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La nouvelle est tombée en début de soirée. Rocambolesque, inimaginable, irrespirable. Suffisamment terrible pour que le président de la République reporte une allocution très attendue et potentiellement décisive pour la suite de son mandat.

Notre-Dame, l’antre de Paris, le cœur névralgique de la foi catholique, notre alpha et oméga à tous, dévastée par les flammes. Un sinistre d’une folle intensité, circonscrit après plusieurs heures d’une lutte intense, survenu au début de la Semaine sainte et dans un contexte de forte recrudescence des actes de vandalisme perpétrés à l’endroit des lieux saints, ce qui amène inévitablement des questions dont il faut souhaiter que l’enquête – qui s’oriente plutôt vers un événement d’origine accidentelle – y réponde.

Terribles images que celles de cet illustre symbole d’espérance qui se transforme en torche et perd sa flèche sous les yeux ébahis et les cris de milliers de badauds. Insoutenable « spectacle » que celui du monument le plus visité de l’Europe, colosse chargé de 850 années d’histoire, partiellement détruit par un banal incendie. Après avoir survécu à une Révolution, à la Commune, à deux guerres mondiales.

Outre la flèche, une grande partie de la voûte a été détruite et il est acquis que des œuvres ont été perdues à jamais. Il subsiste aussi, à ce stade, de vives inquiétudes quant à l’état général de la structure, aux vitraux et aux orgues, en particulier le plus grand d’entre eux, construit à partir du XVème siècle. Nul ne sait dans l’immédiat dans quel état il se trouve désormais et dans quelle mesure ses cinq claviers, ses 109 jeux et ses près de 8 000 tuyaux ont été endommagés.

Des pompiers héroïques

« Nous la rebâtirons », a lancé Emmanuel Macron, solennel et manifestement conscient de l’ampleur du drame.

L’émotion est internationale et la solidarité s’organise. Les familles Arnault (LVMH) et Pinault (Kering) ont annoncé tôt ce matin avoir débloqué respectivement 200 et 100 M€ pour financer une partie des travaux de reconstruction et la Fondation du Patrimoine s’apprête à lancer une « collecte nationale ». Gageons que celle-ci suscitera un écho considérable, aussi sûrement que les appels aux dons lancés ces dernières années pour rénover Notre-Dame avaient suscité une indifférence certaine.

« Nous la rebâtirons », a lancé Emmanuel Macron, solennel et manifestement conscient de l’ampleur du drame. Un drame qui nécessitera quatre décennies de travaux pour restaurer tout ce qui a été emporté par le feu, ce qui suppose que seuls les plus jeunes reverront la cathédrale aussi belle qu’elle ne le fut.

L’incendie de Notre-Dame, à l’origine de dégâts insupportables, constitue le point d’orgue d’une décennie noire pour Paris, endeuillée par les attentats en novembre 2015 et en proie depuis de longues semaines à des dégradations hebdomadaires. Il résonne aussi comme le symbole d’une civilisation aujourd’hui en danger et témoigne de la fragilité de tout. Il nous montre que rien n’est indestructible, que les points de repères, fussent-ils presque aussi vieux que le monde, peuvent eux aussi, sinon s’écrouler, en tous les cas être ébranlés.

Grâce à l’extrême bravoure des soldats du feu, héros dans la plus pure acception du terme, qui se sont battus sous la menace de la mort et avec une pression populaire incommensurable, les deux tours sont toujours debout. Un miracle. Les Parisiens, les Français, l’humanité leur sont redevables.

Notre honneur consiste désormais à mettre la main au porte-monnaie, loin des griefs, de tous les petits différends, du rejet automatique de tout ce qui a trait au religieux.

Notre-Dame le mérite.

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.