Décrié de toutes parts, le chef de l’Etat peut-il décemment briguer un second mandat ? Lui seul semble encore croire en sa réélection…

Fidèle parmi les fidèles, Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement et inamovible ministre de l’Agriculture, n’a sans doute pas vraiment tort lorsqu’il affirme que la question n’est plus de savoir s’il va y aller, mais s’il peut y aller… Par-delà un bilan ô combien difficile à défendre, entre une courbe du chômage qu’il a échoué à inverser sur la durée, une politique étrangère empreinte de tâtonnements fort préjudiciables, avec en toile de fond l’aveu permanent de l’insignifiance française sur la scène internationale (un processus il est vrai amorcé par son prédécesseur et qui va de pair avec un atlantisme zélé qui ferait se retourner Charles de Gaulle dans sa tombe) et une menace terroriste dont Manuel Valls  a suffisamment répété qu’elle était « maximale » et durable, François Hollande a en effet réussi le tour de force de se fâcher avec tout le monde.

Avec sa base électorale d’abord. Ceux qui l’ont cru lorsqu’il affirmait qu’il était l’ennemi de la finance. Ceux qui, plus largement, attendaient de lui qu’il mène une vraie politique de gauche, prévenante à l’égard des sans-grades – des sans-dents ? –, bienveillante à l’endroit des minorités, audacieuse contre le nucléaire et surtout aux antipodes de cette austérité qui ne passe plus. Ceux qui ne supportaient plus Nicolas Sarkozy, ses gesticulations, ses discours clivants, son autosatisfaction exacerbée, sa ligne désespérément « buissonnienne », laquelle a par ailleurs survécu à la trahison suprême de son inspirateur.

« Dans quel monde vit François Hollande ? »

Avec ses amis ensuite, dont certains, à l’image du président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone, jugé pas assez charismatique pour prétendre à Matignon, en ont pris pour leur grade. Avec les footballeurs, ces sportifs stupides, trop gâtés et trop vite couverts de gloire. Avec les magistrats, qui ont tout de même eu l’insigne honneur d’une missive en forme de mea culpa après des propos pour le moins maladroits…

Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de François Hollande ? Comment a-t-il pu croire sérieusement que ses confidences au vitriol n’allaient pas être révélées par Fabrice Lhomme et Gérard Davet, ces deux grognards de la presse, ces deux experts du « bad buzz » à qui il a tout dit, et surtout ce qu’il aurait mieux fait de garder pour lui ? Entre rodomontades, philippiques, outrances et aveux inavouables d’exécutions ciblées, ce suicide politique sans précédent, à moins qu’il ne s’agisse d’inconscience crasse, a achevé de plomber une crédibilité très érodée. Elle réduit aussi significativement l’espace nécessaire à une réélection déjà improbable, ainsi qu’en témoignent des sondages toujours plus apocalyptiques.

Dans quel monde vit François Hollande, cet éternel optimiste, celui qui a tant minimisé la crise, ce « Flamby » parti de presque rien pour se hisser au sommet de l’Etat, bien aidé il est vrai par le naufrage de « DSK » et le ressentiment d’une large frange de la population française envers Nicolas Sarkozy, qui tient tant à marquer l’histoire ?

La menace du ridicule

Les malheurs du président de la République font évidemment régner une atmosphère de fin de règne au sein de laquelle les langues se délient, indépendamment des partis, et ils ne se bousculent plus au portillon pour le persuader de tenter sa chance. L’accumulation de polémiques et le fait que le temps politique se confond aujourd’hui  avec le temps médiatique, Internet et ses innombrables révélations pas toujours évacuées rapidement oblige, rendent il est vrai quasi fantasmagorique l’hypothèse d’une victoire socialiste au prochain scrutin présidentiel.

« En cas de jet d’éponge, il serait quoi qu’il en soit le premier président sortant de la Ve République à ne pas rempiler, De Gaulle ayant démissionné ».

Les intentions de vote en témoignent : le pays aspire aujourd’hui à être gouverné à droite, et s’il est prématuré d’affirmer qu’Alain Juppé, ce « bébé-Chirac » raillé par l’extrême-droite et honni de la droite dite dure, sera le prochain chef de l’Etat, on voit vraiment mal le candidat socialiste, quel qu’il soit, être au deuxième tour.

Pour autant, François Hollande, qui cherche bien sûr en premier lieu à soigner sa fin de quinquennat, une entreprise néanmoins bien mal engagée, n’a jusqu’ici jamais évoqué ouvertement un renoncement. Y croit-il envers et contre tout ? Juge-t-il son bilan in fine défendable, acceptable, honorable ? Pense-t-il être le seul à même de conduire son camp en 2017 ?

En cas de jet d’éponge, il serait quoi qu’il en soit le premier président sortant de la Ve République à ne pas rempiler, De Gaulle ayant démissionné. Peut-il toutefois s’offrir l’humiliation ultime d’un échec à l’inévitable primaire socialiste ?

En embuscade, Emmanuel Macron, l’ex-poulain, le social-démocrate, l’OVNI pousse ses pions, mais manque d’expérience et ne bénéficie assurément pas de l’appareil nécessaire à une candidature non-exotique. Moins audible, Ségolène Royal, alternative néanmoins évoquée ces jours-ci dans les médias, a quant à elle à son débit d’avoir déjà porté les couleurs de la gauche traditionnelle en 2007, avec pour issue un net revers dans un scrutin que certains pensaient gagné d’avance.

Reste le cas Manuel Valls, dont les liens avec François Hollande se sont spectaculairement tendus. Jusqu’ici bon soldat, le Premier ministre multiplie les déclarations ambiguës, tiraillé qu’il doit être entre sa volonté d’émancipation et la nécessité de ne pas donner l’image d’un politique déloyal. Il va sans dire que son bilan ne peut être totalement dissocié de celui de François Hollande et on rappellera qu’aucun chef de gouvernement en exercice n’a jamais obtenu la magistrature suprême dans la foulée sous la Ve République, mais l’ancien maire d’Evry a pour lui une image de fermeté qui plaît à ces Français repus de normalité et de torpeur.

Dans les rangs socialistes, ils sont de surcroît de plus en plus nombreux à le juger le mieux placé, non pour gagner, mais pour sauver le plus de meubles possible.

On conviendra qu’il existe des défis politiques plus exaltants. Surtout pour un homme qui a toujours eu l’Elysée en ligne de mire.

 

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.