Cette Histoire des droites en France (de 1815 à nos jours) parue chez Perrin tombe à point nommé pour analyser la déroute de la droite aux dernières élections présidentielles. 

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Pour analyser les droites en France, René Rémond avait dégagé trois tendances majeures : les orléanistes libéraux, les bonapartistes partisans du plébiscite du chef et d’un Etat fort et les légitimistes, nostalgiques de l’Ancien régime. Cette tripartition des droites se traduisait donc par la création de l’UDF, parti des libertés économiques, le RPR de tradition gaulliste et le Front national. Nous résumons ici bien schématiquement le grand livre de Rémond pour indiquer que selon Gilles Richard, auteur de cette nouvelle Histoire des droites en France, cette classification est sinon dépassée, du moins insuffisante pour saisir la pluralité idéologique qui anime les droites depuis les lendemains de la Révolution française. 

« L’avènement du gaulliste s’est conjugué avec l’essor du libéralisme avec, en creux, les prémices de l’affrontement entre de Gaulle et Pompidou. Entre l’étatisme et le libéralisme ». 

Dans un premier temps, l’historien montre que les droites ont d’abord dû s’adapter à la République jusqu’à la crise boulangiste qui fit voler en éclat le parti républicain. Puis, Richard revient sur les deux conflits mondiaux qui ont surtout marqué l’impossibilité d’une union nationale, avec un homme qui traverse cette période et également objet d’une récente biographie de Georges Valance : Poincaré. Comme un écho au disloquement des droites d’aujourd’hui, ce dernier n’a pas su, ou n’a pas pu, créer l’union des droites comme le prouve l’échec aux législatives du 10 mai 1914. A l’issue de la Deuxième guerre mondiale, l’avènement du gaulliste s’est conjugué avec l’essor du libéralisme avec, en creux, les prémices de l’affrontement entre de Gaulle et Pompidou. Entre l’étatisme et le libéralisme. 

L’impossible union des droites ?

« Que de temps perdu pour l’action », s’est lamenté Poincaré en 1916, comme le rapporte Georges Valance. En 2017, force est de constater que la fusion des droites n’est plus à l’ordre du jour. L’UMP, qui a tenté de souder une nouvelle fois les libéraux et les « gaullistes », a été un tremplin pour Nicolas Sarkozy qui a su faire une improbable synthèse entre l’atlantisme assumé et un discours musclé sur les questions régaliennes. Mais le vernis a fini par craquer. Le décor est tombé.

Charles Pasqua avait coutume de dire : « L’UDF amène les élus, le RPR les électeurs ». 

Une décennie plus tard, les « orléanistes » quittent un à un la droite pour rejoindre Emmanuel Macron qui a compris, bien avant les autres, que le libéralisme est une valeur constitutive de la gauche. La nomination d’Edouard Philippe, ancien rocardien puis juppéiste, traduit à merveille ce retour des libéraux dans la grande maison du Progrès. 

Charles Pasqua avait coutume de dire : « L’UDF amène les élus, le RPR les électeurs ». L’ancien parti giscardien à présent en marche n’est que l’illustration de ce divorce prévisible entre deux familles aux intérêts divergents. Le mouvement « dextrogyre », selon l’expression de Guillaume Bernard, qui ramène la droite vers davantage de conservatisme, sera certainement l’élément moteur de cette recomposition politique à l’oeuvre. 

Le grand drame du gaullisme est par conséquent de ne pas pouvoir vivre sans de Gaulle. « La droite compte, mais ne pense pas », comme l’affirme Patrick Buisson. François Baroin, promu chef de file des Républicains, a-t-il une certaine idée de la France ? Rien n’est moins sûr. Le temps perdu pour l’action regretté par Poincaré s’est mué en tragédie. 

Liens 

Histoire des droites en France, sur le site des éditions Perrin

Poincaré, sur le site des éditions Perrin

Cette guerre à droite qui aura bien lieu 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.