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Béatifiée en 2003 puis canonisée le 4 septembre dernier par le pape François, Mère Teresa aura incontestablement marqué le XXème siècle. Les éditions du Cerf publient à ce propos « Mère Teresa inconnue », un livre qui retrace la vie de la désormais sainte de Calcutta. 

Puisque Mère Teresa (1970-1997) ne voulait pas d’une biographie de son vivant (« Même Jésus n’en a pas eu ! » ne cessait-elle de le répéter), Sudeb Roy Chowdhury a attendu la disparition de « Mère » pour revenir sur ce destin hors du commun, en choisissant non pas le chemin biographique traditionnel mais celui du recueil de témoignages de celles et ceux qui se souviennent de ce petit bout de femme qui a consacré sa vie aux pauvres et aux malades.

Née à Skopje (en Macédoine), elle reçoit le baptême ainsi qu’une éducation religieuse avant de rejoindre Dublin puis de partir pour l’Inde en 1928, répondant ainsi à un appel intérieur l’invitant à consacrer sa vie aux plus démunis, dans une région divisée en castes où règne la pauvreté extrême. Par ailleurs, c’est également un endroit où la figure du Christ n’est pas la plus connue … Choisissant de porter le sari comme les femmes les plus indigentes du pays, elle apprend très vite le bengali pour mieux entrer en contact avec les oubliés, les nécessiteux, les exclus.

Mère Teresa et le chemin de la sainteté

De dispensaires en écoles, elle se démène dès l’aube pour recueillir lépreux et affamés, en affirmant sans relâche : « Dans chaque personne je vois Jésus. Lorsque je nourris les affamés, je nourris Jésus. (…) On ne saurait décrire la joie que cela procure. Il faut l’éprouver » (p.86). Ne faisant aucune distinction entre les hommes et les femmes ou entre les hindous ou les musulmans, Mère Teresa se démène pour trouver des fonds sans jamais désespérer afin d’aider pour servir le Christ. Une subtilité qui n’est pas neutre.

L’auteur rappelle justement page 107 : « Mère ne veut pas que les soeurs ne soient que des travailleuses sociales. Leur vie de service ne prend tout son sens que si elle est ancrée dans la prière », ce qui fait écho aux paroles du pape François lors de sa première messe, selon qui l’Eglise « n’est qu’une ONG » lorsqu’elle ne suit pas le message du Christ. C’est peut-être ce qui étonne encore quelques plumes douteuses qui geignaient récemment sur les prises de position de Mère Teresa concernant l’IVG … Oui, ô surprise, elle était catholique ! Preuve s’il en est que le message de la sainte demeure toujours aussi actuel.

Mère Teresa : « Ici, il suffit de tendre une assiette de nourriture à un homme affamé. Est-ce aussi facile d’offrir à quelqu’un une assiette remplie d’amour ? ».

Ce ramassis d’articles mensongers parus dans certains médias que nous ne citerons pas – attendant évidemment le jour de la canonisation pour, malgré tout, profiter du buzz – ne laisseront aucune trace, car telle est la finalité des ordures, surtout lorsqu’elles sont déversées sur la tombe d’une sainte. A l’inverse, le sourire de Mère Teresa nous rappellera pour l’éternité que le XXe siècle n’a pas été si sombre et qu’il a vu naître, aussi, de belles personnes imprégnées d’Esprit Saint.

L’occident et l’amour

Il est vrai que la misère hélas ne manque pas dans le monde, alors pourquoi l’Inde ? Mère Teresa fait à ce propos cette confidence à l’auteur (p.197) : « Des pauvres, il y en a dans tous les pays, n’est-ce pas ? Cependant, les problèmes ne paraissent pas sous le même jour. Ici les gens meurent de faim. En Occident, ils ont faim d’amour et d’attention. La solitude est une vraie malédiction dans votre pays. Nos besoins sont physiques, les vôtres sont mentaux. (…) Ici, il suffit de tendre une assiette de nourriture à un homme affamé. Est-ce aussi facile d’offrir à quelqu’un une assiette remplie d’amour ? ».

Il suffit de penser à la détresse d’un occidental d’aujourd’hui, n’ayant que la télévision pour référent intellectuel et Tinder pour valeur sentimentale pour mesurer combien notre société matérialiste est plongée elle aussi dans une autre forme de misère. Heureusement, nous apprenons tout au long de la lecture de ce livre que c’est en aidant les pauvres de Calcutta que Mère Teresa envoie son amour partout dans le monde. Une bien maigre consolation diront les uns, un motif d’espérance pour ce qu’il reste de notre humanité diront les autres.

Loin d’être une directrice médiatique d’une ONG planétaire, recevant ses prix et collectant l’argent, Mère Teresa était avant tout une ambassadrice exigeante du Christ. Sa canonisation, trop rapide selon certains, par un pape en lutte contre « l’idole argent » prend par conséquent tout son sens, à l’heure où la mondialisation et le relativisme créent des ravages inconsidérés à l’échelle mondiale.

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.