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Le PS vient de subir une claque électorale sans précédent à l’issue de ces élections municipales 2014, alors que ses barons locaux ont l’habitude d’être élus depuis des décennies, à force de clientélisme. Le mal est plus profond. Il s’agit d’une débâcle idéologique.

Au lendemain de cette déroute dans les urnes, il convient de s’interroger. Non pas, bien entendu, comme un éditorialiste de Valeurs Actuelles, en caricaturant un prétendu « rejet des socialistes », mais plutôt en questionnant ce revers, en se demandant pourquoi, depuis quinze ans, nos pères et nos oncles ne collent plus d’affiches pour le Parti socialiste et lèvent les yeux au ciel, lorsque François Hollande s’exprime, à la recherche de ces forces de l’esprit auxquelles Mitterrand croyait tant.

Jean Jaurès danse à la Bellevilloise 

Ainsi que l’analysait Gramsci, chaque victoire politique est avant tout une victoire idéologique ; et, dans ce cas précis, c’est bien le rejet d’une idéologie qui a conditionné cette gifle. L’abstention record est déjà un bon indicateur qui révèle le gouffre entre le petit peuple et les élites et signifie un rejet de la politique libérale / libertaire sur laquelle tant le PS et l’UMP sont d’accord : les gens ne vont plus voter. Ils ne sont plus intéressés au sens premier du terme : ils n’y trouvent plus leur intérêt. 

Mais, lorsque la ministre de la Culture Aurélie Filippetti décore le groupe « Shaka Ponk » et les élève « Chevaliers des Arts et des Lettres », elle n’a fait que préfigurer la déroute à venir. Cet acte peut sembler anodin, voire révélateur, mais il est bien plus encore. Il est symbolique . Symbolique d’un PS qui ne s’adresse plus qu’aux fonctionnaires de la rébellion, aux artistes assermentés et à ceux qui boivent de la 8,6 à Belleville l’hiver et paradent à Solidays l’été venu. Ce parti qui, historiquement, proposait à la classe ouvrière de s’élever par le travail et par la culture, ne récompense plus que la médiocrité prétendument moderne incarnée par ce groupe qui aurait bien fait rire Jean Ferrat. Jaurès déclarait d’ailleurs :

« L’individu humain, est le produit d’une terrible évolution de la nature, il est l’héritier de bien des forces brutales, il porte en lui les instincts d’animalité … Mais les puissances instinctives seront disciplinées et harmonisées par une haute et générale culture. La nature ne sera pas supprimée ou affaiblie, mais transformée ou glorifiée ». 

Ce mouvement n’est donc plus qu’une inertie vaguement branchée, tout juste bon à organiser des Nuits blanches pour mieux oublier que les jours du prolétaire sont noirs.

Anne Hidalgo : quand la victoire résonne comme une défaite 

Anne Hidalgo a remporté Paris, soit. Elle devient par conséquent la sourcilleuse concierge d’un Disneyland habitable, prolongeant l’oeuvre de Betrand Delanoë. Nous lui faisons d’ores et déjà confiance pour Vélibéraliser la ville et « l’ouvrir au monde et au Progrès », comme elle n’a cessé de le marteler durant la campagne et durant son discours sur une estrade, oubliant une nouvelle fois que la place de la gauche est sur une barricade.

Il est donc des victoires qui sonnent le glas d’une idéologie. Si Anne Hidalgo a gagné Paris, c’est que le PS a perdu la France. En d’autres termes, si elle a pu être élue maire de la capitale, portée par un électorat aisé et uniquement préoccupé par le divertissement, c’est le symptôme d’un décrochage dans cette France qui souffre. Car, et c’est bien là où se trompent les caciques de l’UMP, ce n’est pas la gauche qui est rejetée, ni le socialisme, mais bien plutôt ces édiles de Solférino qui ont tout oublié de Léon Blum et de Jean Jaurès. La gauche Shaka Ponk est vouée à l’auto-destruction nationale, sacrifiée sur l’autel de Terra Nova. Ses noces funèbres avec le prolétariat ne font que débuter, et tout porte à croire que le supplice se prolongera jusqu’aux élections européennes.

C’est finalement en continuant à organiser des soirées VIP contre le racisme, à décorer ses artistes officiels et à s’agenouiller devant les dogmes de Pierre Gattaz, que la gauche continuera de se couper du peuple. Les regards tournés vers les forces de l’esprit ne sont pas prêts de redescendre.

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.