share on:

Espérait-il le beurre et l’argent du beurre bio ? Non seulement s’allier aux socialistes pour intégrer le gouvernement, mais en plus leur imposer leurs vues ? Ce ne sont plus des couleuvres, ce sont des boas constrictors que les écologistes avalent…

Petit retour en arrière : EELV et le tout-puissant Parti socialiste ont paraphé un accord fin 2011. Un texte plutôt bancal, concocté par Martine Aubry et Cécile Duflot, consacrant notamment un désaccord insurmontable sur l’avenir du nucléaire français et dont se sont démarqués aussi bien François Hollande que son homologue verte à l’élection présidentielle Eva Joly. Le chantier du réacteur EPR de Flamanville (Manche), objet de nombreux retards et synonyme de gouffre financier aux yeux de la formation écologiste, a été maintenu par le parti de la rose. Tout juste ce dernier s’est-il engagé à ramener la part de l’atome civil dans le bouquet énergétique français de 75 à 50 % à l’horizon 2025, ce qui suppose de coûteuses fermetures de centrales – reste à déterminer lesquelles -, et à stopper les activités de la très controversée unité de Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne du parc nucléaire national, d’ici la fin du quinquennat.

Sauf qu’à ce stade, quand bien même ce dernier engagement a été confirmé à plusieurs reprises par le chef de l’Etat, on ignore toujours comment sera compensée la perte de production électrique. Le flou subsiste aussi quant au coût de la mise hors service de Fessenheim, qui doit de surcroît faire l’objet de travaux de rénovation susceptibles de dépasser les 100 millions d’euros. Il reste que cette fermeture, véritable déchirure pour les employés et la majorité des riverains, lesquels n’ont de cesse de vanter la sûreté de la structure alsacienne, néanmoins construite en bordure du Grand canal d’Alsace et sur une zone sismique, était une revendication majeure des ONG et d’EELV. Sans doute fallait-il bien leur donner un os à ronger…

L’autre Larzac dans la banlieue de Nantes

Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), ce « Larzac du XXIe siècle », est un autre désaccord majeur entre socialistes et écologistes. Défendu bec et ongles par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, soutenu également par l’UMP, il est la quintessence même de l’inutilité pour les responsables écologistes (mais aussi pour le Front de Gauche), inquiets des répercussions de la construction d’une nouvelle plate-forme pour la biodiversité, préoccupés par l’augmentation inévitable des rejets de gaz à effet de serre, révoltés par les expropriations de terre et selon lesquels l’actuel aéroport de Nantes est déjà largement suffisant, même si plusieurs sources fiables soutiennent qu’il arrivera bientôt à saturation. Les récalcitrants s’accrochent, campent sur leurs positions et campent tout court sur place, dans des abris de fortune. Le Père Fouettard Manuel Valls, lui, dépêche policiers et gendarmes pour des expulsions manu militari assez éloignées des us socialistes.

Moins « borderline » que les « FEMEN » d’un autre Notre-Dame, les opposants, squatteurs et/ou manifestants, constituent un étonnant agrégat d’agriculteurs, d’élus, de riverains et de touristes à la détermination impressionnante et qui a finalement contraint les socialistes à rouvrir le dialogue, avec en toile de fond une impopularité croissante des deux têtes de l’exécutif. Finiront-ils par renoncer au projet, porté par le groupe VINCI et qui sert les intérêts d’Airbus (le futur aéroport pourra en effet accueillir des A380) ?

A l’inverse, rouvriront-ils le volcanique dossier des gaz de schiste ? Rappelons que les élus socialistes et écologistes n’ont pas voté la loi Jacob, laquelle interdit la fracturation hydraulique et a été adoptée durant l’été 2011, l’estimant insuffisante. A l’époque, les parlementaires PS prônaient une interdiction pure et simple de l’exploration et a fortiori de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère (gaz, huiles et pétroles de schiste) au nom du principe de précaution, mais les temps ont bien changé…

Mariage de raison

Car si François Hollande n’a pas souhaité revenir sur la proscription de la fracturation hydraulique, des dizaines de permis d’exploration demeurent autorisés, tandis que se poursuit la recherche de méthodes d’extraction alternatives, comprenez théoriquement plus respectueuses de l’environnement et des hommes. En l’état actuel, Total et consorts ont encore de bonnes raisons d’espérer. Les écologistes le savent et les divergences de vue au sein même du gouvernement, en particulier entre la ministre de l’Ecologie Delphine Batho et son inénarrable collègue du Redressement productif Arnaud Montebourg, témoignent d’une ligne de conduite qui peut radicalement changer. A plus forte raison dans un contexte économique plus que difficile, sachant qu’exploiter le fort potentiel schisteux permettrait d’engranger d’importants profits, génèrerait des milliers d’emplois et permettrait de se rapprocher de la sacro-sainte indépendance énergétique.

On rappellera également le limogeage sans ménagement de Nicole Bricq, éphémère ministre de l’Ecologie appréciée des écologistes, notamment pour sa bonne connaissance des dossiers, coupable en milieu d’année dernière d’avoir annoncé à tort la suspension des opérations de prospection de Shell au large de la Guyane. Impossible enfin d’occulter l’épisode du traité européen, signé par les socialistes, mais contraire à l’idée que leurs alliés, de plus en plus encombrants, se font du Vieux Continent. Une fois de plus, ces derniers se sont dissociés du parti de la rose. Dans le sillage de ce refus abondamment commenté, Cécile Duflot, ci-devant Secrétaire nationale d’EELV désormais en charge du Logement (NDLR : l’une des deux ministres écologistes du gouvernement avec son transparent condisciple Pascal Canfin, délégué au Développement), a eu toutes les peines du monde à justifier le souhait des responsables du parti de ne pas quitter le navire.

Ainsi les pommes de discorde, pourtant nombreuses et portant sur des sujets essentiels, ne suffiraient-elles pas à entamer la volonté – certes politiquement et électoralement fondée – des écologistes de poursuivre l’aventure. Entre la défense de leurs convictions et la nécessité d’exister sur la scène politique, ils ont semble-t-il fait leur choix. Un choix qui suppose avanies, avoinées publiques et qui tend à les discréditer. Les mauvaises langues diront qu’en la matière, ils avaient déjà fait leurs preuves en ayant choisi Eva dans le mur végétal pour les représenter lors du scrutin présidentiel.

Guillaume DUHAMEL

 

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.