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Alors que les attentats islamistes sont devenus monnaie courante en Europe, leur couverture par les médias français dits « mainstream » a de quoi susciter bien des interrogations.

 Barack Obama aurait-il donné le ton ? Tout au long de son second mandat, largement dominé sur le plan extérieur par l’interminable guerre en Syrie, durant laquelle la diplomatie américaine a largement failli, entre méconnaissance flagrante des enjeux locaux et absence de leadership, le prédécesseur de Donald Trump a mis un point d’honneur à ne jamais employer les termes « islam radical », « islamiste » et « djihadiste ».

D’après un article de Slate publié en février 2015 et qui faisait écho aux propos de Manuel Valls – lequel était alors locataire de Matignon et avait déclaré à l’Assemblée Nationale qu’« il (fallait) toujours dire les choses clairement », à savoir que « la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical » -, la rhétorique de l’ancien chef de l’exécutif américain, quoique d’une prudence extrêmement contestable, correspondait à des choix politiques.

« Dénoncer les attentats perpétrés par Daech, Al-Qaïda ou Boko Haram sans jamais utiliser les trois termes précités, comme s’ils étaient tabous, relève pourtant, plus encore que de la prouesse, d’une profonde malhonnêteté intellectuelle ».

Et le site créé par Jean-Marie Colombani d’avancer : « La position défendue à plusieurs reprises par la Maison Blanche est que les terroristes utilisent la religion dans leur justification de la violence, mais que, comme il s’agit d’une vision déformée de la religion, ce serait tomber dans leur piège que de lier ces actes à la religion en parlant d’islamisme, de djihadisme ou d’islam radical. »

Cinq ans plus tôt, l’ancien président de la CIA John Brennan expliquait pour sa part : « Nous ne décrivons pas nos ennemis comme des djihadistes ou des islamistes car le djihad est un combat sacré, un principe légitime de l’islam, qui signifie se purifier ou purifier sa communauté, et il n’y a rien de sacré ou de légitime dans le fait de tuer des hommes, femmes et enfants innocents. »

Dénoncer les attentats perpétrés par Daech, Al-Qaïda ou Boko Haram sans jamais utiliser les trois termes précités, comme s’ils étaient tabous, relève pourtant, plus encore que de la prouesse, d’une profonde malhonnêteté intellectuelle. C’est en effet innocenter d’entrée de jeu et péremptoirement l’islam, ses dogmes, son message, son livre saint au nom duquel tuent pourtant les terroristes de ces organisations.

La rhétorique obamienne d’absolution benoîte et systématique d’une religion proclamée intouchable reste pourtant le discours dominant.

Des mots mal choisis

Les classiques appels à ne pas faire d’amalgames, au même titre que les non moins habituels et définitifs refus d’assimiler l’islamisme et l’islam, demeurent la norme dans la bouche de la plupart des dirigeants occidentaux. Le constat est le même dans les rédactions et sur les chaînes d’information en continu, à tout le moins en France, où on est enclin à utiliser des termes inconsistants comme « loup solitaire », « dépressif » ou « déséquilibré » et où on se garde bien de mettre en avant, sauf lorsqu’il n’est vraiment plus possible de faire autrement, la motivation religieuse, pourtant – par définition – tout à fait centrale dans le cas d’attentats islamistes, fussent-ils improvisés et commis par un individu agissant seul. 

« D’aucuns s’interrogent également sur la diffusion allègre de la photo du cadavre du petit Aylan durant l’été 2015, selon une volonté limpide d’alerter l’opinion sur la tragédie migratoire et de remuer les consciences, alors que les clichés d’enfants tués lors d’attentats islamistes sont censurés au nom du respect des victimes ».

Bravant l’évidence, décideurs et quatrième pouvoir demeurent prisonniers d’une vision bisounours, comme cramponnés à un vivre-ensemble honni par les islamistes. Chacun à sa manière, ils tendent l’autre joue et opposent à cette violence polymorphe, à ce djihadisme universel, à cette noria d’attentats de fous d’Allah   un discours désespérant de mollesse et de candeur. Les mots deviennent autant de vocables et, répétons-le, éludent au maximum le caractère religieux. Certains, pourtant les plus justes, sont sciemment occultés par peur de jeter de l’huile sur le feu, d’attiser les haines, de froisser la communauté musulmane dans sa globalité.  Comme si appeler un chat un chat ne ferait que multiplier les attaques, comme si la défense verbale de nos valeurs pouvait faire office de bouclier devant le glaive des soldats du califat.

D’aucuns s’interrogent également sur la diffusion allègre de la photo du cadavre du petit Aylan durant l’été 2015, selon une volonté limpide d’alerter l’opinion sur la tragédie migratoire et de remuer les consciences, alors que les clichés d’enfants tués lors d’attentats islamistes sont censurés au nom du respect des victimes. Pourquoi par ailleurs les médias français ont-ils choisi d’éluder la vidéo reprise par les sites Internet d’El Pais et de La Vanguardia d’un terroriste abattu par la police à Cambrils ?

Devant ces mensonges par omission, cette couardise politico-médiatique, cette démission collective, l’expert en lutte antiterroriste Alain Marsaud a fini par voir rouge. Vendredi sur le plateau de BFM TV (qui, au même titre que France Info, entre autres, a par ailleurs attendu plus d’une heure à reprendre le bilan – alors exact – de l’attaque sur Las Ramblas communiqué par El Pais), il a, avant de décider d’abréger les débats, déploré « le refus » de la classe politique et des médias de parler d’attentats islamistes après les attaques en Catalogne.

Tel Philippe Val avant lui, le spécialiste n’apprécie pas que l’ennemi ne soit pas clairement désigné. « À aucun moment, on a entendu le mot d’islamo-fascisme, d’islam intégriste. Si on a peur de nommer l’ennemi, on ne risque pas de gagner cette guerre ! (…) Que ce soit les journalistes ou les responsables politiques, pas un seul en deux jours n’a parlé d’attentats islamistes », s’est-il offusqué.

Les médias français dans leur ensemble se refusent à lâcher ces mots. Des mots qui, pourtant, ne tuent pas. C’est toute la différence avec des islamistes par essence déséquilibrés.

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.