share on:

Fort d’une réflexion sur l’Ukraine en mars dernier, le Nouveau Cénacle était cependant resté muet sur la question russe. Mais les mois ont passé et le temps est sans doute venu de briser les discours réchauffés de nos médias traditionnalistes, inféodés aux discours officiels américains, qui nous le savons tous, sont toujours fiables et honnêtes.

L’annonce par Vladimir d’un embargo sur les produits agroalimentaires européens et américains alimente sans doute une tension entre Russes et Américains qui, comme par hasard, déteint sur l’Union européenne, et particulièrement sur notre pauvre pays. Dès lors, Poutine est il le nouveau Saddam Hussein ? Est-il l’homme à abattre au nom d’une démocratie totalitaire et d’un droit international pourtant bafoué de nombreuses fois par ses plus ardents défenseurs ? Au delà de ces questions, qui à la limite ne concernent pas réellement l’agriculteur français, il faut s’interroger sur la pertinence des sanctions prises contre la Russie, quand on connaît les retombées potentielles de l’embargo sur la France et sur son économie.

La magie américaine : effacer la mémoire collective

À en croire le Secrétaire d’État américain John Kerry, la CIA aurait des preuves du tir du missile par les forces armées en zone pro-russe: le voilà donc en sinécure!
Sommes-nous devenus bêtes au point de croire en ceux qui par le passé n’ont eu de cesse de nous mentir ?

En 2003 déjà, l’inflexible homme d’honneur Colin Powell avait lui même, sous la contrainte du buissonneux G.W. Bush, menti ouvertement en pleine session de l’ONU; expliquant ainsi à l’auditoire mondial que l’Irak détenait des armes de destruction massive, alors qu’il n’en était rien.
L’administration américaine avait sans nul doute possible compris quelque chose au pétrole, trop peu aux forces et convergences du Moyen-Orient.
La France quant à elle, avec ce qui lui restait comme moyens militaires (si l’on peut appeler cela des moyens), pouvait (et peut encore) se targuer d’avoir eu la possibilité technique et logistique de prouver que l’administration américaine nous mentait, oserait-on dire, une fois de plus.

Bien qu’ Obama et son administration n’étaient pas en situation de responsabilités en ce temps là et ne soient pas condamnables pour les errance du Bushisme, force est de constater que les administrations se suivent et se ressemblent en ce qui concerne la politique extérieure de ce pays.
Si les hommes changent, les intérêts restent les mêmes : balance commerciale extérieure ; interventions militaires dans le monde entier, puissance du dollar… L’hégémonie américaine résulte avant tout de l’armada diplomatique dont ce pays disposent. Les soft  et hard power sont devenus les armes: « Read between the pipelines » (Slogan anti-américanisme américain), soit « Lisez entre les pipelines »
Il n’y a pas de reproche à faire ou de jugement moral à émettre (le sentimentalisme étant sans doute l’argument du pauvre d’esprit), mais une fois que vous avez compris que l’intérêt principal américain, c’est le dollar, vous avez accompli un grand pas vers l’accès à l’indépendance d’esprit.
Sans doute, Obama et son administration espèrent de cet embargo un retournement des pays de l’UE vers les États-Unis, retournement commercial qui serait financé, bien évidemment… en Dollars.

La France et les euromontrances

Et voilà donc Obama sommant l’Europe d’émettre de nouvelles vagues de protestations et de préparer des sanctions contre la Russie. Car la Russie c’est le mal : n’oublions surtout pas qu’ils ont été soviétiques. N’oublions pas que c’est un pays qui ne doit surtout pas réussir, pas après la victoire américaine en 1991. Ce pays ne doit pas se reconstruire, au risque de voir réapparaître le spectre du concurrent européen: le leadership mondial ne peut être partagé.

Poutine agit sans doute en véritable patriote cherchant à rétablir un projet d’Union Eurasiatique, sorte de pendant à l’Union Européenne  originelle teintée d’une forme d’autarcie.  Loin du Cénacle l’idée d’approuver totalement la politique de Poutine (qui sommes-nous pour juger?), sans doute risquée pour la Russie (tout en étant potentiellement salvatrice), mais son attitude à l’égard du droit international, qu’il interprète à sa manière, révèle avant tout son souci de préserver les intérêts nationaux de son pays. Pourquoi lui reprocher cela ?

La question du MH17, cet avion civil abattu au dessus de l’Ukraine devrait amener l’ensemble de la communauté internationale à la plus grande prudence. Cette tragédie doit être impérativement éclaircie. Si un jour enquête il y a (c’est-à-dire quand les hostilités sont terminées), elle sera longue et complexe. Bien loin donc de la pseudo-conclusion fast-proof livrée trois jours après le crash par l’administration Obama.

Faut-il que seul Jacques Sapir, économiste de l’EHESS, donne à cette France si bien éclairée des informations dont aucun média n’ose communiquer ?
Les analystes de la CIA décident d’aller à l’encontre de leur propre gouvernement dans un mémorandum publié le 29 Juillet 2014 en expliquant très clairement leurs doutes et leur désunion d’une administration qui ne cesse de désinformer sa population et la population mondiale.
Les images satellites de la CIA révèlent l’emplacement du tir du missile en zone pro-ukrainienne, missile tiré par des hommes en uniformes ukrainiens. Il est possible (soulignons le) que ce tir ait pu être perpétré par des forces pro-russes sous couvert d’uniformes ukrainiens en zone ukrainienne. Mais en l’absence de certitude, la prudence devrait être le premier principe de tout chef d’État éclairé.

Là où la France a tout intérêt à tirer (enfin dirait-on !) son épingle du jeu en se proposant d’être le médiateur d’un conflit sans queue ni tête, notre gouvernement se cale sur la position américaine alors qu’il a (vraisemblablement) les moyens de prendre ses distances et de faire sa propre analyse. À l’image donc de 2003 où les avions de reconnaissance ainsi que le réseau satellitaire français avaient donné à Dominique De Villepin (alors ambassadeur de France à l’ONU) les preuves du mensonge de l’administration Bush. Nos techniciens militaires sont-ils en vacances? Ou bien a-t-on omis de diligenter une enquête à ce sujet?

La glose journalistique à l’égard du MH17 est nauséabonde, tant elle formate l’opinion française contre une Russie déjà si peu considérée par nous, occidentaux: le pouvoir de l’opinion est révulsant. Le pouvoir des médias, révoltant.
Et c’est sans doute omettre le partenariat millénaire entre la France et la Russie et les accords commerciaux qui perdurent depuis la chute de l’Union Soviétique.

L’embargo russe ou la guerre déjà perdue des chiffres

Car après le décret de l’embargo par Poutine sur une palette de produits européens, vient une question pour la France :

François Hollande et son armée d’énarques auraient-ils déjà oublié des règles basiques de calcul mental ? La Russie exporte principalement des matières premières avec l’Allemagne (loin devant la France et l’Italie) et importe énormément de l’Union Européenne, à hauteur de 20 Milliards d’euros par an, alors que son PIB s’élève à 1500 milliards d’euros. Nous y sommes donc gagnants sur le plan commercial puisque la France a encore une relative dépendance énergétique (jusqu’à ce que Fessenheim soit fermée).

Partenaire depuis 1997 de l’Union Européenne, les crises Russo-ukrainiennes de 2006 et 2009 avaient déjà mis en avant la dépendance énergétique de l’Allemagne vis-à-vis de la Russie, et donc à de moindres proportions, de la France et de l’Italie.
C’est au niveau des exportations françaises que la situation devient préoccupante. L’arme de l’embargo n’est pas nouvelle, et fut souvent utilisée par les Russes. Aujourd’hui, la FNSEA tire la sonnette d’alarme quelques jours seulement après le décret russe : c’est pour plus d’un milliard d’euros de produits agroalimentaires que nous sommes perdants. Sans compter les marchés florissants du luxe, du vin, du champagne, des automobiles en Russie. C’est donc d’un marché important dont nous nous privons, alors que notre croissance stagne à 0,5%.

Soyons donc rassurés, car nous aurons encore plus de chômage, plus de faillites, le tout sclérosé par un marasme économique sans doute aggravé, mais au moins, notre bonne conscience sera sauve.
Monsieur le Président, vous avez envoyé une boulette de papier à la Russie, peut-être allons nous prendre un rocher en pleine figure? Mais au moins, nous direz vous devant des millions de français las de votre communication dont vous n’êtes vous mêmes plus convaincu, « Nous aurons tenté ». C’est une efficacité dont beaucoup (votre serviteur inclus) peinent à saisir les tenants.

Exemples:

 – Stéphane Le Foll annonce une réunion, puis un « conseil informel si nécessaire » au niveau de l’Union Européenne. Encore une procédure longue et ennuyeuse, inefficace, alors qu’il y a urgence à rétablir des liens économiques avec la Russie. Car l’économie, même si elle n’est pas une fin en soi, est une condition nécessaire et non suffisante pour réaliser les grands projets sociétaux, les grandes réformes et faire en sorte que votre pays aille de l’avant.
Non, la finance et les marchés ne doivent pas être nos seuls moteurs, mais ils en font partie. Et quand ceux-ci tombent en panne, c’est le château de cartes qui s’écroule.

 – Bruxelles envisage une plainte devant l’OMC et Paris demandera à Bruxelles des indemnisations : cette union si lâche n’a sans doute pas les attributs pour tenir ses engagements, à tel point qu’elle ira se répandre en excuses et en ridicule devant une organisation mondiale du commerce impuissante, voire amusée, qui lui expliquera, à juste titre, que Bruxelles a suivi les Etats-Unis dans leur désir de sanctionner la Russie. Qui sème le vent récolte le dollar?

Quant à la France, elle poursuit son inexorable chute et sa relégation dans une catégorie de sous-Nation, de sous-État, énième lieutenant des Etats-Unis qui n’ont que faire de ce pauvre pays « mort en 1940 » (Roosevelt) . Vivement qu’elle atteigne le fond, elle pourra envisager d’atteindre un jour la surface.
Car oui, la France ne peut être la France sans la grandeur. Désormais elle coule au plus profond des abysses, demeurant écrasée par une finance mondiale qui refuse encore et toujours de se réformer, n’apprenant rien du passé. Une France noyée dans une Europe, qui comme l’expliquait Charles de Gaulle, est « Une Europe sans rivages, une Europe américaine, une Europe sans âme » (C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte).

Soit, une France qui n’est plus la France, une France vide, une France morte.

Henry Wotton

 

Rédaction

Rédaction

Rédacteur depuis Mars 2014