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Le livre de Charles-Eloi Vial publié aux éditions Perrin montre que la cour de France, loin de mourir avec l’Ancien Régime, a survécu tout au long du XIXème siècle.

Dire d’un livre d’histoire qu’il fourmille de détails bibliographiques et qu’il a nécessité un impressionnant travail d’archives ne fait pas rêver le chaland. Et pourtant ! Charles-Eloi Vial, conservateur à la BNF, a épluché des milliers de journaux, factures, registres, lettres, manuscrits et autres ordonnances royales pour écrire cette oeuvre qui se lit avec délectation. A en croire l’historiographie, la cour royale n’est en effet pas un sujet d’étude qui a inspiré beaucoup d’auteurs, au point d’évoquer un « inpensé » voire un oubli dans la compréhension politique et culturelle de la France. 

A travers cette fresque qui s’étend de 1789 jusqu’en 1870 et l’effondrement du Second empire, l’auteur bat en brèche les différents clichés véhiculés depuis la Révolution sur la cour. Si les abus sont exposés, Vial démontre également l’influence des courtisans sur les monarques ainsi que leur fidélité parfois jusqu’au-boutiste (on pense ici à ceux qui accompagnèrent Louis XVI jusqu’à la fin, ou bien cette cour « parallèle » formée par les émigrés autour des rois exilés). Et bien sûr, plane au-dessus de ces têtes poudrées et couronnées, l’ombre d’un diable boiteux, celle de Talleyrand … 

Comprendre la cour, comprendre la France

Elle a été conservatrice sous Louis XVI, puis jugée arriviste sous Napoléon Ier, puis « petite-bourgeoise » sous Louis-Philippe mais il suffit de relire La Comédie humaine pour s’apercevoir qu’elle a aussi été le miroir des tumultes de la société

A l’heure où les parlementaires sont sans cesse épinglés pour leur train de vie, il est difficile de vanter les fastes de la cour. Ici comme ailleurs, il faut se garder des anachronismes, et saisir l’importance de ce luxe qui n’est autre, de Louis XIV à Napoléon Ier, un moyen de symboliser leur puissance aux yeux des autres souverains européens. L’auteur le résume parfaitement p. 306 : « La cour avait toujours été, au Moyen Âge comme sous l’Ancien Régime, le miroir de la puissance royale. Il s’agissait du plus important lieu de pouvoir du royaume, celui d’où le roi dirigeait l’Etat, entouré de ses ministres et de ses conseillers. Cette tradition avait été reprise par Napoléon, qui avait littéralement administré toute l’Europe depuis les Tuileries ». 

C’est tout le sens de cette magistrale étude : les régimes, les rois, les empereurs se sont succédé, mais la cour est restée. Elle a été conservatrice sous Louis XVI, puis jugée arriviste sous Napoléon Ier, puis « petite-bourgeoise » sous Louis-Philippe mais il suffit de relire La Comédie humaine pour s’apercevoir qu’elle a aussi été le miroir des tumultes de la société ; tout comme il suffit d’ouvrir les journaux pour comprendre que bien des courtisans paradent encore dans les sphères du pouvoir …

Il faut donc impérativement lire Les Derniers feux de la monarchie pour le style plaisant de son auteur et la richesse de sa documentation. Ces dîners royaux auxquels les courtisans assistaient silencieusement, ces passages en revue de l’Empereur et ces fêtes somptueuses aux Tuileries n’appartiennent pas qu’à l’Histoire. Ils constituent une mémoire vivante pour chaque français.

 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.