Votre serviteur Rémi a eu une semaine chargée, entre les petits fours et les singes, il ne sait plus vraiment où donner de la tête.

Semaine du 14 au 18 juillet

Lundi

Journée de travail.

Le soir venu, 14 juillet oblige, une grande soirée est organisée par la représentation française au Kenya. Le Français étant par définition généreux, tout le monde, ou presque, est invité. Je prends donc un taxi pour m’y rendre, étant à cinq minutes. La configuration du parking et la situation pour le moins enclavée de la résidence provoque des embouteillages monstres. Je fais le chemin à pieds, me faufilant entre les voitures.

Arrivé à bon port, ma carte d’identité française suffit à me faire rentrer. Je sers chaleureusement la main de l’ambassadeur, un homme d’une quarantaine d’années, aux airs de gendre parfait. Un classique chez le diplomate français de haut vol. Je repense avec nostalgie à mon séjour aux États-Unis, à ce Pierre Vimont, un des hommes les plus augustes qui m’ait été donné de rencontrer. 

Je revois les jeunes collègues que j’avais eu l’occasion de croiser lors du France-Allemagne. Nous discutons à l’envie, de cette opulence de nourriture et de boissons. Tous mes sens sont stimulés, car l’ambassade a aussi engagé un DJ pour égailler la soirée. Il y a de tout : fromage, foie gras, spécialités kényanes. Étrangement, cette abondance a l’effet inverse. Je n’ai plus faim, mais me force un peu, car il faut bien faire passer le vin que j’ingurgite en papillonnant de badaud en badaud, tantôt Français, tantôt Kényan, tantôt Norvégien.

Après un discours, dont la concision n’est pas le point fort, donc très français, le son de « Alexandrie Alexandra » vient voler la vedette à l’ambassadeur, et pendant la chanson, une chenille se forme, noire et blanche, se changeant en cercle, pour accueillir en son centre une sorte de John Travolta kényan dont les pas de danse nous font presque croire à un samedi soir.

Après avoir terminé tout liquide possédant un peu de volume, les gens commencent à partir. Il est une heure du matin. Les embouteillages sont derrière nous, et la sentinelle veille à l’entrée.

Mardi

Le lendemain matin me rappelle évidemment que l’on est en début de semaine. Malgré la coupe aérée de la semaine dernière, j’ai mal aux cheveux.

Nous courons à droite à gauche pour résoudre des problèmes de logistique, liés au travail. Cela nous prend la journée.

Mercredi

Rien à signaler.

Jeudi

Dans le cadre de ma mission, nous allons visiter un parc naturel à 300 km au sud de Nairobi. Les chemins au sein des parcs n’étant pas des plus fiables, nous optons pour petit un avion 4 places, correspondant peu ou prou à un Cessna 207. Cela nous permet de retourner dans le passé, avec un engin à hélice sur le nez.

Lorsque l’avion décolle à 8h00, la pétarade laisse place un ronronnement bruyant mais régulier. Il n’empêche, tout homme que je suis, je mouille les couches. Le pilote, Daryl, un Kényan-Indien enthousiaste, avec un accent tout droit sorti d’East London, me demande à plusieurs reprises si je vais bien. Je lui réponds par un sourire et un acquiescement dont j’ai le secret. Le vol dure 45 minutes et se passe finalement sans encombre. L’avion ne volant qu’à plusieurs centaines de mètres de la terre ferme, je peux distinguer une faune assez diverse : éléphants, rhinocéros, antilopes semblent vivre en bonne intelligence.

Lorsque nous arrivons sur place, il nous faut encore marcher deux heures pour arriver au sommet du mont sur lequel sera installé un émetteur radio. Arrivé à destination, nous contemplons le panorama. Du vert, à perte de vue. Le ranger qui nous accompagne me détaille les différentes parties du parc de Tsavo. L’espace d’un instant, j’ai l’impression d’être Simba, à qui Mufasa décrit fièrement les limites de son royaume.

A 14h, nous sommes redescendus, et nous allons manger dans des huttes prévues pour héberger les personnels travaillant pour les parcs nationaux. Le toit, doté de fentes pour permettre l’aération, laisse passer l’air, et de petits singes, qui s’invitent à notre déjeuner. J’engage la discussion, faite de signes, de grimaces, et de cris, et l’un d’eux me demande un peu de nourriture. Je m’exécute, fasciné par leur familiarité avec les Hommes. Il faut imaginer qu’un petit groupe de personnes vit ici de manière permanente, avec deux mètres carrés captant le réseau GSM (ce dont je me suis rendu compte en voyant une vingtaine de cellulaires alignés sur la rambarde d’une fenêtre). « C’est le seul endroit où ça capte ! » me dit-on.

Après le repas, nous repartons avec le même moyen de transport qu’à l’aller, mais sans le stress, et avec Daryl, toujours aussi détendu.

Vendredi

Journée de travail.

Le soir venu, j’organise un restau avec les compatriotes rencontrés le 14. Battre le fer tant qu’il est chaud, un leitmotiv qui m’a pas mal réussi jusque-là. Le rendez-vous est prévu dans un restaurant italien à 19h30. A 20h45, tout le monde est là. Je suis moi-même en retard. A la fin, une dizaine de jeunes gens discutent de leur vie à Nairobi, ceux qui sont ici depuis longtemps faisant un exposé aux nouveaux arrivants, un cours interactif en somme.

Nous discutons des bons et mauvais côtés de la vie en Afrique. Cette impression de vivre dans un autre plan. Je remarque que, dans un pays où les billets vont de 50 à 1 000 shillings, il ne faut pas s’étonner des inégalités sans cesse plus importantes dans ces contrées.

On arrive aussi à la conclusion que malheureusement, il est bien difficile de se lier avec un Kényan, car celui-ci aura toujours un a priori teinté de passé colonial qui n’a jamais vraiment disparu.

Ainsi, nous restons entre Français, mais à l’étranger, ce qui les rend toujours beaucoup plus sympathiques.

 Rémi Loriov

 

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.