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 « Le peuple français est un composé, c’est mieux qu’une race, c’est une nation. » – Jacques Bainville

 « Rien n’est plus dangereux qu’une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s’exprime sa liberté, c’est-à-dire de son droit imprescriptible à choisir son destin. » – Philippe Séguin

Depuis tout gamin j’ai la France à l’estomac. N’entendez pas par cette expression que je suis « identitaire » ou nationaliste. Il n’en est rien. J’ai l’amour de la France chevillé au corps. Ce pays si divers, si riche, si querelleur, si passionné, si littéraire, si artistique, si politique, si beau, si gourmand, me fait rêver depuis que mes parents m’ont collé dans les pattes (avec la petite souris de ma première dent) quelques livres d’histoire illustrés (que je possède encore et que je relis toujours). C’est grâce à ma mère qui m’a appris à lire que j’ai découvert La Fontaine, dont je relis les Fables annuellement ; c’est grâce à mon père que j’ai découvert les romans d’aventures, historiques ou non, peignant une France (et un monde) qui m’est personnelle, fruit d’un coquetèle de lectures de mon enfance, qui me bovaryse. Pardonnez-moi d’être en cet instant impudique, mais le spectacle qui s’offre à mes yeux aujourd’hui est celui, désolant autant que révoltant, d’une France sans estomac ; celui d’une France veule et avachie, une France honteuse, piteuse, une France désemparée, une France sans projet, sans âme, reniant son histoire et ses valeurs, une France qui s’est noyée volontairement dans la globalisation financière et folklorique en se défaisant à vil prix de sa souveraineté au profit d’un marché commun baptisé Union européenne, une France qui a perdu de vue son identité au profit de pseudo-élites vendues au Saint-Fric mondialisé au nom des droits de l’Homme[1]…

Le patriotisme aujourd’hui

« L’assimilation ne commande pas aux nouveaux Français de devenir amnésiques de leur passé ; mais il est certain que l’on ne peut être reconnu français par les Français si l’on conserve de son passé des principes ou valeurs qu’ils jugent incompatibles avec les leurs »

Le patriote, celui qui aime sa patrie, n’est pas un être refermé sur lui-même, un facho, un raciste, un colonialiste, un impérialiste. Non, le patriote, celui qui aime sa patrie, est un être conscient et fier (sans être cocardier ou vantard) de son identité, c’est-à-dire de son histoire et de sa géographie, de sa littérature et de ses beaux-arts, des valeurs communes héritées d’une histoire bimillénaire et partagées par le peuple réuni en Nation. Ce que la Gauche et les ultra-libéraux n’ont pas compris, c’est que c’est la négation de l’identité qui produit crispations, xénophobie, méfiance voire défiance vis-à-vis du politique et qui conduit in fine à ce qu’on appelle « populisme » (terme indéfini autant que galvaudé, et bien pratique pour discréditer un adversaire sans argumenter). L’homme comme le peuple ont besoin de racines. Ce que les « identitaires » et autres nationalistes racialistes n’ont pas compris, c’est que l’identité ne se fonde pas sur la « race » ou l’ethnie, mais sur une culture et des valeurs partagées sur un territoire géographique et politique donné, et donc que c’est bien la conception de la Nation selon Renan qui définit l’identité française. L’homme comme le peuple ont besoin aussi d’ailes. Mais cela implique comme l’écrit Malika Sorel-Sutter que l’acquisition de la nationalité française soit corrélée de manière sine qua non à l’assimilation, l’intégration étant le minimum syndical exigible de toute personne vivant sur le territoire national : « L’assimilation ne commande pas aux nouveaux Français de devenir amnésiques de leur passé ; mais il est certain que l’on ne peut être reconnu français par les Français si l’on conserve de son passé des principes ou valeurs qu’ils jugent incompatibles avec les leurs »[2]. Alain Finkielkraut ne dit pas autre chose quand il remet en perspective les notions de « raciste » et de « républicain » avec les cris d’orfraie de nos belles âmes égalitaristes :

« Le raciste dit des étrangers souhaitant devenir français qu’ils ne peuvent pas l’être, le républicain à l’inverse tient compte des faits et gestes de chacun car il traite les êtres humains comme des sujets responsables. Le raciste noie la volonté dans la fatalité, le républicain affirme la préséance de la volonté sur le déterminisme racial et sur toute forme d’automaticité. Le raciste stigmatise les indésirables, le républicain sanctionne les indésireux. Au moment où la France redevient une expérience partagée, certains voudraient, au nom de l’égalité de tous les citoyens, qu’elle soit un simple coup de tampon, une réalité purement administrative. Au moment où l’ennemi se déclare, des tribunes et des pétitions paraissent pour dénoncer comme une mesure raciste la discrimination juridique de l’ami et de l’ennemi. Il y a une bonne nouvelle cependant: l’opinion refuse, toutes tendances confondues, de se laisser entraîner dans ce délire. Les protestataires se drapent dans la morale, mais leur morale heurte le sens commun et même la décence commune. La grande tempête qu’ils ont déclenchée souffle très fort, mais en vase clos. »[3]

Assumer son identité, défendre et promouvoir ses valeurs, voilà la seule manière d’être ouvert au monde tout en étant respectueux des peuples et de la démocratie.

Assumer son identité, défendre et promouvoir ses valeurs, voilà la seule manière d’être ouvert au monde tout en étant respectueux des peuples et de la démocratie. La France actuelle n’a de démocratie que le maquillage, les vraies décisions sont prises dans les officines de la finance internationale auxquelles nos dirigeants nous ont vendu en nous racontant le contraire sans la moindre vergogne. Le début de la fin, c’est-à-dire le début de l’auto-dévaluation doublée d’une autodestruction, date de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Après-guerre, le Général de Gaulle, avec ses qualités et ses défauts, maintenait une haute idée de la France[4] et des exigences à l’avenant. Il avait « parfaitement compris la nécessité de l’indépendance et de la puissance et savait que celle-ci ne valait qu’au service d’une volonté[5] ». Volonté qui n’existe plus, indépendance vendue, puissance sacrifiée par la France sans estomac depuis le règne de Valéry-le-Petit… Comme le disait un vieux dégueulasse[6], « il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire ».

 Le Librairtaire

[1]J’emprunte cette orthographe à Gérard Oberlé. À l’image de Brassens, Oberlé est un vaccin contre la connerie qui demande des cutis de rappel régulières.

[2]« L’idéologie des droits de l’homme portée par les bien-pensants consiste à aider les autres, pourvu que cela ne leur coûte rien, et surtout n’entame pas leur confort personnel. » – Malika Sorel-Sutter, Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ?, Fayard, novembre 2015.

[3]Alain Finkielkraut, « Empêcher que la France ne se défasse », entretien avec Alexandre Devecchio, Le Figaro, 6 janvier 2016.

[4]Même si le Général « surestimait sans doute les possibilités de la France et sa capacité à assumer sa « grandeur » passée, dans un monde où il n’avait pas évalué l’ampleur de la révolution culturelle porteuse des événements de 1968 » (Philippe Conrad, éditorial, Nouvelle Revue d’Histoire n°82, janvier-février 2016).

[5]Philippe Conrad, op. cit.

[6]Charles Bukowski.

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/