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Réflexions sur le monde et la France comme ils vont après lecture de l’essai de Laurent Obertone, La France Orange Mécanique, Ring, Nouvelle édition augmentée, mars 2015.

 

« Mis à part pour les dictateurs et les imbéciles, l’ordre n’est pas une fin en soi. » – Michel Audiard

« Quand j’croise un voleur malchanceux

Poursuivi par un cul-terreux,

J’lève la patte, et pourquoi le taire,

Le cul-terreux se r’trouve par terre.

Je ne fais pourtant de tort à personne

En laissant courir les voleurs de pommes. » – Georges Brassens, La mauvaise réputation.

 « Le problème, c’est que les gens achètent ce livre ». L’assertion imprimée en couverture est signée Apolline de Malherbe, journaliste chez Canal+ à l’époque de sa sortie, de BFM TV depuis, et elle ne pouvait que me faire acheter le livre en question. Notez que pour cette prétendue élite intellectuelle (du temps de Jaurès, les journalistes n’étaient pas des journaleux, et pouvaient à juste titre être considérés comme appartenant à l’élite intellectuelle, toutes opinions confondues et toutes choses égales par ailleurs) trouve problématique que les gens « achètent » le livre, pas qu’ils le lisent. Ruinons son auteur déviant, peu importe que les gens lisent ou non l’essai controversé, la propagande médiatique et la dictature du politiquement correct exercera sa basse besogne avec l’appui de la déculturation et de l’appauvrissement du langage méthodiquement mis en œuvre depuis une quarantaine d’années. Dès lors, ma sympathie était acquise à Laurent Obertone, avec lequel j’ai des désaccords et à l’encontre duquel j’ai des critiques à formuler. Mais je ne supporte pas le lynchage médiatique[1], or c’est bien de cela dont il fut question à son détriment lors de la sortie de La France Orange Mécanique en 2012. Pour des mauvaises raisons par ailleurs, puisqu’il a été reproché à Obertone le fait que Marine Le Pen et Éric Zemmour fassent référence à son essai ![2] C’est comme si la police médiatico-politique de l’Empire du Bien intentait un procès d’opinion à Jaurès ou à Blum au prétexte que le candidat Sarkozy s’en est réclamé lors de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2007 ! Mais Sarkozy est de droite (enfin, se croit de droite, il est juste opportuniste, imbu de sa personne, égoïste, égocentrique, vénal et bling-bling. Ce qui n’a rien à voir ni de près ni de loin avec la droite, du moins au sens où on la différencie de la gauche sur ses valeurs), malheur à lui : la même doxa lui a reproché d’avoir récupéré des figures politiques et symboliques de la gauche. Conspué par la classe politico-médiatique dans son ensemble, récupéré par « l’extrême-droite », Laurent Obertone a fait une entrée fracassante dans le journalisme d’investigation et l’enquête littéraire.

 « Le problème, c’est que les gens achètent ce livre ».

La France Orange Mécanique est une enquête construite à la manière d’un thriller, avec chapitrage sous forme de compte à rebours. Cette forme sert efficacement le propos de Laurent Obertone. Ayant enquêté sur ce que les médias baptisent d’une manière prude « faits divers », l’auteur constate un ré-ensauvagement d’une partie de la population en France. D’où provient le phénomène ? Des bonnes intentions et des belles âmes au discours généreux, de la culture de l’excuse et du laxisme, de la criminalisation constante, voire exponentielle, des forces de l’ordre et de la pensée (sous prétexte d’antiracisme), du dénigrement de la France par ses « élites », par ses gouvernants, de la réduction de l’histoire de France à l’esclavage et à la colonisation, de l’effacement imposé au peuple sous peine d’être voué aux gémonies (sexiste, raciste, fasciste, réac, populiste… sans faire dans le détail ni se donner la peine d’argumenter un tant soit peu – surtout ne pas argumenter, vomir, insulter, conchier, il en restera toujours une tâche indélébile), de l’abandon de la langue, ce fascisme insupportable (Sarkozy et Hollande sont de parfaits exemples d’usine à fautes de syntaxe, on entendrait presque leurs fautes d’orthographe juste en les écoutant) et de l’abandon de l’instruction au profit d’un accompagnement de l’élève à la découverte de son propre savoir. La liste est non-exhaustive, hélas ! Obertone a été (et est toujours) victime d’une criminalisation de la pensée qui étouffe tout débat et autorise toutes les dérives. Les nouveaux chiens de garde ne sont pas uniquement les adeptes de l’ultralibéralisme mondialiste et du there is no alternative tatchérien (en version contemporaine, Jean-Claude Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » ou encore Delors : « En fin de compte, cette construction à l’allure technocratique – l’Union européenne, N.d.A. – fonctionne sous l’égide d’une sorte de despotisme doux et éclairé »[3]), mais aussi largement les héritiers de la manipulation mitterrandienne SOS Racisme, financée sur nos impôts et qui a tout intérêt à dégotter des racistes partout, faute de pouvoir justifier autrement sa légitimité et son existence.

Le « crime » de Laurent Obertone

Pourtant, la sécurité est bien la première des libertés ; le droit est bien le garant de la justice. Quand, au nom d’une idéologie politique contestable, on commence à juger les personnes sur ce qu’ils sont et non sur les actes qu’ils ont commis, il n’y a plus de justice. Il règne l’injustice, le passe-droit, le laxisme pour les coupables et la fermeté pour les victimes. Le règne du deux poids, deux mesures, que nous avons pu vérifier magistralement quand un Veilleur de la Manif pour tous a été condamné à de la prison ferme, quand bien même il était inconnu des services et avait un casier vierge, alors que tous les jours des délinquants violents sont pas ou peu condamnés après de multiples passages devant les tribunaux. Et bien souvent quand la condamnation tombe enfin, elle est légère, et non exécutée, comme le remarque Obertone au sujet des peines de prison inférieures à deux ans. C’est l’idéologie du Syndicat de la Magistrature (SM), minoritaire et d’extrême-gauche, qui gangrène la justice en France. Malgré l’affaire Baudot, ce substitut de Marseille membre du SM qui, dans un texte adressé à 130 de ses collègues en 1974, appela de ses vœux à une justice partiale[4], quitte à violer le droit si nécessaire, le SM est représenté au cabinet du Garde des Sceaux et au Conseil supérieur de la Magistrature. La pitoyable affaire dite du « Mur des Cons », qui en dit long sur les qualités humaines des membres de ce syndicat, n’y a rien changé…

Le crime de Laurent Obertone est d’avoir révélé au peuple une vérité connue et tue par les soit-disant élites (je ne suis pas anti-élite, au contraire, mais ceux qui se présentent ainsi actuellement en France sont des imposteurs, ils n’ont d’élite que le nom et se définissent par leur goût de la destruction de tout ce qui fonde la civilisation). D’où la reductio ad hitlerum et le lynchage médiatico-politique, d’où la récupération par « l’extrême-droite »…

Quelques critiques du livre

Pourtant, si La France Orange Mécanique ne manque pas de qualités, à commencer par le référencement précis des sources et un style original, enlevé, ironique parfois, désabusé souvent, l’ouvrage n’est pas exempt de faiblesses. La première, et la plus gênante n’intervient qu’une fois sur 512 pages, mais elle pose un vrai problème : comparer des données brutes (nombre de faits constatés) entre 1830 et aujourd’hui sans remise en contexte interpelle. Un graphique[5] montre bien l’évolution des faits constatés, du taux d’incarcération et de l’augmentation de la population, mais c’est un peu court… Si le graphique démontre que proportionnellement à la population (en nombre) et au taux d’incarcération, la courbe des faits constatés explose de manière exponentielle à partir de la moitié du Vingtième Siècle, grosso modo, cela ne dit rien des qualités des populations, des régimes politiques, des situations économiques, autant de facteurs qui influent potentiellement sur la criminalité. Ma seconde réserve concerne les litanies de crimes et délits intervenants à plusieurs reprises dans cet essai, véritable catalogue Manufrance du crime. Ces litanies ont le mérite de montrer l’ampleur de l’insécurité réelle (et non du pseudo-sentiment d’insécurité), mais développent un caractère angoissant, sans doute volontaire, qui confine à la paranoïa. Alors que contrairement à ce qu’on a entendu dans les médias, Laurent Obertone produit un travail mesuré et réfléchi, et ne procède jamais à des généralisations ou des amalgames. Ces litanies, dont nous comprenons bien l’intérêt, nous ont rendu la lecture difficile, voire odieuse, insupportable par moment. Ces réserves mises à part, La France Orange Mécanique est un travail passionnant qui en dit long sur l’état de la justice en France et qui non seulement suscite, mais impose une réflexion sur la justice, le droit, l’ordre. C’est sans doute cela qui dérange, un ouvrage qui oblige à réfléchir. Obertone a été (plus que) soupçonné de racisme, de fascisme, de faire « le jeu de l’extrême-droite et du Front national » pour cela.

La première faiblesse, si elle n’intervient qu’une fois sur 512 pages, pose un vrai problème : comparer des données brutes (nombre de faits constatés) entre 1830 et aujourd’hui sans remise en contexte.

Quand bien même il a démontré que si une culture allogène peut poser problème, ce n’est pas une question de gênes ou de biologie ; quand bien même il a écrit, et réécrit, que si en proportion, les criminels de culture étrangère sont plus représentés, ils ne représentent toutefois qu’une minorité. Mais nous sommes d’accord avec Obertone pour dire que ce n’est pas parce que les criminels de culture étrangère représentent une minorité des personnes de culture étrangère en France qu’il faut taire ce fait. L’analyse objective des faits, y compris et surtout dans ce qu’elle a de dérangeant pour la paresse intellectuelle nous semble une nécessité. Un exemple parmi d’autres, cité par l’auteur, la sortie de Manuel Valls sur le fait que la majorité des Roms présents en France n’avait pas vocation à y rester. Son crime, avoir constaté que les Roms ont une culture propre, un mode de vie singulier, qui est incompatible avec le mode de vie sédentaire fondé sur la propriété et le travail qui prévaut en France. La culture Rom ne connaît pas la notion de propriété. C’est une culture nomade. Et la majorité des Roms ne souhaite pas y renoncer (comment leur reprocher!). Donc cette majorité n’a pas vocation à rester en France. Mais on préfère subventionner à grands renforts de milliards européistes les pays d’origines pour qu’ils maintiennent les Roms à domicile, si je puis dire. Ce qui revient à subventionner la corruption et le racisme anti-rom des pays d’origine (bien réel celui-là). On a le sentiment que plus les milliards pleuvent, plus l’exode s’intensifie. L’enfer est pavé de bonnes intentions disait Sartre. Pour une fois, il avait vu juste.

 La réforme de la justice en cours conduite par Christiane Taubira, qui a le mérite – en politique c’est rare, et il faut la saluer pour cela au moins – d’assumer sa politique, centrée sur la réinsertion et la diminution du taux d’incarcération, ne va pas rassurer les lecteurs d’Obertone. Si la France n’est pas une jungle infernale, elle n’est pas à l’abri. Le saccage de l’éducation depuis quarante ans s’intensifie, produisant des incultes dyslexiques et déracinés, ayant une vision criminalisante idéologique de la France et de son histoire forcément coupable. L’ultra-libéralisme mondialiste est à nos portes avec le TAFTA, même si il est déjà présent de fait depuis la création de l’Organisation Mondiale du Commerce (Organisation Commerciale du Monde, dirait le milliardaire Jimmy Goldsmith[6]) et avec le marché unique, le GATT (General Agreement on Traffic and Trade, prédécesseur du TAFTA en germe), l’euro… Le culte du Saint-Fric mondialisé et du multiculturalisme à outrance nie l’identité[7] de la France comme de toutes les autres nations. Cela ne vise qu’à créer un être interchangeable, non-pensant, consommateur stupide et docile. Le retour à la féodalité est en germe sous des apparences démocratiques[8], les nouveaux seigneurs étant les financiers sans visage de Wall Street et de la City aujourd’hui, demain de Delhi et Shanghaï. Le fonctionnement technocratique et le culte des lobbies de l’Union européenne en sont révélateurs. L’idée de justice est dangereuse pour ce projet global qui n’est pas un complot, mais une réalité en marche.

Quand bien même il a démontré que si une culture allogène peut poser problème, ce n’est pas une question de gênes ou de biologie.

Il faut une soupape pour le nouveau Lumpenproletariat, et tant qu’à faire, autant qu’elle serve de moyen de pression sur les Nations. La France Orange Mécanique est, de mon point de vue, la France libérale-libertaire en devenir : le ré-ensauvagement se métastasera à toutes les sphères sociales, éducation, économie, finance, politique, industrie… Certaines de ces cellules sont déjà cancéreuses, notamment l’éducation et l’industrie, pour ne pas parler de l’agriculture (quintessence de ce phénomène, qui mériterait un article complet pour développer). La démocratie est dangereuse, elle donne le pouvoir au peuple. La nation est dangereuse, elle est le cadre naturel et optimal de l’exercice démocratique. Seul compte le profit, mètre-étalon de toute chose qui sera jugée acceptable ou non en fonction. La jacquesattalisation[9] de la société est en marche et rien ne pourra l’arrêter.

Je ne peux m’empêcher de conclure sur une note triste, nostalgique. J’ai toujours préféré les indiens aux cow-boys, les pirates aux soldats du gouverneur anglais ou espagnol ; j’ai une faiblesse pour le voleur de pommes chanté par Brassens et un mépris affirmé pour le croquant, qui n’est rien d’autre qu’un cuistre friqué. J’applaudis Gérard Oberlé quand il affirme son goût pour les chiens et les mauvais garçons. La faune interlope m’intéresse en littérature, en peinture comme en cinéma. Mais ce n’est pas la réalité que j’ai lue dans La France Orange Mécanique. J’éprouve l’amer sentiment d’avoir évolué dans un mauvais sens. J’ai toujours considéré la liberté comme étant plus important que la sécurité, mais pour que cela soit possible encore faut-il qu’une certaine sécurité règne. C’est-à-dire que la justice, la démocratie, l’éducation doivent être réelles et non vantées. C’est ce que nous sommes en train de perdre au nom de l’ultra-individualisme, de l’idéologisation et de la concurrence des mémoires et de l’histoire, et du Saint-Fric mondialisé. Parmi les Tartuffes qui nous gouvernent, en politique comme en médiatiquement correct, pas un ne sort du lot et ne fait entendre sa différence[10]. Soumission. Houellebecq l’a bien vue[11], mais ce n’est sans doute pas celle qu’il a imaginée.

 

Le Librairtaire

 

 

[1]Ce que j’ai déjà écrit et expliqué au sujet de « l’affaire » Renaud Camus dans ma chronique sur l’imparfait du présent, d’Alain Finkielkraut : http://librairtaire.fr/wordpress/?p=1211

[2]Quant aux critiques d’Aymeric Caron (avec deux lettres en trop, pour reprendre le mot de Naulleau), les bras m’en tombent devant tant de bêtise à alibi progressiste. Elles sont visibles en replay ici : http://www.dailymotion.com/video/xxx77p_grosse-tension-en-aymeric-caron-et-laurent-obertone-dans-on-n-est-pas-couche_news )

[3]Cités par Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Albin Michel, 2015, chapitre XVII, « Les conscrits de Maastricht », pp. 149-161.

[4]Le texte de sa « Harangue à des magistrats qui débutent » est consultable ici : http://ldh-toulon.net/la-harangue-de-Baudot-a-des.html

      L’affaire Baudot a suscité de vives réactions. Sa comparution devant le CSM lui a valu le soutien sans faille de son syndicat. Le ministre de la Justice n’a pas pris de sanction :https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndicat_de_la_magistrature

[5]Cf Laurent Obertone, op.cit., pp. 50-54.

[6]Cité par Philippe de Villiers, op. cit.

[7]Pour un certain nombre de personnes, identité est un gros mot. En tant qu’historien, je ne l’ai jamais cru, et je m’inscris en faux ! Sans identité, pas d’ouverture possible. Qui ne sait pas qui il est ni d’où il vient ne peut accueillir l’autre qu’avec méfiance et circonspection, ou s’aplatir et se soumettre à son nouveau maître. Le multiculturalisme négateur de l’identité est en fait un monoculturalisme, nivelant par le bas et le Saint-Fric tous les êtres, considérés comme valeur financière (consommateurs), négligés comme valeur politique (comme le montre la citation de Juncker sur les choix démocratiques quant aux traités européens). L’identité est la première norme. Son respect détermine les échanges et l’hospitalité. Combinée à la morale, elle dispose de ce qui est acceptable ou non en un territoire politique, géographique et civilisationnel homogène donné. Seules sont universelles l’égale dignité de tout être humain à la naissance et son inéluctable mort. Tout le reste dépend des actes de chaque être humain et des valeurs ou vertus auxquelles nous nous référons, en d’autre terme, de l’identité.

[8]Cf Philippe de Villiers, op. cit.

[9]J’emprunte l’expression à Matthieu Bock-Côté, sauf erreur.

[10]Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont tous semblables, mais simplement que le ou les dissident(s) s’il(s) existe(nt) sont inaudibles. Le silence médiatique comme nouvelle censure ?

[11]Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015. On relira avec profit (sur le libéralisme libertaire) Extension du domaine de la lutte, Éditions Maurice Nadeau, 1994 ; J’ai Lu, 1997.

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/