailfert, présidente du collectif « Osez le féminisme ». Dès le début de l’émission, de Caunes demande à cette dernière : « Deux femmes entrent au Panthéon, ça va un peu mieux ? », et l’intéressée de sourire : « Oui, ça va beaucoup mieux ! », comme si la société française souffrait d’un inexpugnable mal qui prendrait ses odieuses racines dans le machisme gaulois de notre bon vieux pays (qui vaut parfois à notre très humble média les foudres de certaines féministes).

Quelle est la légitimité de cette militante qui savoure son instant de « gloire », pour critiquer la présence de héros français dans le temple de la République ? Elle ira même jusqu’à indiquer que les droits des femmes ont été bafoués après la Révolution car seuls les hommes ont eu le droit de vote. Quelqu’un peut-il se dévouer pour lui rappeler que c’est en raison de l’attachement massif des femmes à la monarchie que ce droit ne leur a pas été accordé ? Nous ne saurons que trop lui conseiller de choisir un EPI Histoire du droit pour la rentrée prochaine.

Que Victor Hugo fasse la vaisselle et que Dumas passe le balai.

« Il y avait 20% de femmes résistantes pendant la guerre », s’enthousiasme-t-elle, mais où a-t-elle obtenu ces chiffres, alors qu’aucun historien ne peut raisonnablement fournir pareilles statistiques à l’échelle de la population entre 39 et 45 ? Et les 80 autres % ? Ce qu’Anne-Cécile veut, c’est la parité jusque dans les coursives du Panthéon. Et y vérifier que le partage des tâches ménagères soit bien effectué. Que Victor Hugo fasse la vaisselle et que Dumas passe le balai. Le débat intellectuel, en cette soirée de milieu de semaine sur Canal+, n’a jamais semblé aussi indigent. Pourquoi ne pas avoir convié une historienne de renom, une femme de lettres ou une femme politique pour commenter cet instant ?

Karim Rissouli et ses chiffres de la honte

Au tour du journaliste politique redresseur de tort, héros de si haute vertu, de débuter sa chronique. Et il commence fort, interpellant l’ancien Premier ministre : « Le Panthéon ressemble un peu à l’Assemblée et au Sénat, c’est beaucoup d’hommes blancs ». Et d’égrener ses chiffres : il y a 74 hommes blancs, un homme noir (mais administrateur colonial), « Mieux vaut être militaire pour entrer au Panthéon », précise-t-il enfin.

Séparer d’un côté les hommes et les femmes pour ensuite trier les héros de notre patrie selon leurs origines, voilà qui interroge après une cérémonie au Panthéon qui est censée rassembler les Français.

Effectivement, il y a peu de journalistes, d’acteurs ou de peoples tels que ceux qui défilent quotidiennement sur le plateau du Grand journal qui iront au Panthéon. « Mieux vaut être militaire », comme si être tombé sur un champ de bataille ou avoir été un grand général qui a permis à son pays d’avoir naguère remporté une bataille était une tare (en plus de celle, impardonnable, d’être un abject phallocrate).

Séparer d’un côté les hommes et les femmes pour ensuite trier les héros de notre patrie selon leurs origines, voilà qui interroge après une cérémonie au Panthéon qui est censée rassembler les Français. La République une et indivisible semble un concept totalement dépassé sur la chaîne cryptée, comme si vouloir copier à tout prix les médias américains obligeait également à adopter leur philosophie communautariste en plus de leur progressisme compassé. Comme si être une femme, blanc, rouge, violet, était une qualité en soi. Comme si l’étiquette d’être humain ne suffisait pas. Comme si la qualité de citoyen n’était pas assez gratifiante. La division sous couvert de rassemblement.

La France est effectivement un pays où les soldats étaient des hommes. C’est vrai. Ces odieux machos n’avaient pas même eu la décence de faire une place à leur dulcinée sur leur destrier et plus tard dans les tranchées. Les grands penseurs, musiciens, peintres, écrivains, ont été, comme ailleurs, des hommes. Aucun déterminisme ne l’explique, mais c’est malheureusement ainsi. Anne-Cé a beau nous suggérer que Simone de Beauvoir a sa place au Panthéon, mais le Castor a avant tout travaillé à Radio Vichy durant la guerre. Encore raté.

Il est navrant d’avoir à simplement rappeler les fondements de notre constitution à ces élites médiatiques qui ne se doutent même pas de la portée dévastatrice de ces analyses. L’auteur de ces lignes n’a probablement pas d’aïeux qui ont vécu au pays de Vercingétorix, mais il admire le grand chef gaulois comme un ancêtre malgré tout, tout comme il peut savourer la prose de Marguerite Yourcenar sans se dire qu’il s’agit d’une femme.

Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Aux médias lâches, le peuple méprisant.

Julien de Rubempré

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.