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La chronique hebdomadaire de Christophe Bérurier, professeur de français en ZEP.

Lundi

Jour de rentrée des vacances de Pâques. Les élèves sont calmes. Les classes de troisième et quatrième préparent leur devoir commun qui a lieu le lendemain.

Mes troisièmes n’avaient pas d’ouvrage à lire pendant ces congés, cependant ils devaient lire quelques extraits présents dans leur manuel. Dans chaque classe, une quinzaine d’élèves dresse la main au moment où leur demande si certains n’ont pas fait leur travail de lecture.

« C’était trop chiant » m’ont-ils expliqué.

Séance de l’après midi  consacré à la préparation du brevet blanc en troisième. L’échange s’engage :

« Bon c’est simple, ça, vous le savez ; l’autobiographie c’est quand on écrit sa propre histoire, la biographie c’est quand on écrit un autre vie que la sienne, j’ai lancé.
— Mais Monsieur, s’écrie un élève, c’est quoi la différence avec les mémoires ? 

— Eh bien, je précise, les mémoires sont, en théorie,  un texte où ce qui est regardé, décrit, observé, n’est pas la vie intime de l’auteur mais plutôt son rôle  dans la société : il y a donc un rôle important de l’Histoire, de la politique, l’engagement militaire souvent. L’autobiographie donne plus d’importance à l’intime qu’à la politique de l’époque.

— Oui mais les mémoires de joueur de foot par exemple ?

— Eh bien, ils disent mémoires mais ne connaissent pas le sens réel du mot… ce sont des joueurs de foot après tout, je me suis permis.  Retenez que l’autobiographie n’a pas peur de l’intime, les mémoires sont plutôt centrées sur la société et la politique. L’autobiographie ce sont Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, les mémoires, ce sont les Mémoires de Guerre de Charles de Gaulle.

Après ce développement, je m’apprête à reprendre mon cours, mais une élève prend la parole, honnête.

— Monsieur, c’est qui Charles de Gaulle ? 

— C’est pas un architecte, a proposé son voisin, le mec qui a fait l’aéroport ?

 Mardi

Jour de brevet blanc. Je dois surveiller la bonne passation de l’épreuve d’histoire géographie.

Après quelques questions sur une affiche de propagande stalinienne, les élèves sont amenés, en géographie, à placer sur une carte de France, le nom des quatre mers et océans qui bordent  le pays. Une jeune fille a placé la mer noire à la place de l’Allemagne. Une autre a proposé « Océan Pacifique » à l’emplacement de la Belgique.

En réfléchissant à ces perles, je me suis dit que les choses étaient logiques : la seule carte de France que j’ai vue affichée en permanence dans une salle se trouve dans la classe des élèves non francophones, qui ne passent pas le brevet.

Jeudi

Jour normalement férié. Trois heures de travail à la maison.

Vendredi

Un problème familial m’oblige à rester chez moi aujourd’hui. J’appelle le collège pour prévenir de mon absence. Un contrôle était prévu avec une de mes classes. Je demande à l’équipe de vie scolaire s’il est possible que je leur envoie ce contrôle par courriel. Ainsi, les élèves seraient occupés pendant une heure et la mission de faire travailler les élèves coûte que coûte est maintenue. La réponse n’a pas été à la hauteur de mon engagement : « Je vais voir ce que je peux faire ». 

J’ignore toujours si le contrôle a eu lieu.

Christophe Bérurier

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Christophe Berurier

Christophe Berurier est professeur. Il aime les mots et le vélo.