Anis, ce jeune peintre du street-art cultive avec passion son art au coeur de grands terrains vagues.
« Dans ces espaces, on est apaisé intérieurement, on se sent hors du temps ! » dit-il à qui veut l’entendre.
Tout cela participe, en fait, à son attrait quasi frénétique, pour le monde végétal.
C’est pourquoi dans son univers, rien d’étonnant d’y découvrir énormément d’arbres et de fleurs. Mais l’artiste n’oublie pas de signifier également le vivant par la présence d’animaux ou d’enfants.
L’attrait du monde végétal
La peinture du paysage semble un genre un peu désuet pour un esprit du XXIe siècle, et pourtant ce street-artiste n’hésite pas d’utiliser abondamment le thème pastoral par l’omniprésence du végétal dans ses créations.
Comme une pastorale thérapeutique pour des citadins en quête d’évasion, dans un endroit que l’on considère avec nostalgie et où l’on suppose qu’on y vit mieux qu’en ville ? En réalité l’artiste transforme sciemment tous ces éléments naturels en paysage poétique, modifiant le spectacle réel, en attribuant à la nature ses propres sentiments.
« Essayez de penser à l’espace comme à quelque chose de réel. Comme à un ami (…), comme à un son en quête d’une voix. L’espace est ce qui fait vivre le matériau (…) La façon dont on manipule dit « tout. » écrivait déjà Vija Celmins, un autre artiste adepte du retour au paysage.
Effectivement Anis possède lui aussi une technique très élaborée lui permettant de traduire poétiquement tout ce monde végétal.
Chargé de beauté et de nostalgie, il devient sous son pinceau et par la bombe l’endroit privilégié où se manifeste un désir puissant le poussant à un certain lyrisme : celui de retrouver l’innocence perdue, celui de l’enfance en particulier.
Ainsi, dans cette œuvre, la balançoire, va lui permettre notamment de concrétiser avec beaucoup de justesse ce désir en reliant l’enfant à une branche d’un arbre. De la même façon, l’artiste essayera toujours de renouer quelque chose avec le monde naturel pour combler un sentiment de manque ou d’inachèvement.
Cela participe bien évidemment à son besoin d’inventer un monde.
Inventer un monde
Anis fait partie de ces artistes qui participent à cette fronde contre le platonisme en peinture. Il fuit l’abstraction et les modèles de la raison pour suivre uniquement son inspiration.
Il part pour cela toujours de la couleur, qui possède des valeurs créatrices. Ainsi l’on comprend mieux dès lors que l’ambiance générale de ses créations soit souvent d’origine impressionniste.
A ce titre, sa technique de l’aquarelle l’aide beaucoup à inaugurer son monde. En pigmentant très fortement l’acrylique avec de l’eau pour la diluer au maximum, cela va lui permettre de créer des compositions exceptionnellement riches.
Le résultat est souvent bluffant: les taches de couleur vont danser librement dans chacune de ses compositions et créer presque des accords musicaux.
On y découvre un côté enchanteur avec toutes ces couleurs et tous ces tons qui semblent se répondre mutuellement : les turquoises, les roses, les jaunes , les rouges..
L’artiste est en quête d’accord. A la recherche, comme un certain W. Amadeus Mozart qui recherchait deux notes qui s’aiment !
Pour Anis, chaque chose se parle: le végétal et le vivant, l’animal et l’humain, on peut y voir comme un chemin de vie.
La musique et la danse
Indéniablement, l’élément musical et la danse y jouent un rôle prépondérant.
La couleur n’est pas seulement utilisée comme un nuage expressif mais aussi comme une forme picturale autonome.
On a l’impression parfois que les formes chromatiques, jouent entre elles, un véritable jeu de cache cache, apparaissant et disparaissant successivement avec des figures très diverses.
Alternant ainsi des accords chauds et froids avec des formes légères ou lourdes comme le résultat d’une symphonie composant les contrepoints d’un grand raffinement!
Assurément Anis est un grand rêveur, un vrai contemplatif, car les choses qu’il crée illustrent parfaitement les harmonies qu’il décèle en toute chose.
Christian Schmitt

